En juillet, à Addis Abeba, les États du monde définiront une stratégie de financement pour répondre aux ambitions des Objectifs de développement durable (ODD). Les ressources allouées au développement par les pays développés ne suffiront pas à financer ce nouvel agenda. Pour atteindre les ODD, une solution : utiliser une partie de l’APD pour faire effet de levier sur les ressources domestiques disponibles au Sud.

Centre de formation d'Ethiopian Airlines © Sylvain Kockmann, AFD
Centre de formation d'Ethiopian Airlines © Sylvain Kockmann, AFD
 Cette tribune a été publiée (en anglais) en avant-première sur
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Des besoins de financement colossaux

Si un chiffrage des besoins annuels de financement des ODD semble impossible, les estimations évoquées ou publiées ici ou là donnent le vertige : plusieurs milliers de milliards de dollars nécessaires pour l’urbanisation, les transports, le logement, la transition énergétique, l’agriculture, l’éradication de la pauvreté, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau et l’assainissement, l’adaptation et la résilience au changement climatique, la protection de l’environnement et de la biodiversité, …

Face à ces besoins, les flux de l’aide publique au développement sont dérisoires : 150 milliards de dollars d’APD brute et 80 milliards de dollars d’autres apports publics non APD (notamment des financements des banques multilatérales de développement).Comment résoudre cette impossible équation ?

Avant de répondre à cette question, rappelons que l’essentiel des investissements dans les pays en développement se finance sur ressources domestiques (7 à 8 milliards de milliards USD par an), dans une moindre mesure par investissements directs étrangers (500 milliards), et de façon marginale par des financements publics internationaux (230 milliards). Ces chiffres masquent cependant des disparités criantes entre les pays à faible revenu, dépendants à hauteur de 25 % de l’aide internationale pour leurs investissements, et les pays à revenu intermédiaire ou émergents qui autofinancent l’essentiel de leurs investissements. Dans ce contexte, quelles priorités donner aux financements publics internationaux ?

 

Les priorités pour l’APD

Une part substantielle de l’aide internationale doit rester consacrée au développement des pays les plus pauvres et les plus vulnérables, sous forme de dons et de prêts très concessionnels. Ce point semble faire largement consensus.

Une autre partie des financements publics internationaux devra être utilisée pour appuyer les politiques publiques, soutenir les acteurs locaux, et enfin catalyser d’autres sources de financement pour générer de puissants effets de levier sur l’investissement.

Appuyer les politiques publiques notamment pour faire des ODD une réalité. Atteindre ces objectifs nécessitera en effet d’infléchir les trajectoires de développement par la définition de politiques publiques ambitieuses qui définiront les cadres règlementaires nécessaires, créeront les incitations orientant les décisions des agents économiques et débloqueront les décisions d’investissement.

 

Remettre les acteurs locaux au cœur du développement

La mise en œuvre des ODD se fera grâce aux acteurs locaux du développement. Ce sont eux, les décideurs, maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre des programmes d’investissements qui seront indispensables à l’atteinte des ODD. C’est pourquoi ils devront être les premiers bénéficiaires des actions d’appui, de renforcement des capacités, et de soutien financier. L’enjeu central sera de de renforcer leurs capacités d’accès direct aux ressources financières internationales mais surtout domestiques.

Pour ce faire, le renforcement des systèmes et acteurs financiers domestiques (banques nationales de développement, banques publiques et privées, réseaux d’assurances..) est incontournable. Ce sont les mieux à même de mobiliser l’épargne domestique et de l’allouer au financement du développement durable. Ils connaissent mieux que quiconque les acteurs économiques, leurs besoins, leurs contraintes, les moteurs et les freins dans leurs décisions d’investissements.

Les acteurs économiques, entreprises publiques et privées, devront également être soutenus selon différents canaux :

  • mise en place de cadres juridiques, réglementaires, fiscaux, tarifaires, incitatifs et transparents ;
  • instauration de dispositifs de meilleure maîtrise des risques liés à l’investissement (sous forme de garantie par exemple) ;
  • actions d’appui et de renforcement de leurs capacités administratives, techniques et financières, pour amplifier l’accès direct à des ressources financières en adéquation avec leurs besoins d’investissements.

Enfin, les partenaires internationaux doivent aussi massivement soutenir les collectivités locales. Du fait des mouvements de déconcentration et de décentralisation, les politiques de fourniture de services de base (logement, transports, accès à l’eau, à l’assainissement et à l’énergie…), fondant le pacte social entre institutions publiques et citoyens, incombent de façon croissante aux municipalités. Les collectivités locales du Sud absorbent chaque mois 5 millions d’habitants supplémentaires. Elles doivent donc être en capacité de programmer et piloter de tels programmes d’investissement et de mobiliser les ressources nécessaires à leur financement : fiscalité locale, transferts de l’État, emprunts directs, émissions obligataires…

 

Vers un nouveau paradigme de l’aide au développement

Le soutien des acteurs locaux implique un changement de paradigme au sein des institutions financières internationales de développement : financer directement ces acteurs plutôt que des projets, favoriser la mise en place d’une gouvernance favorable à leur développement et à leur épanouissement et accroître leurs capacités d’accès direct aux ressources financières domestiques. Face à ce constat, une seule conclusion est possible : le rôle de l’aide publique au développement, et plus généralement du financement public international du développement est de soutenir les États et acteurs locaux par la mise en place de mécanismes permettant de catalyser en leur faveur des ressources financières internationales et domestiques, publiques et privées, relevant et ne relevant pas de l’APD. Le tout en induisant des effets de levier pour maximiser les volumes d’investissements.

De tels mécanismes existent et ont fait leurs preuves. C’est le cas des dispositifs de garanties ou des partenariats public-privé. C’est également le cas des mécanismes de mixage prêts-dons, développés avec succès par la Commission européenne depuis 2007.

Les ressources financières se trouvent au Sud. Celles du Nord doivent se fixer pour objectif de les mobiliser, d’en faciliter l’accès aux acteurs locaux et de les canaliser vers des investissements répondant aux objectifs de développement durable.

 


 

La 3e conférence internationale sur le financement du développement aura lieu à Addis-Abeba du 13 au 16 juillet 2015. Cliquez ici pour en savoir plus.

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