La Journée internationale des droits des femmes résonne cette année à l’aune de la pandémie de Covid-19 et de ses répercussions délétères sur la vie des femmes dans le monde. En première ligne dans la lutte contre le Covid, elles sont aussi les premières à souffrir des conséquences socio-économiques du virus.

Des femmes défilant lors de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes à Santiago du Chili en novembre 2020. Photo par Martin Bernetti / AFP
Des femmes défilant lors de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes à Santiago du Chili en novembre 2020. Photo par Martin Bernetti / AFP

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Ces mots de Simone de Beauvoir trouvent dans la période que nous traversons un écho évident. Si elle n’avait pas inclus dans sa liste les crises sanitaires, la justesse de sa mise en garde frappe et interroge.

Partout dans le monde, la crise du Covid s’accompagne d’un recul de la condition des filles et des femmes. Accès à l’école interrompu, pertes d’emplois massives, violences domestiques, recrudescence des viols et des grossesses d’adolescentes, la situation est critique et la communauté internationale appelle à une mobilisation des consciences.

 

Les femmes en première ligne dans la lutte contre le Covid

Le constat semble d’autant plus injuste que les femmes fournissent une très large partie des efforts de lutte contre la pandémie dans le monde. En Éthiopie par exemple, le ministre de la Santé déclarait en avril dernier que le pays « s’appuie sur un bataillon de 40 000 femmes pour faire de la prévention contre le coronavirus ». Au-delà de la prévention, les femmes représentent plus de 70 % des agents de santé dans le monde.

Autre sur-représentation : selon une note de synthèse de l’ONU concernant l’impact du COVID-19 sur les femmes, près de 60 % d’entre elles travaillent dans l’économie informelle. Privées de filet de sécurité et ne pouvant souvent pas épargner, elles sont d’autant plus vulnérables à l’impact économique de la crise. Par ailleurs, la fermeture des écoles et les besoins accrus des personnes âgées ont induit mécaniquement une augmentation de leur temps de travail non rémunéré.

 

L’égalité des sexes en net recul pendant la crise

Un lieu commun se voit là renforcé : les femmes s’occupent des autres et n’ont personne pour s’occuper d’elles. Les inégalités hommes-femmes s’accentuent avec la crise. Selon une étude, les femmes risquent 1,8 fois plus que les hommes de perdre leur travail pendant la pandémie.

En Colombie, le coronavirus a privé 2,5 millions de femmes de leur emploi formel. Elles sont même parfois contraintes d’y renoncer elles-mêmes pour s’occuper de leurs enfants déscolarisés. Un phénomène qui ne concerne pas que les femmes des milieux défavorisés.

En Indonésie, les chercheuses universitaires croulent tant sous le poids des responsabilités familiales et domestiques que leur temps de travail et le volume de leurs productions est en chute libre. « Je ne peux plus qu’écrire la nuit à la maison, avec le peu d’énergie qui me reste » raconte une assistante de professeur et secrétaire de l’université de Java Ouest.

L’éducation des filles, l’un des plus grands vecteurs de progrès pour l’égalité des sexes, est également mise à mal. En 2020, 11 millions de filles dans le monde se voyaient privées d’école. Le retour des femmes et des filles à la maison a donc bien des effets néfastes et inquiète. L’ONU tire d’ailleurs la sonnette d’alarme avec un rapport dédié sur l’impact du Covid-19 sur les femmes et les filles dans le monde.

 

Le corps des femmes pris d’assaut

Les conséquences de cette assignation à résidence des femmes pendant la pandémie ne sont pas que socio-économiques. Le nombre de viols a considérablement augmenté, tout comme ceux des violences conjugales et des grossesses d’adolescentes.

Dans la seule ville de Nairobi au Kenya, près de 5 000 filles sont tombées enceintes entre les mois de mars et mai 2020, dont plus de 500 avaient entre 10 et 14 ans. Ces filles et ces femmes voient leur retour au travail ou à l’école rendu d’autant plus difficile. Un constat qui rappelle l’importance cruciale des programmes d’accès aux services de santé sexuels et reproductifs.

 

 

À la hausse des viols et grossesses d’adolescentes s’ajoute celle des violences domestiques. Deprose Muchena, directeur du bureau régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe d’Amnesty International, souligne que « les mesures de confinement ont empêché les femmes d’échapper à leur partenaire violent ou de quitter leur domicile pour chercher à obtenir une protection. » En Tunisie, l’espoir qui venait de naître dans la lutte contre les violences sexistes grâce à des avancées juridiques historiques a été, en quelque sorte, éteint par la crise sanitaire.

 

L’occasion d’un sursaut des consciences

Dans ce contexte, la Journée internationale des droits des femmes apparaît cette année comme l’opportunité de réveiller les consciences. Certaines associations et institutions publiques se mobilisent en ce sens.

L’ONU a lancé un appel aux gouvernements et ONG pour que les filles et les femmes soient au centre des efforts des programmes socio-économiques du monde de l’après Covid. Certains programmes sont déjà à l’œuvre, comme au Sri Lanka où plus de 1 300 ménages tenus par des femmes ont déjà été aidés économiquement. C’est le cas aussi au Mexique où un programme de prévention contre les violences sexistes a été mis en place auprès des populations indigènes.

Aussi importants que soient ces programmes face à l’urgence, ils traitent le plus souvent les effets et non les causes. L’un des défis à relever pour opérer un changement profond et durable pour les femmes dans le monde de l’après Covid est inclus dans le thème même de cette Journée du 8 mars 2021 : « Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 ».

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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