Nombre de discours sur cette question stigmatise les comportements de la Chine vis-à-vis du continent africain. Ils insistent sur le « pillage » des ressources naturelles africaines auquel se livrerait une Chine avide d’hydrocarbures, de bois, de cuivre afin de nourrir son développement économique, ainsi que sur le soutien qu’elle apporte à des régimes peu fréquentables, comme celui d’Omar el-Béchir au Soudan. Qu’en est-il ?

© Harald Kreutzer
© Harald Kreutzer

Un premier élément de réponse est que cette relation ne date pas d’hier. On se souvient en effet que l’amiral commandant la flotte impériale chinoise, Zheng He, conduisit sa sixième expédition jusqu’aux côtes du Mozambique en 1421-1422. Et, mon Dieu, à la même époque, les Français, les Anglais, les Portugais, les Espagnols menaient semblables expéditions extra-européennes, expéditions qui débouchèrent sur l’implantation de colonies sur trois autres continents, Afrique comprise. Ce qui ne fut pas le cas de la Chine.

A une époque plus récente, lorsque la Chine était dirigée par Mao Zé-Dong, elle a noué des relations diplomatiques avec ceux des pays africains qui s’affichaient comme « socialistes », tels que la Guinée, le Mali ou la Tanzanie. Dans le temps même où le Portugal menait une guerre coloniale au Mozambique, en Angola et en Guinée Bissau. Et, là non plus, pas de Chine belligène.

Aujourd’hui la Chine est devenue ce que l’on appelle un pays émergent, de fait une grande puissance à l’échelle mondiale. Et, tout comme les autres grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis, la Chine tend à « déborder » politiquement et économiquement hors de ses frontières. L’Afrique n’y fait pas exception.

S’agissant de cette dernière, ce débordement chinois prend notamment la forme de relations mariant intérêts commerciaux, les fameuses matières premières africaines, et coopération pour le développement. Un double mot d’ordre cimente ces relations. Le premier est celui des intérêts partagés ou, pour le tourner autrement, il faut que les deux partenaires y trouvent leur avantage. Le second est que la Chine n’entend pas se mêler des affaires politiques de ses partenaires africains ni brandir ces injonctions de démocratie ou de bonne gouvernance, dont sont friands les pays développés occidentaux. Une façon comme une autre de s’attirer les faveurs des autorités africaines.

S’il fallait donc résumer ce que sont aujourd’hui les relations entre la Chine et l’Afrique, je dirai qu’elles ne diffèrent pas sensiblement de celles qu’entretiennent les autres grandes puissances avec ce continent. Soit des relations motivées par des ambitions politiques et des intérêts économiques, mais enrobées dans des discours idéologiques différents.

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