Chaque année, des villes comme Kinshasa ou Lagos gagnent en population l’équivalent de l’agglomération toulousaine, soit 500 000 personnes. Alors qu’un milliard d’individus dans le monde vivent aujourd’hui dans des bidonvilles, comment faire en sorte que cette croissance exponentielle ne se solde pas par une explosion de la pauvreté et des inégalités urbaines ?

Faut-il raser ces quartiers pour construire des nouveaux logements plus solides et plus sains? Ou faut-il chercher des solutions pragmatiques, cohérentes avec les contraintes budgétaires des villes concernés, permettant d’améliorer les conditions de vie des populations de ces quartiers et d’encourager leur intégration physique, politique et civique à la ville ?

 

Organisateurs

Conférence-débat animée par Vincent EDIN, journaliste indépendant.

Avec la participation de :

Amina ABDI ADEN, Ministre Déléguée auprès du Ministre de l’Urbanisme chargée du Logement, République de Djibouti

Pierre-Arnaud BARTHEL, chef de projet de la division Collectivités locales et développement urbain de l’AFD

Agnès DEBOULET, professeur de sociologie à l’Université de Paris 8, co-directrice du laboratoire LAVUE-CNRS

Magali FRICAUDET, coordinatrice de la Commission Inclusion Sociale, Démocratie Participative et Droits Humains de CGLU

Date

jeudi 16 mars 2017

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

AFD (Mistral)
3 Place Louis Armand
75012 Paris

Slum is beautiful ? Repenser les quartiers précaires

Cliquez ici pour retrouver la synthèse de la conférence dans son intégralité

 

L’urbanisation se fait à 40 % dans les bidonvilles

En 2001, un tiers de la population urbaine vivait dans des quartiers précaires selon le Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat). Cette proportion avoisinera les 50 % d’ici 2050. De fait, l’urbanisation massive que connaît le monde se fait en grande partie dans les quartiers précaires : ces derniers représentent désormais près de 40 % de l’expansion urbaine selon le rapport Global Risks 2015 du Forum économique mondial.

 

Réhabiliter les quartiers précaires : les défis de Quito

Dans ces conditions, comment garantir un logement décent à tous les citadins ? En octobre 2016, lors de la conférence Habitat III de Quito, un nouvel agenda urbain a été adopté par les Nations unies. Aux politiques de démolition et d’expropriation mises en œuvre dans de nombreux pays, cet agenda propose une alternative : la réhabilitation des quartiers précaires.

Les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer dans cette stratégie. Échelon administratif le plus proche des habitants, elles présentent l’avantage de bien connaître les réalités du terrain. Mais elles manquent souvent de moyens financiers : « Selon un rapport de l’Observatoire des finances locales, la part des ressources allouées aux gouvernements locaux par les gouvernements nationaux est de 20 % dans les pays de l’OCDE. Dans les pays les moins avancés, elle est de seulement 5 % » (M. Fricaudet).

En parallèle, l’intervention des bailleurs de fonds peut se heurter à plusieurs difficultés. La rigidité de la gouvernance des États d’abord : « L’AFD prône un développement urbain intégré alors que la maîtrise d’ouvrage est rarement en capacité d’agir sur le développement économique local, sur les infrastructures ou sur le social » (P.A. Barthel). Les délais de montage des projets ensuite : « La bureaucratie de l’aide au développement, de manière générale, est assez lourde alors que les territoires évoluent vite. Deux ans sont parfois nécessaires pour les enquêtes sociales, les enquêtes économiques, les diagnostics de coproduction, les workshops participatifs, les focus groups, etc. » (P.A. Barthel).

 

Articuler droit au logement et liberté économique

La réhabilitation des quartiers précaires est d’autant plus compliquée par la marchandisation accrue du secteur du logement. Les effets de ce phénomène sont visibles au Sud comme au Nord. « En Espagne, entre 2008 et 2015, 500 000 expulsions ont été enregistrées du fait de la financiarisation des crédits immobiliers, dans le cadre des politiques publiques tournées vers l’accès individuel à la propriété » (M. Fricaudet).

À Djibouti, l’accueil de réfugiés fuyant la guerre au Yémen et disposant d’importants moyens de subsistance a causé un « phénomène inattendu de spéculation immobilière et de hausse des loyers, qui a contraint certaines personnes à s’installer dans des zones d’occupation dites “spontanées” » (A. Abdi Aden). Pour répondre à cette crise, le gouvernement a adopté en 2014 un vaste programme de construction de logements sociaux. Celui-ci prévoit de construire 5 000 logements, de viabiliser 150 hectares et de constituer des réserves foncières qui deviendront propriété de l’État et seront mises à la disposition des populations djiboutiennes.

Ces exemples posent la question du droit au logement et de son articulation avec les mécanismes de marché. « Nous avons assisté ces dernières années à un retrait massif des politiques publiques dans le secteur du logement et en payons les conséquences aujourd’hui. La campagne The Shift lancée par CGLU vise à promouvoir le logement comme un droit et non comme une marchandise » (M. Fricaudet). L’enjeu est essentiel : selon le World Cities Report 2016 d’ONU-Habitat, un milliard de logements devront être bâtis d’ici 2025 pour répondre à l’essor de la population urbaine. Le coût s’élèvera à 11 000 milliards de dollars.

 

Changer de regard sur les bidonvilles

L’essor des quartiers précaires interroge par ailleurs le regard traditionnellement posé sur les bidonvilles. L’enjeu est aujourd’hui d’aborder ces quartiers comme une partie intégrante des territoires urbains. « Les quartiers précaires se développent à une vitesse phénoménale, mais ils continuent d’être perçus comme une source de menaces et de dangers à laquelle il faut répondre. La question fondamentale de la contribution de ces quartiers et de leurs habitants à la ville […] n’est toujours pas prise en compte » (A. Deboulet).

Les implications de ce changement de paradigme pour la recherche et l’élaboration des politiques publiques sont colossales. « L’étude des quartiers précaires oblige à un travail de décentrement. Il est difficile de se contenter d’outils urbanistiques, architecturaux ou cartographiques classiques, qui ne prennent pas en compte la vision de ces quartiers par les habitants eux-mêmes. Une synthèse disciplinaire est donc nécessaire » (A. Deboulet).

 

Cette conférence a eu lieu jeudi 16 mars 2017 à l’AFD. Les échanges ont été introduits par Irène SALENSON, chargée de recherche « transitions urbaines »à l’AFD et animés par Vincent EDIN, journaliste indépendant.

Sont intervenus : Amina ABDI ADEN, ministre déléguée auprès du ministre de l’Urbanisme chargée du Logement, République de Djibouti ; Pierre-Arnaud BARTHEL, chef de projet, division Collectivités locales et Développement urbain, AFD ; Agnès DEBOULET, professeur de sociologie à l’université Paris 8, codirectrice du laboratoire Architecture, ville, urbanisme, environnement (LAVUE) ; Magali FRICAUDET, coordinatrice de la commission Inclusion sociale, Démocratie participative et Droits humains, Cités et Gouvernements locaux unis (CGLU).

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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