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Nous assistons aujourd’hui à une nouvelle phase d’extinction des espèces sous le triple effet de la destruction par l’homme des écosystèmes, de la hausse des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et du réchauffement climatique. Sans une forte mobilisation de toutes les collectivités humaines, cette extinction sera fatale à l’humanité. Cela suppose d’agir simultanément à la stabilisation des paramètres climatiques et à la protection de la nature. Une difficulté particulière d’un tel défi tient au fait que la valeur de la nature n’est pas aisément quantifiable. Quels instruments et mécanismes financiers mettre en place pour préserver la nature ? Peut-on compenser les dégâts réalisés ? Ces questions ont été débattues à l’Agence Française de Développement.

Organisateurs

Nous assistons aujourd’hui à une nouvelle phase d’extinction des espèces sous le triple effet de la destruction par l’homme des écosystèmes, de la hausse des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et du réchauffement climatique.

Sans une forte mobilisation de toutes les collectivités humaines, cette extinction sera fatale à l’humanité. Cela suppose d’agir simultanément à la stabilisation des paramètres climatiques et à la protection de la nature.

Une difficulté particulière d’un tel défi tient au fait que la valeur de la nature n’est pas aisément quantifiable. Les services rendus par la nature opèrent sur des espaces géographiques et temporels multiples. Ils s’appliquent sur des fonctions variées alliant production de biens et de services, régulation des cycles (eau, sols, carbone, azote, …) et valeurs culturelles.

En outre, la crise de la biodiversité traverse les espaces tropicaux avec une acuité particulière tenant à la richesse spécifique de ces régions, aux dynamiques démographiques de ces régions ainsi qu’à leurs économies, particulièrement dépendantes de la qualité des écosystèmes.

Comment et sur quelles bases attribuer une valeur à la nature ? Quels instruments et mécanismes financiers mettre en place pour préserver la nature ? Peut-on compenser, et à quel prix, les dégâts réalisés ?

 

Qui doit financer la conservation de la nature ?

Date

mardi 19 mai 2015

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Anne-Cécile Bras, journaliste à RFI

Avec:

  • Christophe DU CASTEL, responsable thématique Biodiversité, AFD
  • Laurent GILBERT, directeur du Développement International de la Recherche Avancée, L’Oréal
  • Emmanuel GROUTEL, économiste, Consultant FAO
  • Aurélien GUINGAND, économiste, CDC Biodiversité
  • Alain KARSENTY, économiste, CIRAD

Interventions des panélistes

Echange avec la salle

Les échanges ont été animés par Anne-Cécile Bras, journaliste à RFI. Sont intervenus Christophe DU CASTEL, responsable thématique Biodiversité, AFDLaurent GILBERT, directeur du Développement International de la Recherche Avancée, L’OréalEmmanuel GROUTEL, économiste, Consultant FAOAurélien GUINGAND, économiste, CDC Biodiversité et Alain KARSENTY, économiste, CIRAD.

 

À l’heure où le nombre d’espèces disparues va croissant, la conservation de la biodiversité est reconnue comme un enjeu majeur. Il est nécessaire de mobiliser des financements importants que les acteurs publics ne peuvent assumer seuls. De nombreux mécanismes ont été mis en place au cours des dernières décennies, mais leur efficacité s’est avérée limitée. Aujourd’hui, l’enjeu est double : d’une part, il faut déterminer qui doit financer la conservation de la nature et via quels outils ; d’autre part, il est urgent de réfléchir à la durabilité de nos modèles économiques.

 

Changer d’approche pour des investissements à la hauteur des enjeux

28 000 espèces sur les 1,8 million recensées disparaissent chaque année. La protection de la biodiversité revêt un caractère d’urgence. Pourtant, en termes financiers, « les ressources disponibles sont bien inférieures aux besoins » : pour atteindre les objectifs du Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020, « les besoins sont estimés entre 150 à 440 milliards de dollars par an d’ici à 2020 au niveau mondial ». Or seuls « 52 milliards de dollars sont disponibles » pour le moment (Aurélien Guingand).

Certaines solutions élaborées pour financer la biodiversité ont fait long feu : on a cru un temps qu’« on allait pouvoir valoriser par le marché cette ressource dormante » au moyen de la bio-prospection par exemple. Or « ce qui a été annoncé s’est réduit à peu de chose » (Alain Karsenty).

D’autres outils ont eu des résultats plus satisfaisants : la certification par exemple permet d’améliorer « les pratiques sociales et environnementales, la traçabilité des produits » d’une entreprise ou d’un espace (Emmanuel Groutel). Appliquée à certaines zones (aires protégées, parcs nationaux) elle a permis de valoriser « la nature elle-même par la consommation touristique » (Alain Karsenty).

Mais globalement, les acteurs privés qui l’ont mise en place n’en tirent pas toujours les bénéfices attendus. Dans le domaine du bois, « les entreprises vertueuses ont presque été pénalisées ». Le marché ne leur a pas permis de valoriser leur travail de certification (Emmanuel Groutel). Bilan similaire pour L’Oréal : l’entreprise, engagée dans une démarche responsable, constate que d’après les études consommateurs, « le consommateur est très peu prêt à payer » (Laurent Gilbert).

 

Le rôle de la puissance publique dans la défense de la biodiversité

La biodiversité étant « un bien public », le rôle de la puissance publique « en matière de financement direct ou de cadres incitatifs est incontournable » (Aurélien Guigand).

Elle peut intervenir directement au moyen de subventions : « C’est le volet qui représente les montants les plus significatifs pour l’AFD. » L’Agence « apporte des ressources aux aires protégées soit directement, soit à travers des fonds fiduciaires ou autre instrument de dotation en subvention » (Christophe du Castel).

Ce levier de financement doit s’inscrire dans un projet politique cohérent. Actuellement, les États subventionnent des secteurs comme l’agriculture chimique ou le charbon « pour soutenir leurs champions nationaux au nom de l’emploi ». Or « la réorientation d’une fraction [de ces] subventions néfastes à la biodiversité générerait des ressources très importantes » (Alain Karsenty).

La puissance publique peut également mettre en place des systèmes de prélèvements obligatoires, à l’image du Mexique ou du Costa Rica, qui protège sa biodiversité par une taxe sur les carburants et sur l’eau qui sert à financer la plus grande part du programme de paiements pour services environnementaux. (Alain Karsenty).

Le rôle des États est enfin de développer des « cadres incitatifs » à destination du secteur privé. Les démarches effectuées par des entreprises comme L’Oréal sont loin d’être universelles : « Si l’on attendait que les entreprises compensent elles-mêmes leurs impacts résiduels sur la biodiversité, on pourrait attendre longtemps » (Aurélien Guingand). Une telle approche a de toute façon des impacts limités : « quand le secteur privé joue son rôle, c’est uniquement dans sa filière » (Alain Karsenty). C’est donc à la puissance publique de mobiliser les acteurs privés et de coordonner leur action pour initier une dynamique globale capable d’avoir des impacts substantiels, et compléter les actions au sein des filières.  Certaines firmes commencent à agir au niveau de producteurs qui leur fournissent les produits agricoles : c’est l’approche « chaîne d’approvisionnement zéro déforestation ». Mais ceci reste insuffisant, car les moteurs de la déforestation sur  un territoire ne se réduisent pas à une ou deux filières.  D’où l’intérêt de mettre en place, en parallèle, des  incitations directes à la conservation (PSE) pour des communautés à travers des projets collectifs de « territoires durable » qui viendront compléter l’approche filière qui s’adresse avant tout à des producteurs individuels.

 

Quels outils développer pour impliquer davantage les acteurs privés ?

Inciter les acteurs privés à intégrer la problématique de la biodiversité à leur business model nécessite de concevoir un éventail d’instruments. Celui de la certification doit être étendu : « Il est nécessaire et indispensable de soutenir les grandes entreprises certifiées et d’en amener d’autres à ces bonnes pratiques » (Emmanuel Groutel).

 D’autres outils plus novateurs font peu à peu leur apparition. Parmi eux, les mécanismes de compensation. Pour être efficace, la compensation doit s’inscrire dans une séquence précise : « éviter un certain nombre d’impacts ; réduire les impacts non évitables ; compenser les impacts résiduels ». Dans les Coussouls de Crau en Provence, les maîtres d’ouvrage privés ou publics « peuvent compenser leurs impacts en achetant des unités de compensation issues d’actions écologiques menées précédemment » (Aurélien Guingand). Il s’agit de l’application ex ante du principe pollueur-payeur.

Les paiements pour service environnemental constituent un autre levier : cet instrument incitatif consiste à « payer les acteurs pour qu’ils s’abstiennent d’exercer certains droits reconnus comme légitimes » (Alain Karsenty). Vittel paie des agriculteurs pour qu’ils modifient leurs pratiques et permettent à l’entreprise de bénéficier d’un service : l’accès à une eau faible en nitrates. Le principe est ici celui du bénéficiaire-payeur.

La biodiversité à l’épreuve des réalités politiques et sociales

L’élaboration d’instruments par les économistes n’est qu’une étape : un levier de financement est ensuite « investi d’objectifs sociaux et politiques que les acteurs qui s’en emparent lui donnent » (Alain Karsenty). Sa mise en œuvre « est un travail de terrain à partir des enjeux locaux » (Laurent Gilbert).

 Posé à un niveau global, le défi la protection de la biodiversité ne peut trouver que des solutions adaptées à des contextes particuliers. Or, face à l’explosion démographique en Afrique ou la consommation des produits forestiers africains par l’Asie, « nos certitudes européennes sont bien légères » (Emmanuel Groutel). La situation des pays émergents met en lumière des tensions : « il y a des choix à faire entre développement et conservation » (Aurélien Guingand).

Au final, on constate bien l’existence de sources de financement diverses pour conserver la biodiversité : « La création de richesses n’est pas un problème, l’abondance des liquidités au niveau mondial en témoigne  » (Alain Karsenty). Mais la question majeure dépasse la sphère économique : c’est celle « des choix politiques pris par les uns et les autres pour mobiliser ces ressources institutionnelles » (Christophe du Castel). Les défis soulevés sont fondamentaux : la protection de la biodiversité permet d’envisager l’amorce d’« une transition écologique qui aurait pour fondement la remise en cause plus poussée du modèle économique existant » (Aurélien Guingand).

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