La prise de conscience de l’importance de préserver la biodiversité ne cesse d’augmenter, au Nord comme au Sud. Mais, comment faire ? Concentrer les actions de conservation de la biodiversité dans les hotspots est-il plus urgent ou plus important que de préserver la nature hors de ces zones exceptionnelles ? Doit-on privilégier l’une de ces approches ? Ne faut-il pas au contraire chercher à les articuler et à optimiser leurs synergies ? Ces questions ont été débattues à l’Agence Française de Développement.

Organisateurs

La prise de conscience de l’importance de préserver la biodiversité ne cesse d’augmenter, au Nord comme au Sud.  Mais, comment faire ? A question simple, réponses multiples.

Un certain nombre d’approches visent à concentrer les efforts sur des zones riches d’un point de vue environnemental et fortement menacées compte tenu des pressions incontrôlées que ces zones subissent. C’est l’ambition des « hotspots » de biodiversité, c’est-à-dire des « points chauds ». A l’heure actuelle, 34 zones ont été identifiées. La surface totale des points chauds ne représente que 2,3 % de la surface de la Terre, mais y vivent plus de 50 % des espèces végétales et 42 % des espèces de vertébrés terrestres. C’est également en partie l’idée sous-jacente aux parcs : tout en se déclinant selon de multiples modèles, les parcs visent en effet la préservation de la biodiversité dans des zones d’intérêt environnemental spécifique.

D’autres approches appellent à considérer des zones moins « extraordinaires ». Elles sont pour autant vitales, tant pour l’équilibre écologique de notre planète que pour le développement des populations qui y vivent. Il s’agit alors d’agir partout de manière transversale pour améliorer nos modes de production alimentaire, énergétique, le développement de nos villes, de nos infrastructures mais également nos modes de consommation. L’enjeu est également particulièrement ambitieux.

Concentrer les actions de conservation de la biodiversité dans les hotspots est-il plus urgent ou plus important que de préserver la nature hors de ces zones exceptionnelles ? Doit-on privilégier l’une de ces approches ? Ne faut-il pas au contraire chercher à les articuler et à optimiser leurs synergies ?

Quelle biodiversité protéger : extraordinaire/ordinaire ?

Date

lundi 02 juin 2014

Heure

17h00 - 19h00

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Anne-Cécile Bras, journaliste à RFI.

Interviendront :

  • Antoine Cadi, directeur Pôle Relations extérieures, Communication et Partenariats de la LPO
  • Maya Leroy, enseignante-chercheur et responsable du Groupe de Formation et de Recherche « Gestion Environnementale des Ecosystèmes et Forêts Tropicales »à AgroParisTech
  • Sahondra Rabenarivo, présidente du Conseil d’Administration de la Fondation pour les aires protégées et la biodiversité de Madagascar (FAPBM)
  • Guillaume Chiron Chef de projets Biodiversité à l’Agence Française de Développement

« Le développement économique ou social ne peut se penser sans intégrer la protection de l’environnement et l’impact sur la biodiversité » (Anne Paugam). Si cette conviction est de plus en plus largement partagée, deux approches ont tendance à se concurrencer : la protection de la biodiversité extraordinaire et celle de la biodiversité ordinaire. Faut-il choisir, ou au contraire privilégier les approches complémentaires ?

 

Focalisation sur la protection de la biodiversité extraordinaire : des effets pervers ?

La biodiversité extraordinaire est celle que l’on trouve dans les 34 hotspots de la planète : ceux-ci comptent au moins 1500 espèces endémiques recensées, lesquelles ont subi une perte d’au moins 70 % de leur habitat d’origine. Ces points chauds abritent plus de 50 % de la totalité des espèces végétales et 42 % des espèces de vertébrés terrestres. En Occident comme dans les pays du Sud, les projets de préservation environnementale et « les politiques publiques se sont très souvent focalisés sur les questions de nature extraordinaire » (Antoine Cadi), faisant converger l’expertise et les moyens dans ces zones exceptionnelles qui ne représentent que 2,3 % de la surface de la planète (souvent des parcs naturels).

La focalisation sur la biodiversité extraordinaire, si elle est nécessaire parce qu’il s’agit d’un bien commun mondial, a eu des effets pervers. D’une part, une attention insuffisante portée aux destructions massives de biodiversité ordinaire sur le reste des territoires, où « la destruction de la biodiversité ordinaire est proportionnelle et corrélée aux moyens alloués au développement agricole, aux plantations forestières, etc. » (Laurent Mermet). D’autre part, dans des pays où « une biodiversité extraordinaire côtoie une pauvreté tout aussi extraordinaire », une certaine incompréhension des populations et des acteurs locaux qui « préfèreraient qu’on leur finance des programmes de lutte contre la pauvreté plutôt que des programmes de biodiversité » ou qui, au moins, seraient plus sensibles à des programmes de « protection de la nature ordinaire, celle qui leur permet de vivre » (Sahondra Rabenarivelo).

 

Biodiversité extraordinaire vs biodiversité ordinaire : un débat stérile ?

En réalité, les approches biodiversité ordinaire et extraordinaire sont complémentaires. C’est une réalité dont les acteurs de la protection de l’environnement ont conscience depuis plusieurs décennies. D’abord parce que la biodiversité ordinaire est nécessaire à la biodiversité extraordinaire : « les espèces extraordinaires sont souvent des espèces du haut de la chaine alimentaire. Pour protéger ces espèces, il faut protéger l’ensemble de la chaine alimentaire » (Clément Villien). Ensuite, parce que la protection de la biodiversité extraordinaire peut jouer un rôle de levier pour la protection de la biodiversité ordinaire : une « étude a montré que la présence de parcs nationaux dans un département avait des répercussions positives sur le reste du territoire, les équipes de gestion étant également actives pour négocier la biodiversité ordinaire » (Laurent Mermet).
En ce sens, « la dichotomie entre biodiversité ordinaire et biodiversité extraordinaire est un débat stérile » (Laurent Mermet). Il est nécessaire de se poser « simultanément la question de la nature extraordinaire et ordinaire, cette dernière étant le socle de l’ensemble sans lequel nous ne pourrons pas nous maintenir. » (Antoine Cadi).

 

La nécessité d’approches globales et multi-acteurs

C’est pourquoi il faut « travailler sur des approches intégrées, territoriales du monde rural », reposant sur une prise en compte des deux approches de la biodiversité et sur la participation de l’ensemble des acteurs (Guillaume Chiron) : non seulement les bailleurs de fonds, les ONG et les acteurs publics, mais également tous ceux qui peuvent être concernés par la préservation de la biodiversité, y compris le secteur privé.
« Il n’est pas réaliste d’imaginer que l’on va cesser de construire des routes, des mines ou des carrières dans des endroits à enjeux » (Laurent Mermet) compte tenu des besoins en développement des pays du Sud. En outre, « c’est le développement humain qui contribuera à long terme à la préservation et à la restauration des écosystèmes » (Sahondra Rabenarivelo), celui-ci permettant de générer les revenus nécessaires aux actions de conservation ou de compensation. Il convient donc de mener des actions de sensibilisation et de lobbying pour « porter les soucis de biodiversité à l’intérieur des organisations, des syndicats professionnels, et dans des projets dédiés » (Laurent Mermet) et de « travailler avec les grandes agences de notation sur l’intégration réelle de ce que les services écologiques apportent à l’économie et aux entreprises » (Antoine Cadi).

Enfin, la préservation de la biodiversité doit tenir compte des populations locales. Celles-ci peuvent en effet être impactées directement ou indirectement par les effets de la destruction de la biodiversité, mais aussi par les effets de projets de conservation qui ne tiendraient pas compte de l’organisation socio-économique locale. « Pour protéger une espèce ou un habitat, il faut chercher d’abord des solutions auprès des populations locales, et il faut travailler à l’intégration de la biodiversité dans la lutte contre la pauvreté » (Antoine Cadi).

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