L’Afrique possède la population la plus jeune du monde : plus de la moitié des Africains ont moins de 25 ans. Leur donne-t-on les moyens d’être acteurs du développement de leur pays ? Quels rôles pour les gouvernements et les partenaires internationaux afin d’appuyer les jeunes à relever les défis de l’Afrique ? Ces questions ont été débattues à l’Agence Française de Développement.

Organisateurs

L’Afrique possède la population la plus jeune du monde : plus de la moitié des Africains ont moins de 25 ans. Ces jeunes, de plus en plus nombreux et de mieux en mieux formés, portent l’avenir du continent, ses opportunités comme ses défis.

Parmi ceux-ci figure un enjeu de taille : pouvoir offrir à ces jeunes un emploi. Chaque année plus de 11 millions de jeunes font leur entrée sur le marché du travail en Afrique subsaharienne et au cours des dix années à venir, il faudra créer 25 millions d’emplois pour seulement maintenir les taux de chômage actuels, déjà très élevés, en zone Afrique du Nord et Moyen Orient.

Cependant, comme l’ont montré les événements du Printemps arabe et plus récemment le Burkina Faso, les revendications des jeunes ne semblent pas s’arrêter à la question de l’insertion professionnelle : ils souhaitent aussi être pleinement acteurs de la vie de leur pays.

Quelles sont les aspirations des jeunes africains ? Leur donne-t-on les moyens d’être acteurs du développement de leur pays ? Quels rôles pour les gouvernements et les partenaires internationaux afin d’appuyer les jeunes à relever les défis de l’Afrique ?

Trois jeunes issus des mondes rural, politique et associatif seront présents au panel pour partager leurs expériences et leurs recommandations pour répondre à ce « défi jeunes ».

 

Les jeunes en Afrique : peut-on répondre à leurs attentes ?

Date

mardi 02 décembre 2014

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI.

Avec:

  • Yaovi Abla, présidente de l’Union des Agriculteurs de la région des plateaux, Togo
  • Aminata Diallo Thior, député à l’Assemblée nationale et présidente du réseau des parlementaires pour la protection des enfants contre les violences et les abus, Sénégal
  • Ismahène Lekhlifi, secrétaire générale  de l’association Bel Horizon d’Oran, Algérie
  • Mamadou Touré, conseiller technique chargé de la jeunesse et des sports du Président Ouattara, Côte d’Ivoire
  • Valérie Huguenin, responsable adjointe de la division des partenariats avec les ONG à l’Agence Française de Développement

 

La conférence sera introduite par Annick Girardin, secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie, et Anne Paugam, directrice générale de l’Agence Française de Développement

Les échanges ont été animés  par Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI. Sont intervenus Yaovi Abla, présidente de l’Union des Agriculteurs de la région des plateaux, Togo; Aminata Diallo Thior, député à l’Assemblée nationale et présidente du réseau des parlementaires pour la protection des enfants contre les violences et les abus, Sénégal; Ismahène Lekhlifi, secrétaire générale  de l’association Bel Horizon d’Oran, Algérie; Mamadou Touré, conseiller technique chargé de la jeunesse et des sports du Président Ouattara, Côte d’Ivoire; et Valérie Huguenin, responsable adjointe de la division des partenariats avec les ONG à l’Agence Française de Développement.

La conférence était introduite par Annick Girardin, secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie, et Anne Paugam, directrice générale de l’Agence Française de Développement.

 

Dans les pays d’Afrique, marqués par une forte croissance démographique, les politiques à destination de la jeunesse constituent un défi majeur. L’exode rural et l’inadéquation de l’offre de formation aux besoins économiques poussent un grand nombre de jeunes vers l’emploi informel. Depuis le début des années 2010, dans le sillage des printemps arabes, les jeunes ont manifesté leur mécontentement en remettant en cause les pouvoirs en place, à la manière du mouvement « Y en a marre » au Sénégal. Pour donner un avenir à cette jeunesse de plus en plus mobilisée sur la scène publique, les politiques et les bailleurs de fonds internationaux doivent identifier les bons leviers.

 Les jeunesses en Afrique : quel diagnostic ?

La très grande proportion d’enfants et de jeunes dans la population est un des traits fondamentaux de la démographie africaine : en Afrique subsaharienne, « la moitié de la population est âgée de moins de 18 ans » (Anne Paugam). En Côte d’Ivoire « les jeunes [16-35 ans] représentent 36 % environ des Ivoiriens » (Mamadou Touré).

Il importe de ne pas dresser un tableau uniforme de cette tranche d’âge : « Il n’existe pas une, mais des jeunesses africaines. Les jeunes cadres, étudiants, artisans ou agriculteurs n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes aspirations » (Mamadou Touré). Mais, en Côte d’Ivoire comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les jeunes vivent dans leur grande majorité en milieu rural comme travailleurs du secteur agricole. Une situation subie, qui alimente l’exode vers les grandes villes : « Aujourd’hui, les jeunes se désintéressent du secteur agricole à cause des difficultés inhérentes à ce secteur » (Yaovi Abla). Ce facteur, mais aussi l’inadéquation entre la formation professionnelle et le marché du travail, expliquent la difficile accession à l’emploi des jeunes Africains : ils souffrent moins de chômage que de sous-emploi, et alimentent un secteur informel où les revenus sont faibles.

La santé est un autre enjeu majeur : l’infection du VIH-SIDA « reste la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de 10 à 19 ans » (Annick Girardin). La jeunesse est victime de diverses formes de violences : celles qui touchent les femmes – « l’excision atteint 26 % de taux de prévalence au Sénégal ; les mariages précoces en Casamance représentent 68 % » (Aminata Diallo Thior) – autant que celles engendrées par les conflits, comme la guerre civile en Côte d’Ivoire : « Beaucoup de jeunes se sont trouvés enrôlés dans des milices » et il faut désormais les réinsérer (Mamadou Touré).

À ces différentes caractéristiques s’ajoute une désillusion typique des jeunes générations : « Aujourd’hui, 50 % des jeunes ne croient ni dans la société civile, ni dans le changement » (Ismahène Lekhlifi). Les élites politiques sont la plupart du temps sourdes aux revendications de cette population, mais peuvent exploiter le cas échéant son mécontentement : « Les jeunes sont instrumentalisés par les politiques, et ce à leurs dépens – le fait qu’ils aient cassé ou pillé est un argument pour leur refuser toute forme de responsabilité » (Mamadou Touré).

 

Des mouvements sociaux en quête de débouchés politiques

Néanmoins, les jeunes font de plus en plus fréquemment entendre leur voix. Le mouvement de protestation « Y en a marre », né au Sénégal en 2011, en est un exemple : « à défaut d’écoute de la part de l’État, la rue et les pneus en feu sont devenus terrain et moyen d’expression » (Aminata Diallo Thior). En Algérie, « à travers l’action associative, les jeunes prennent de plus en plus la parole » (Ismahène Lekhlifi). Les réseaux sociaux servent de caisse de résonance : « [Leur développement] a ouvert de nouveaux champs d’expression » (Valérie Huguenin).

Pour que ces dynamiques irriguent de manière constructive la réflexion publique, « les jeunes doivent avoir la parole au sein des groupes d’élaboration des politiques qui leur sont destinées » (Annick Girardin). Ils savent d’ailleurs jouer des ressorts nécessaires pour être entendus : « ils savent ce que veut le politique et adaptent leur approche en fonction. Il existe un jeu de manipulation de part et d’autre » (Mamadou Touré).

La meilleure approche consiste alors à formaliser les échanges entre les pouvoirs publics et la jeunesse en reconnaissant à celle-ci le statut d’interlocuteur légitime : l’Union africaine recommande ainsi la mise en place de Conseils nationaux de la jeunesse. Une telle instance devrait voir le jour bientôt en Côte d’Ivoire. Au Maroc, le Programme concerté Maroc, piloté par l’association Solidarité laïque et 140 associations françaises et marocaines, visait à « la promotion de l’exercice de la citoyenneté sur tout le territoire marocain » (Valérie Huguenin). Les jeunes se sont emparés du projet : « ils ont exigé d’être partie prenante de la gouvernance du programme pour se rendre acteurs du développement de leur pays » (Valérie Huguenin). Preuve que ces programmes correspondent à des attentes bien réelles.

Les leviers à mettre en œuvre

Les politiques à destination de la jeunesse doivent combiner deux approches : elles doivent être « multisectorielles », à l’image des actions menées par l’AFD en direction de la jeunesse africaine (Anne Paugam). Certaines ciblent directement les jeunes – amélioration de la formation, insertion professionnelle, éducation à la santé sexuelle et reproductive… D’autres visent à travailler en profondeur sur le tissu économique, afin que les jeunes trouvent leur place dans les processus de développement.

Cela implique une réflexion globale sur la structure économique et démographique des pays concernés : pour juguler les flux de population, il faut enrayer l’exode rural. Une revalorisation du secteur agricole est nécessaire : « les parents n’encouragent pas leurs enfants à se tourner vers l’agriculture » (Yaovi Abla). Le parcours de Yaovi Abla montre pourtant qu’il est possible de vivre aujourd’hui du travail de la terre : son entreprise est rentable, car « [elle] a eu la chance de suivre une formation ». Cette professionnalisation des agriculteurs, la mécanisation progressive, la capacité à se regrouper en coopératives, le soutien de l’État via le Projet d’appui au développement agricole au Togo (PADAT) qui promeut l’installation des jeunes : autant de solutions susceptibles d’endiguer la dynamique actuelle : « le fait que l’agriculture […] laisse entrevoir une possible rentabilité stimule l’intérêt des jeunes » (Yaovi Abla). Une autre piste peut résider dans des politiques d’industrialisation susceptibles d’absorber la main-d’œuvre jeune, en Côte d’Ivoire notamment.

L’autre levier à actionner consiste à faciliter l’accès des jeunes au marché du travail. Constatant l’inadéquation de son système de formation avec les attentes des employeurs, la Côte d’Ivoire s’est lancée dans une réforme de l’enseignement supérieur, mais aussi de l’enseignement technique et professionnel. « À terme, l’objectif est de prendre en charge tous ces jeunes et de réduire l’échec scolaire » (Mamadou Touré). Il importe aussi de favoriser les initiatives des jeunes en les mettant en contact avec les bailleurs de fonds. Enfin, la promotion de la mobilité Nord-Sud constitue un objectif important : les échanges Nord-Sud permet de connaitre ce qui ce passe ailleurs, d’enrichir l’expertise des jeunes et aussi de combattre les préjugés.

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