La microfinance s’est longtemps heurtée sans succès à la question du financement du logement. Aujourd’hui, de nouvelles modalités d’interventions voient le jour et ouvrent de perspectives pour y parvenir. La microfinance peut-elle désormais proposer ce type de service de manière suffisamment pérenne et massive ? Cette question a été débattue à l’Agence Française de Développement.

Organisateurs

Disposer d’un logement décent est un besoin fondamental et constitue un sujet central de développement. L’amélioration de l’habitat a un effet évident sur les conditions de vie des populations, mais également sur leur santé, leur accès à l’éducation, leur patrimoine, leur sécurité et leur capacité à se projeter. Porté par une croissance démographique endémique, le besoin d’accéder à un logement décent concernera 3 milliards de personnes, soit 40% de la population mondiale, d’ici 2030 et il supposera un investissement minimum de 420 milliards de dollars. Devant l’impossibilité des pouvoirs publics à relever seul ce défi, mobiliser de tels montants et faire en sorte que ceux qui en ont besoin y aient accès ¬implique de mobiliser tous les acteurs concernés, publics comme privés, pour dégager des solutions innovantes de financement permettant de tenir compte des différents termes de l’équation complexe que constitue la question de l’habitat abordable.

Le secteur financier traditionnel reste réticent à financer l’habitat dans les pays en développement, investissement perçu comme volatile et risqué. De son côté, alors que la microfinance est l’un des principaux outils permettant d’atteindre massivement et de manière pérenne les populations exclues du secteur bancaire, elle s’est longtemps heurtée sans succès à la question du financement du logement. En effet, elle manque de ressources longues, de méthodologies adaptées, de compétences techniques et les charges d’exploitation associées au développement d’un produit de financement de l’habitat découragent les initiatives. Aujourd’hui, de nouvelles modalités d’interventions voient le jour et ouvrent de perspectives pour y parvenir.

Quel bilan peut-on tirer de ces récentes initiatives ? Qui en a bénéficié ? La microfinance peut-elle proposer ce type de service de manière suffisamment pérenne et massive ? A quelles conditions ? N’est-ce pas plutôt le rôle des banques ou de l’Etat ?

Cette conférence est organisée en partenariat avec le Club microfinance Paris.

 

La microfinance : peut-elle financer l’habitat des populations les plus vulnérables ?

Date

jeudi 05 mars 2015

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI

Avec:

  • Isadora Bigourdan, spécialiste financement de l’habitat à l’AFD
  • Nelly Defo, responsable des investissements et des produits innovants chez Shelter Afrique (en visioconférence)
  • François Perrot, coordinateur du programme Affordable Housing chez Lafarge

Interventions des panelistes

Echange avec le public

Conclusion des panélistes

Ces échanges ont été animés  par par Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI, avec Isadora Bigourdan, spécialiste Financement de l’habitat à l’Agence française de développement; Nelly Dedo, responsable des investissements et des produits innovants de Shelter Afrique ; François Perrot, coordinateur du programme Logement abordable chez Lafarge ; Ghislain Auger, cabinet Desjardins international pour le développement. Ce débat était coorganisé par le Club de la microfinance Paris.

 

Trois milliards de personnes vivront dans un habitat insalubre en 2030. Le logement est une problématique centrale du développement. Pour faire face aux besoins des populations, la microfinance peut apporter des outils innovants. Reste à structurer et à professionnaliser le microcrédit habitat, un secteur dont les spécificités sont encore un défi pour les IMF.

La microfinance face aux enjeux du mal-logement

« En 2030, 3 milliards de personnes seront confrontées à un habitat insalubre ». Pour répondre au défi du mal-logement, « il faudrait construire 96 000 maisons par jour à l’échelle de la planète » (Isabelle Bigoudan). Dans ce contexte, la microfinance est une ressource crédible dans les pays du Sud. Alors que les États sont insuffisamment mobilisés – comme en Afrique où « [ils] ont d’autres priorités » (Nelly Defo) –, et que « le secteur bancaire traditionnel dédié au financement de l’habitat est très résiduel », la microfinance marque l’apparition de nouveaux acteurs privés. En matière de logement, elle est susceptible de répondre aux besoins des catégories de population qui disposent déjà de quelques moyens financiers, celles qui sont « sans revenus étant plutôt appuyées soit par des programmes sociaux publics, soit par des ONG » (Isadora Bigourdan).

 

Répondre avec pragmatisme à des demandes concrètes

Les programmes de microfinance sont des réponses pragmatiques à des problématiques localisées. Après le tsunami de 2004, Lafarge se demande si l’on peut « développer un projet avec les populations à faibles revenus ». Aujourd’hui le cimentier « offre plus de 1 000 crédits par mois à travers une trentaine de banques de microfinance partenaires dans une dizaine de pays » (François Perrot) : il accompagne les populations dans la construction de leur habitat et s’ouvre ainsi de nouveaux marchés. Le cabinet Desjardins, qui soutenait les IMF répondant « aux besoins entrepreneuriaux […] des petits commerçants du secteur informel », a adapté son offre : pour éviter que ceux-ci ne financent leurs projets immobiliers en mobilisant le fonds de roulement de leur entreprise, le cabinet Desjardins « a conçu un produit […] qui permet de financer l’habitat de manière adéquate » (Gyslain Auger). Quant à l’AFD, pour répondre à la demande concrète des populations locales, elle accompagne les IMF qui « organisent le financement de constructions [de logements] par étapes » (Isadora Bigourdan).

La microfinance nécessite « de dresser une bonne cartographie du marché » (Gyslain Auger). Il faut avoir une vision claire de la solvabilité des populations concernées. Les IMF connaissent bien le terrain : « Bien souvent, les crédits logement sont octroyés à des personnes […] membres de l’IMF depuis plusieurs années » (François Perrot). Un suivi personnalisé d’autant plus important que « la garantie foncière est très peu utile et utilisée » (Nelly Defo) : « les garanties par l’entourage ou par cautionnements fonctionnent mieux » (Isadora Bigourdan).

Il faut aussi être à l’écoute des besoins des populations. Par exemple, Lafarge contribue à équilibrer les souhaits exprimés par ses interlocuteurs et les moyens dont ils disposent : « Lorsque l’on dessine la maison avec eux, on peut proposer des solutions alternatives auxquelles ils n’auraient pas pensé » (François Perrot).

 

Innover en sachant prendre des risques

Les microcrédits habitat ne sont pas les produits financiers les plus risqués : « les taux de pertes sont trois fois moins élevés » que pour les projets en entreprise (Gyslain Auger). Néanmoins « ce sont des crédits plus longs, aux montants plus élevés, avec prises de garantie » ; autant d’éléments « que les IMF n’ont pas l’habitude de traiter » (Isadora Bigourdan). Dès lors, pour fournir les produits adéquats, « le maître mot est l’innovation » (François Perrot).

L’offre de Shelter combine ainsi des outils typiques de la microfinance – un secteur « qui [a] souvent des méthodes de crédit collectif » – et d’autres plus spécifiques aux problématiques du logement : « on constate que le crédit amélioration de l’habitat pour un ménage est plutôt individuel » (Isadora Bigourdan). L’institution s’adapte à plusieurs types d’acteurs : elle prête à des coopératives « tout à fait intéressantes pour les populations à revenu informel et irrégulier » et dont le modèle se développe en Afrique de l’Est, aussi bien qu’à des « institutions ou intermédiaires financiers qui prêtent à des ménages » (Nelly Defo).

 

Des pistes pour amorcer un changement d’échelle

Pour la microfinance, « le défi, c’est le changement d’échelle » (François Perrot). Mais plusieurs blocages apparaissent. Il règne un certain flou sur les périmètres du microcrédit habitat : sous cette appellation « on regroupe […] tout ce qui n’est pas microcrédit bancaire classique ». Cela pose des problèmes de législation, même dans un pays comme le Nigeria qui revoit sa politique de l’habitat afin de protéger les IMF (Isadora Bigourdan). Autres enjeux : « un important problème de capitalisation de la croissance de ce crédit » (Ghislain Auger) ou le manque de solidité de certaines offres : « les IMF voient le potentiel de marché et ne font pas l’effort de structurer le produit de manière pérenne » (Isadora Bigourdan).

Les pistes pour amorcer ce changement d’échelle sont diverses. Une plus grande mobilisation des États est nécessaire : « Les législations doivent assurer un environnement d’affaires fluide pour l’ensemble des parties » (Ghislain Auger). Pour ce qui concerne les financements, il importe de « mobiliser le plus d’épargne locale possible et de faciliter la conversion de l’épargne par les prêts » (Ghislain Auger).

L’éducation est aussi un enjeu clé : éducation financière des ménages, afin de leur « permettre de comprendre leurs engagements et obligations et celles de l’IMF » (Isadora Bigourdan) ; mais aussi action de formation des opérateurs institutionnels eux-mêmes, à l’image du projet « École itinérante de la microfinance logement » dont le but « est de former des IMF (au Kenya) » (François Perrot). Ce qui est en jeu, c’est la professionnalisation et la structuration de la microfinance habitat, de manière à en faire « un vrai secteur reconnu » (Ghislain Auger).

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