Si la ressource en eau est abondante globalement, de nombreux pays et de nombreux ruraux sont en situation de grande vulnérabilité. Avec le changement climatique et la croissance démographique, les pénuries en eau vont s’accroître dans bien des régions et avec elles leur dépendance alimentaire. Que faire dans ce contexte pour produire plus et mieux ? Quelles nouvelles visions bâtir sur l’eau et sur l’agriculture ? Ces questions ont été débattues à l’Agence Française de Développement.

Organisateurs

Boire à sa soif nécessite 3 litres d’eau par jour mais il en faut en moyenne 1 000 fois plus pour produire la nourriture et les autres biens indispensables. Nourrir 2 milliards d’habitants supplémentaires d’ici 2050 est un très grand défi qui ne pourra être relevé que par une combinaison de mesures.

Si la ressource en eau est abondante globalement, de nombreux pays et de nombreux ruraux sont en situation de grande vulnérabilité. Avec le changement climatique et la croissance démographique, les risques d’instabilités sociales et politiques sont grands. Les pénuries en eau vont s’accroître dans bien des régions et avec elles leur dépendance alimentaire. Il faudra pourtant pouvoir d’ici 2050 nourrir 2 milliards d’habitants en plus, assurer l’accès à l’alimentation des plus pauvres et créer des emplois, notamment en Afrique.

Que faire dans ce contexte pour produire plus et mieux ? Comment renforcer la résilience de nos territoires et passer à des systèmes de production durables ? Comment faire converger sécurité hydrique et alimentaire ? Quelles nouvelles visions bâtir sur l’eau et sur l’agriculture et comment les traduire dans nos politiques publiques ?

Comment mieux gérer les ressources en eau pour assurer la sécurité alimentaire ?

Date

mardi 17 mars 2015

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Anne-Cécile Bras, journaliste à RFI

Avec:

  • Frédéric Apollin, directeur général d’Agronomes et Vétérinaires sans frontières
  • Hassan Benabderrazik, économiste, consultant marocain
  • Guillaume Benoit, membre du conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux
  • Faliry Boly, président du Groupement des Producteurs de l’Office du Niger
  • Stéphanie Leyronas, chargée du programme eau et environnement à la division Recherche de l’AFD

Interventions des panélistes

Echanges avec le public

Les échanges ont été animés par Anne-Cécile Bras, journaliste à RFI. Sont intervenus Frédéric Apollin, directeur général d’Agronomes et Vétérinaires sans frontières ; Hassan Benabderrazik, économiste et consultant marocain ; Guillaume Benoit, membre du conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux ; Faliry Boly, président du Groupement des Producteurs de l’Office du Niger et Stéphanie Leyronas, chargée du programme eau et environnement à la division Recherche de l’AFD.

 

Si nous avons besoin de 3 litres d’eau par jour pour nous hydrater, il en faut 1 000 fois plus pour produire notre nourriture. Si l’eau est une ressource globalement abondante, de nombreuses régions souffrent de rareté. La dégradation des systèmes productifs, le défaut de développement agricole et rural, le changement climatique et la pression démographique croissante influent sur la disponibilité des ressources en eau dans nombre de régions de la planète, mettant en péril la capacité des générations futures à subvenir à leurs besoins. Assurer l’accès à l’alimentation de 9,5 milliards d’hommes en 2050 nécessitera la mise en place de stratégies locales et nationales « eau et agriculture » ambitieuses et adaptées à chaque contexte.

 

L’agriculture, clé de voûte d’un usage pérenne de la ressource en eau

Dans la mesure où « l’agriculture restera un important préleveur de la ressource » (Stéphanie Leyronas), l’usage qui est fait de l’eau dans ce secteur constitue une clé du développement durable. La problématique soulève un grand nombre d’enjeux : environnement ; sécurité alimentaire ; climat, dynamiques économiques, équité et durabilité, un objectif clef devant être de « produire plus d’emplois à la campagne par quantité d’eau utilisée. » (Guillaume Benoît).

 Réussir le développement agricole, notamment par la mise en mouvement de l’agriculture familiale, suppose des systèmes d’organisation collective et des politiques d’accès au crédit. Il faut en même temps rendre plus performants et plus durables les systèmes agricoles notamment par une transition agro-écologique. Les agricultures familiales peuvent notamment « assurer une utilisation durable des ressources des écosystèmes » (Frédéric Apollin). Encouragée par l’État, une génération de « paysans-investisseurs » pourrait élaborer sur le terrain des solutions pérennes, susceptibles de « sécuriser […] le patrimoine national » (Faliry Boly).

Lancé après la crise alimentaire de 2007-2008, le plan Maroc vert est un exemple d’investissement massif dans le secteur agricole. L’État marocain a « multiplié par 5 en l’espace de 10 ans » le budget alloué à l’agriculture. Dans des espaces en stress hydrique comme Chtouka-Moussa, les acteurs institutionnels ont mixé « de la gouvernance, de la participation, des investissements et de la technologie », avec pour objectif de préserver l’emploi et d’établir une exploitation plus durable de la nappe phréatique. « La situation des nappes souterraines est en effet souvent dramatique car la ressource est surexploitée » (Hassan Benabderrazik).

 

Améliorer l’accès à la ressource et développer des usages durables

Pour une meilleure préservation, valorisation et gestion de la ressource, les communautés rurales et les acteurs publics peuvent mettre en place des infrastructures aux coûts plus ou moins élevés et mettre en place des règles et outils tels que « quotas, licences, restrictions temporaires », ou encore « instruments économiques : la tarification, les subventions aux pratiques économiques […], les taxes environnementales ». Le risque est cependant de voir apparaître « une série d’effets pervers » (Stéphanie Leyronas).. Parmi les investissements lourds, outre les barrages et transferts, il faut citer la désalinisation, le  dessalage, et le traitement des eaux usées : « En Israël, 85 % des effluents domestiques sont utilisés, une fois traités, pour l’agriculture » (Stéphanie Leyronas). Mais d’autres « infrastructures locales et peu coûteuses de collecte d’eau ont fait leurs preuves : diguettes, citernes, petites retenues et réservoirs » et ne doivent donc pas être oubliées (Frédéric Apollin). Dans le secteur agricole, l’irrigation est importante car elle « permet de produire en moyenne 3 fois plus qu’en agriculture pluviale ». Cependant, le progrès de l’agriculture pluviale est encore plus crucial.» (Guillaume Benoît).

Mais « travailler sur l’offre n’est pas tout » (Frédéric Apollin) : il faut également mener une réflexion sur des usages plus durables de la ressource. Au Mali, face à sa rareté, les agriculteurs adaptent leurs techniques agricoles : « petits barrages de retenues d’eau, […] semis “avant les premières pluies” […], semis sous couvert » (Faliry Boly). En amont, il faut aussi poser la question du devenir de « l’eau virtuelle », l’eau nécessaire pour produire un bien et gaspillée quand celui-ci est perdu : « Au Sud, 30 % de la production en moyenne n’arrive jamais sur les marchés » (Frédéric Apollin).

 

Partage de l’eau : des équilibres à trouver entre acteurs et territoires divers

L’allocation de la ressource en eau pose de multiples questions de gouvernance : « Les problèmes de partage, d’accaparement, d’accès, de régulation et de gouvernance de l’eau revêtent un caractère d’urgence » (Hassan Benabderrazik).

Les solutions doivent être locales, adaptées à chaque contexte. L’eau n’est d’ailleurs pas un « bien public mondial », mais un « un bien commun local » (Guillaume Benoit). Les situations diffèrent d’un territoire à l’autre et la gestion doit s’organiser notamment à l’échelle très locale.« En France et en Espagne, l’État ont donné des droits et des devoirs à des communautés d’irrigants, organisées en associations syndicales qui sont des corporations de droit public ». Face à la sécheresse andine, l’Équateur développe des solutions originales et des instances de concertation sur l’usage et la protection de l’eau qui font place à tous les usagers. Mais au Mali par exemple, dans des associations comme l’Autorité du Bassin du Niger, « les avis des acteurs ne sont pas toujours bien pris en compte » (Faliry Boly). Or pour qu’il y ait équité, il faut assurer la reconnaissance mutuelle des organisations qui vont discuter le partage, la gestion ou la protection d’une ressource, en particulier des organisations paysannes. (Frédéric Apollin).

Entendre tous les acteurs, c’est aussi assurer les équilibres entre communautés rurales et urbaines dans un contexte d’urbanisation croissante. Or, les villes ont tendance à oublier qu’elles sont dépendantes des campagnes pour leur alimentation. Faute de prix rémunérateurs, nombre d’agriculteurs souffrent de pauvreté voire de la faim et ne peuvent pas bien gérer les ressources en eau et les sols. L’exode rural exporte la pauvreté en ville et l’étalement urbain, qui est un vrai gaspillage d’espace, fait perdre de nombreuses terres, y compris irriguées.

Au-delà des territoires régionaux ou nationaux, le droit à l’eau agricole pour l’alimentation est une problématique dont s’emparent les organisations internationales. Dans un rapport remis au Comité de la sécurité alimentaire, un groupe d’experts propose « d’étendre le droit universel à l’eau potable, aujourd’hui acquis, au droit à l’eau agricole » : il constituerait un instrument juridique supplémentaire pour les petits producteurs (Frédéric Apollin).

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