Face à une sécheresse historique, les autorités de la ville du Cap ont récemment annoncé la coupure du système de distribution d’eau. A partir du 9 juillet, date du « Point Zéro », l’eau ne coulera plus dans les robinets de la ville. Au-delà de l’Afrique du Sud, plus de 2 milliards de personnes dans le monde, ont un accès limité à l’eau potable et 4,5 milliards ne disposent pas de toilettes raccordées à des systèmes de traitement des eaux usées.

Organisateurs

Dans les zones sahéliennes, au Moyen-Orient ou en Afrique Australe, l’assèchement des nappes d’eaux souterraines s’accentue sous l’effet du changement climatique. Dans le même temps, de Lima à Karachi en passant par Paris, les populations sont de plus en plus exposées aux risques d’inondations.

Les réponses de la communauté internationale, que le Brésil s’apprête à accueillir pour le 8ème Forum Mondial de l’Eau (FME), du 18 au 23 mars, sont donc très attendues pour relever les défis de l’eau en ville. Accès à l’eau et à l’assainissement, préservation de la ressource, adaptation et gestion des risques d’inondation, nouveaux usages liés à l’eau : comment l’eau contribue-t-elle à redessiner la ville de demain ? Quelle est sa contribution à la réduction des inégalités et des vulnérabilités? Comment s’adapter à la croissance urbaine et aux effets du changement climatique ?

Autant de questions qui seront abordées lors de cette conférence organisée par l’AFD en partenariat avec la Ville de Paris.

 

Animé par Vincent EDIN, journaliste indépendant.

Avec :

Benjamin GESTIN, Directeur général d’Eau de Paris

Céline GILQUIN, Responsable de la division Eau et Assainissement, Agence Française de Développement

Pierre JACQUEMOT, Président du Gret

Boubacar KANE, PDG de la Société malienne de gestion du secteur de l’eau potable (Somagep)

L’eau : quels défis & quelles solutions pour la ville de demain ?

Date

mercredi 14 mars 2018

Heure

14h00 - 16h00

Lieu

Auditorium Mistral (AFD)
3 place Louis Armand
75012 Paris

Télécharger la synthèse de la conférence dans son intégralité 

 

Les enjeux de l’approvisionnement en eau

Au niveau mondial, le financement du secteur de l’eau et de l’assainissement représente seulement 4 % de l’aide au développement. Ce secteur constitue toutefois une des priorités de l’AFD puisqu’il représente 15 % du volume de l’aide qu’elle délivre. « Dans les objectifs du développement durable (ODD) n° 6, l’idée qui prévaut est qu’il faut rendre l’eau accessible à domicile » (P. Jacquemot).

L’approvisionnement en eau est en effet un enjeu en matière de santé publique, de lutte contre les inégalités et d’émancipation des femmes, « le fait de ne pas avoir accès à l’eau à domicile est source d’inégalités hommes-femmes » (C. Gilquin). « La corvée d’eau repose essentiellement sur le genre féminin et sur les enfants », ce qui prive les femmes d’autres activités génératrices de revenus et empêche les enfants d’aller à l’école (B. Kane). D’ici 2030, il faudra que 100 % de la population soit raccordée à l’eau. Pour cela, les programmes d’investissements prévus doivent être tenus « pour que la croissance démographique ne nous dépasse pas et que nous puissions être en mesure de suivre son évolution » (B. Kane).

 

Les effets de la croissance urbaine et du changement climatique

À l’horizon 2030, la population urbaine aura doublé dans le monde, en particulier dans les pays en développement. Les modifications des modes de vie s’accompagnent d’une hausse de la consommation d’eau, en particulier à travers l’agriculture. Avec l’aggravation des problèmes de sécheresse, les tensions sur la ressource vont croître de plus en plus. Les deux tiers de la population mondiale vivent dans des zones qui souffrent du manque d’eau.

Dans les années à venir, 130 villes seront exposées à des pénuries d’eau et d’ici 2050, 10 d’entre elles seront gravement affectées. Leurs nappes phréatiques sont menacées par le changement climatique et leurs besoins explosent avec le développement urbain. Dans ce top 10, on retrouve des villes riches comme Los Angeles et San Diego : « le stress hydrique affectera aussi bien des villes dans des pays en développement que développés » (C. Gilquin).

En 2050, le monde comptera 10 milliards d’habitants contre 1 milliard 150 ans plus tôt. « Cela nous engage à réfléchir sur la capacité à produire de l’eau mais aussi sur la capacité à nettoyer l’eau » (C. Lagrance). Il y a une solution d’avenir, c’est de réutiliser les eaux usées traitées. Dans les pays où l’on manque de ressource en eau, « investir dans l’assainissement est une priorité » (C. Gilquin). Les eaux usées peuvent ainsi être réutilisées, en particulier pour l’agriculture, un secteur très consommateur d’eau.

 

Le coût de l’eau

L’eau n’est pas gratuite, le service a un coût qui doit être payé. « La représentation de l’eau dans les différentes classes sociales n’est pas la même. » (P. Jacquemot). Les classes sociales les plus pauvres acceptent de payer les services de base, à condition que la contrepartie soit visible, c’est-à-dire que l’accès à l’eau soit continu. Lorsqu’on propose un accès à l’eau aux populations les plus pauvres, elles sont très conscientes que ce qu’elles vont payer, c’est la prestation pour l’accès : les tuyaux, l’usine, etc. « Il y a une vraie volonté de participer au prix pour ce système qui permettra un accès à l’eau potable. » (E. Poilane). Mais encore faut-il que les gestionnaires du service proposent un tarif soutenable pour tous les usagers. À Paris par exemple, les équipes d’Eau de Paris travaillent en lien avec la municipalité pour maintenir le prix de l’eau le plus bas possible.

 

L’importance d’une bonne gouvernance

L’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement ainsi que la bonne gestion de la ressource sont au cœur des projets soutenus par l’AFD. Au-delà des solutions techniques, l’enjeu est surtout de bien gérer le service, d’anticiper les besoins à long terme pour éviter les crises et d’améliorer le taux d’accès. L’AFD finance les infrastructures, mais sa principale préoccupation est « de s’assurer que le service proposé aux populations est durable et performant » (C. Gilquin).

La bonne gestion des services peut se faire par le secteur public ou par le secteur privé. Cela nécessite une bonne régulation et un suivi de ces responsabilités par les autorités. « Ce sont des questions qui nécessitent des approches très globales, à plusieurs échelles géographiques, plusieurs échelles de temps et beaucoup de partenariats » (B. Gestin).

Le suivi, la régulation et le contrôle des opérateurs sont des enjeux majeurs de la gouvernance. Le Gret rapporte des cas où les canalisations sont en place mais où les populations ne savent même pas qu’elles peuvent se raccorder. « La question du marketing social et de la communication est fondamentale en matière de gestion de l’eau et de l’assainissement » (P. Jacquemot).

 

Cette conférence a eu lieu mercredi 14 mars 2018 à l’AFD.

Les échanges ont été animés par Vincent EDIN, journaliste indépendant.

Sont intervenus :

Benjamin GESTIN, Directeur général d’Eau de Paris ; Céline GILQUIN, Responsable de la division Eau et Assainissement, Agence Française de Développement ; Pierre JACQUEMOT, Président du Gret et Boubacar KANE, PDG de la Société malienne de gestion du secteur de l’eau potable (Somagep)

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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