Les projets de développement sont souvent loin d’atteindre l’ensemble des objectifs de départ, et leurs effets à long terme, après projet, sont souvent sujets à caution. L’un des principaux facteurs limitant leur efficacité est l’insuffisante prise en compte du contexte local, des acteurs, de leurs valeurs, de leurs aspirations véritables, de leur volonté et de leurs capacités à les atteindre.

Organisateurs

Les projets de développement sont souvent loin d’atteindre l’ensemble des objectifs de départ, et leurs effets à long terme, après projet, sont souvent sujets à caution. L’un des principaux facteurs limitant leur efficacité est l’insuffisante prise en compte du contexte local, des acteurs, de leurs valeurs, de leurs aspirations véritables, et de leur volonté de renforcer leurs capacités à les atteindre.

La mise en œuvre de projets de développement est confrontée à des injonctions contradictoires : d’une part, la nécessité d’agir vite et celle d’appréhender soigneusement le contexte, les acteurs en présence, les déterminants du changement, etc. ;  d’autre part, l’exigence de renforcer les capacités des acteurs à long terme, d’accompagner des processus endogènes et pérennes, et celle d’afficher des résultats rapides.

La période actuelle voit donc – y compris au sein de l’AFD – une prise de conscience de la nécessité de faire évoluer la manière de « penser » le renforcement des capacités. L’objectif, au-delà du renforcement des individus (notamment par la formation) et des organisations (notamment par l’assistance technique), est de renforcer la capacité d’une société à gérer ses propres affaires.

Cette démarche, si elle est pleinement mise en œuvre, s’apparente à un véritable accompagnement des acteurs locaux responsables des  changements attendus d’un projet. Elle demande du temps. Elle implique souvent plusieurs acteurs, à différents échelons. Elle nécessite une écoute attentive des besoins. Et des méthodes améliorées de mise en œuvre (parcours de formation, évaluation des acquis, mises en réseau sud-sud, etc.)

Quel regard porter sur le renforcement des capacités tel qu’il a été pratiqué jusqu’à présent ? Quelle finalité poursuit-on au travers du renforcement des capacités ? Comment s’y prendre pour l’atteindre ?

Comment renforcer les acteurs porteurs de changement ?

Date

jeudi 04 février 2016

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
Bâtiment « Mistral »
3 Place Louis Armand
75012 Paris

La conférence sera animée par Sandrine MERCIER, journaliste, avec la participation de :

  • Benoit-Xavier Loridon, directeur d’Initiative Développement, membre du F3E et du PRISME
  • Marie Hélène Nedelec, vice-présidente de Nantes Métropole
  • Daniel Neu, chargé de programme « Département Politiques sociales et citoyenneté » au GRET
  • Jean-Marc Pradelle, chargé de mission à la Division « Appui au Renforcement des Capacités » à l’AFD
  • Amadou Saley Oumarou, haut-commissaire à  la Modernisation de l’Etat du Niger

Les échanges ont été introduits par Laurence Breton-MOYET, directrice exécutive des opérations de l’AFD et animés par Sandrine MERCIER, journaliste. Sont intervenus Benoit-Xavier Loridon, directeur d’Initiative Développement, membre du F3E et du PRISME ; Marie Hélène Nedelec, vice-présidente de Nantes Métropole ; Daniel Neu, chargé de programme « Département Politiques sociales et citoyenneté » au GRET ; Jean-Marc Pradelle, chargé de mission à la Division « Appui au Renforcement des Capacités » à l’AFD et Amadou Saley Oumarou, haut-commissaire à la Modernisation de l’Etat du Nigerologies numériques et les processus de développement.

Le renforcement des acteurs porteurs de changement vise à améliorer les « aptitudes des individus, des organisations et de la collectivité dans son ensemble à gérer leurs affaires avec succès » (définition de l’OCDE). Il est un moyen de favoriser l’autonomisation des bénéficiaires de l’aide. Souvent désignée par le terme de renforcement des capacités, la démarche figure désormais parmi les Objectifs du développement durable adoptés en septembre 2015 par les pays de l’ONU. Elle implique de repenser des enjeux essentiels : la durabilité des projets de développement, la pertinence des outils financiers, l’évaluation des impacts à long terme et le statut accordé aux bénéficiaires de l’aide.

Renforcement des capacités : une diversité d’approches…

Le renforcement des capacités des acteurs porteurs de changement passe par plusieurs canaux. « Orienté vers l’organisation », il peut désigner une dotation en moyens matériels – « ordinateurs, véhicules, ou tout autre moyen susceptible de rendre [le] travail [de l’organisation] plus efficace » (A. Saley Oumarou) ­ – ou l’apport « d’assistance technique, d’appui à maîtrise d’ouvrage » (L. Breton-Moyet). Tourné vers les individus, il consiste à « développer leurs savoir-faire en leur apportant des outils et des techniques qui vont leur permettre d’atteindre des résultats clairement définis » (A. Saley Oumarou). Enfin, il possède une autre dimension, davantage liée à la notion de bonne gouvernance : il vise une amélioration du « fonctionnement des institutions, de l’efficacité des politiques publiques » (L. Breton-Moyet).

 

… et une implication de tous les acteurs du développement

Le processus s’inscrit dans des systèmes de relations mettant en jeu tous les acteurs de l’aide au développement. Il peut s’agir de « relations bilatérales entre une ONG qui appuie et une ONG qui est appuyée » : c’est dans ce type de démarche que s’inscrit une ONG du Nord comme Initiative développement, qui monte notamment des partenariats au Togo ou au Tchad.

Mais le cercle s’élargit bien au-delà des organisations de la société civile. Les bailleurs de fonds peuvent aussi bien intervenir en soutenant financièrement des ONG du Nord, qu’en se positionnant directement comme « acteur levier des politiques publiques » ou partenaire d’acteurs privés des pays du Sud : leurs projets comprennent souvent des volets assistance technique, formation ou encore appui à la gouvernance (L. Breton-Moyet). C’est pourquoi l’AFD s’est dotée, « il y a un peu moins de 10 ans, à partir du moment où [elle] a dû gérer des financements d’assistance technique », d’une cellule Appui au renforcement des capacités (J.-M. Pradelle). Celle-ci réfléchit sur la façon dont l’AFD peut associer au mieux des actions de renforcement des capacités aux projets qu’elle mène.

À travers la coopération décentralisée, les collectivités territoriales françaises travaillent aussi à renforcer leurs partenaires : Nantes Métropole fait du « renforcement de la gouvernance locale » une composante majeure des projets qu’elle soutient en Guinée, au Cameroun ou à Haïti. Elle aide des collectivités du Sud à « assumer les compétences qui leur sont dévolues, comme la mise en place de services publics durables ». Elle endosse aussi « le rôle d’animateur, de coordonnateur » en travaillant à « la promotion des dynamiques Sud-Sud » : les différents partenaires œuvrent à leur renforcement mutuel à travers des séminaires qui permettent le partage d’expériences (M.-H. Nedelec).

 

Repenser la durabilité, le financement et l’évaluation des projets

Qu’ils soient du Nord ou du Sud, tous les acteurs estiment que le renforcement des capacités pose trois grands défis : la prise en compte du long terme ; l’usage d’outils financiers adaptés ; la mise en place de systèmes d’évaluation des impacts.

Le renforcement des capacités met en tension deux types de temporalité, celle du projet et celle du changement en profondeur : « on ne peut pas en même temps travailler sur un projet d’une durée de 2, 3 ans, avec des indicateurs quantitatifs, et accompagner un acteur » dans la durée, au-delà du projet (B.-X. Loridon). Car ce processus d’accompagnement a sa spécificité : il « fonctionne de manière itérative, d’étape en étape » (D. Neu), et nécessite, « en fonction des acteurs, entre 6 et 10 ans » (B.-X. Loridon). Or il est essentiel pour assurer la pérennité des actions entreprises : sans capacité des bénéficiaires à « prendre en main [eux-mêmes] » les projets, ces derniers n’ont qu’un impact limité (A. Saley Oumarou).

Un autre enjeu clé, qui concerne particulièrement les bailleurs de fonds, est le déploiement d’outils financiers plus adaptés : pour le moment, « [ceux] que les ONG ont à leur disposition ne sont pas tout à fait conformes » aux actions de renforcement des capacités (D. Neu). Les acteurs publics du Sud font face aux mêmes blocages : au Niger, « beaucoup de fonds ont été clôturés sans avoir été consommés ne serait-ce qu’à 50 ou 60 % » (A. Saley Oumarou) parce que les bailleurs de ne prennent pas toujours en compte des besoins spécifiques de leurs partenaires institutionnels locaux.

Enfin, la définition de mécanismes d’évaluation est sans doute « l’élément le plus important » pour évoluer vers plus d’efficacité dans le renforcement des capacités (A. Saley Oumarou). La cellule Appui au renforcement des capacités de l’AFD et la division des Evaluations sont d’ailleurs « en train de développer des systèmes d’évaluation pour mesurer systématiquement le renforcement des capacités dans les projets » (J.-M. Pradelle).

 

La question centrale : faire des bénéficiaires les premiers acteurs de la conception des projets

De manière globale, le renforcement des capacités doit évoluer vers une meilleure prise en compte des contextes locaux et des besoins des acteurs du Sud. Trop souvent, les bailleurs de fonds lancent des programmes de renforcement des capacités qui visent d’abord à faire « respecter les règles qu’ils posent » eux-mêmes (D. Neu). « Ce qui se décide dans les comités de pilotage [des projets] l’est à l’insu des principaux bénéficiaires » (A. Saley Oumarou).

Or un changement d’approche peut améliorer les impacts auprès des populations. Au Tchad, dans le cadre d’un projet de scolarisation des filles, Initiative développement « réunit des groupes d’acteurs pour faire émerger une vision collective du changement ». Plutôt que de dispenser des formations sur le genre menées par des consultants occidentaux, l’ONG accompagne les mères de famille qui « réfléchissent elles-mêmes à des actions […] porteuses de changement », et dont la dimension est très pragmatique.

Ce changement de perspective constitue une prise de risque pour les acteurs du Nord. Car « quand on accompagne un partenaire, c’est sa volonté qui va compter » (B.-X. Loridon) : s’il fait fausse route dans la définition de ses besoins, l’ONG qui l’aide, le bailleur de fonds qui le finance sont exposés. Néanmoins, le fait que « les usagers et les citoyens aient leur mot à dire sur les services qui leur sont destinés et sur les politiques publiques » constitue « le bon système de régulation » des projets de développement (D. Neu) : les bénéficiaires de l’aide sont les plus légitimes pour les valider ou au contraire en constater l’échec.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD

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