Comment le Système indien d’innovation peut-il se convertir au développement durable ? Quelles incitations faudrait-il proposer aux entrepreneurs pour les décider à investir dans des domaines qui permettraient de relever le défi de « l’alimentation, l’énergie et l’eau pour tous » ? L’innovation verte peut-elle devenir un modèle de développement pour l’Inde ?

Organisateurs

 

L’Inde a effectué une avancée spectaculaire dans le domaine de l’innovation, qui relève de l’économie globalisée. Ces dernières années, l’innovation était à l’honneur dans ce pays : annonce d’une décennie consacrée à l’innovation (de 2010 à 2020), mise en œuvre d’une nouvelle politique pour la science, les technologies et l’innovation en 2013, des budgets consacrés aux sciences et aux technologies portés à 28 milliards de dollars US dans le cadre du 12e Plan quinquennal, création de 50 centres d’excellence…

Cependant, le pays doit relever nombre de défis parmi desquels : (1) une forte concentration sectorielle et géographique de l’innovation, qui exclut certaines zones géographiques et secteurs importants – notamment dans les régions rurales et le secteur agricole ; (2) une politique publique d’innovation qui, comme dans la plupart des pays du BRICS, tend à favoriser en premier lieu les entreprises transnationales – qui recourent à l’externalisation, mais investissent en fait peu dans le système local d’innovation et n’offrent que des retombées limitées sur les industries locales ; (3) des politiques publiques qui se focalisent à outrance sur la recherche et le développement (notamment par le biais d’une fiscalité très allégée) plutôt que sur « l’écosystème de l’innovation » pris dans son ensemble ; (4) un système d’innovation qui n’a pas encore pris le virage du développement durable. Par ailleurs, en dépit de son Plan climat national ambitieux et du fort développement des énergies renouvelables, la dépendance énergétique de l’Inde au charbon va continuer de croître jusqu’en 2030.

Comment le Système indien d’innovation peut-il se convertir au développement durable ? Quelles incitations faudrait-il proposer aux entrepreneurs pour les décider à investir dans des domaines qui permettraient de relever le défi de « l’alimentation, l’énergie et l’eau pour tous » ? L’innovation verte peut-elle devenir un modèle de développement pour l’Inde ?

Date

vendredi 07 février 2014

Heure

11h45 - 13h45

Lieu

14ème Delhi Sustainable Development Summit
New Delhi

La conférence-débat sera animée par Urmi Goswami, journaliste à Economic Times

 

Interviendront :

  • Keerthi Laal Kala, responsable du programme Industry Innovation Cluster Initiative
  • Sunil Mani, chair de la Commission de planification et Professeur de l’Economie du développement, Centre for Development Studies
  • Navi Radjou, chercheur et responsable de la stratégie en innovation et leadership, Judge Business School, Université de Cambridge
  • Anand V. Tanikella, directeur, Saint Gobain Research India
  • Surabhi Rajagopal, analyste en chef, SELCO Fondation
  • Mustapha Kleiche, responsable senior des investissements et expert financier en développement durable, Agence Française de Développement

 

Le débat sera ouverte par Anne Paugam, directrice générale de l’Agence Française de Développement et Rajendra K Pachauri, directeur general de TERI

L’Inde compte de nombreux entrepreneurs innovants et fait ainsi voler un mythe en éclats : le Nord invente et le Sud copie (Navi Radjou). Il s’agit désormais d’orienter le système indien d’innovation vers le développement durable. Pour ce faire, il faudra notamment « allier culture, traditions et connaissances scientifiques » (Rajendra K. Pachauri)

 

Forces et faiblesses de la politique indienne en matière d’innovation

L’innovation naît dans la plupart des pays où l’on fabrique quelque chose » et, le plus souvent, dans les entreprises commerciales (Sunil Mani). Le gouvernement indien a reconnu ce fait depuis longtemps et a donc mis en place des mesures d’incitation fiscale favorisant la recherche et le développement (R&D). Ces incitations fiscales pour la R&D sont en fait les plus généreuses de la planète. Cependant, les entreprises supportent encore 30 % du coût de la R&D, les 70 % restants étant pris en charge par l’État indien (ces chiffres sont à rapprocher du ratio 20/80 % appliqué en Corée du Sud). Si le gouvernement indien souhaite valoriser ses incitations fiscales, il doit  encourager les entreprises à consacrer davantage de ressources à l’innovation. Le fait que l’innovation et la production restent concentrées dans quelques régions constitue un autre défi à relever. Par ailleurs, seuls quelques secteurs s’intéressent à l’innovation et, parmi eux, seule une poignée d’entreprises consacrent une partie de leurs ressources à la R&D. Le gouvernement indien doit donc faire en sorte de promouvoir l’investissement en R&D auprès de l’ensemble des secteurs industriels. Dans le même temps, il devra en outre tâcher d’aider les petites entreprises à bénéficier de la recherche et du développement effectués par les multinationales – et ce que pour que les retombées de cette innovation restent en Inde ou y reviennent.

 

Comment innover mieux et moins cher ?

Il faut noter que « les entreprises n’innovent pas qu’au travers de la R&D » (Sunil Mani). « L’innovation frugale », connue sous le terme de jugaad en hindi, « est une nouvelle approche qui permet de créer davantage de valeur pour les entreprises et la société tout en utilisant moins de ressources » (Navi Radjou). Le jugaad s’oppose diamétralement au modèle d’innovation prévalent dans le monde occidental au XXe siècle, qui fait appel à des budgets de R&D importants, à une planification pyramidale et à des processus très structurés. La dernière mission sur Mars a démontré que l’Inde pouvait innover plus vite, mieux et à plus faible coût que les USA. Cette mission a également mis à mal le mythe selon lequel le Nord invente et le Sud copie. Par ailleurs, nombre de produits innovants initialement conçus pour les pays émergents se frayent un chemin sur les marchés occidentaux. On peut ainsi citer l’exemple de la Nano, un véhicule conçu par Tata Motors pour le marché indien. Renault-Nissan a copié le concept et va bientôt commercialiser sa version de l’automobile dans les pays de l’Ouest. La réussite du jugaad fait des émules à l’Ouest, où l’on commence à appliquer ses principes de frugalité dans l’innovation. « L’Inde n’est pas [seulement] un marché émergent pour l’innovation : c’est aussi une source émergente de l’innovation » (Navi Radjou). Dans les années 70, l’Inde a été le premier pays à créer une agence spécialisée dans la valorisation des ressources locales, soutenue par des subventions de montants très limités : l’Agence indienne du développement renouvelable (IRDA).

 

Les facteurs clés pour l’innovation durable

L’Inde est devenue en un laboratoire des nouvelles approches en matière d’innovation. Ci-dessous plusieurs propositions pour donner un caractère durable à l’innovation :

•    L’innovation doit correspondre aux besoins locaux : « La science est universelle, mais les technologies sont locales ». L’innovation doit « répondre aux attentes de la planète et aux besoins des gens » (Anand Tanikella). Elle doit répondre à des situations spécifiques. « Elle ne peut pas être imposée par le haut en espérant qu’elle se développera sur le terrain » (Keerthi Lall Kala).

•    Les politiques d’innovation doivent être conçues en collaboration avec les acteurs de terrain : « L’utilisateur final, le directeur de la banque locale, les intervenants des communautés locales, le chef de village… tous ces acteurs sont cruciaux pour la pérennité d’un projet ou d’une politique de développement. » (Sarabhi Rajaghopal).

•    L’innovation doit s’inscrire dans une perspective globale et transsectorielle : les projets visant à la seule création d’équipements sont insuffisants. On doit promouvoir des stratégies d’ensemble : il faut « structurer les divers intervenants et s’assurer qu’ils avancent tous dans la même direction. » (Mustapha Kleiche).

•    L’innovation, c’est aussi la finance : les gouvernements et les banques de développement doivent « proposer des ressources dédiées et se focaliser davantage sur la notion de capitaux plutôt que sur la dette, dans la mesure où les technologies innovantes font appel à des capitaux importants durant leur phase de lancement, mais leurs coûts de fonctionnements sont moindres. » (Mustapha Kleiche).

•    L’innovation doit être diffusée afin d’être utilisée dans des contextes différents. « L’innovation ne se borne pas à la création de nouveautés : elle passe par sa diffusion dans les diverses couches de la société et du pays. » (Mustapha Kleiche).

•    Les nouvelles solutions doivent être mises en place sur le terrain : la « création d’écosystèmes » et le « financement par les utilisateurs finaux » sont des aspects incontournables si l’on souhaite établir des marchés durables. (Sarabhi Rajaghopal).

•    Il faut développer les savoir-faire et la formation : une approche de l’innovation qui se cantonne aux transferts de technologie n’est pas durable. Il faut créer des techniciens et des micro-entrepreneurs : « il s’agit de mettre l’accent sur l’acquisition de savoir-faire plutôt que sur l’éducation. » (Navi Radjou).

Sur le même thème

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda