Influencées par une dynamique internationale et poussées par la société civile, de plus en plus de collectivités locales des pays en développement s’engagent à rendre leurs politiques publiques « climato-compatibles ». Cependant, malgré cette bonne volonté peu d’initiatives aboutissent ou sont mises en œuvre de manière effective. L’expérience des partenaires de développement montre en effet que la déclinaison opérationnelle des stratégies climat en investissements susceptibles d’être mis en œuvre et financés demeure critique. Comment les différents partenaires du développement peuvent-ils les accompagner à concrétiser ces engagements ? Cette question a été débattue à la délégation de la région Rhône-Alpes à Bruxelles.

Organisateurs

 Lieu de concentration de la moitié de la population mondiale et de la majorité des activités économiques, les villes sont fortement consommatrices d’énergie et émettrices d’émissions de gaz à effet de serre. La forte croissance démographique des pays en développement et l’urbanisation accélérée qui en découle les rendent d’autant plus vulnérables au changement climatique. La prise en compte des enjeux climat  par les collectivités locales est donc essentielle.

Influencées par une dynamique internationale et poussées par la société civile,  de plus en plus de collectivités locales des pays en développement s’engagent à rendre leurs politiques publiques « climato-compatibles ». Cependant, malgré cette bonne volonté peu d’initiatives aboutissent ou sont mises en œuvre de manière effective. L’expérience des partenaires de développement montre en effet que la déclinaison opérationnelle des stratégies climat en investissements susceptibles d’être mis en œuvre et financés demeure critique. Un accompagnement est donc nécessaire afin de pallier les besoins en assistance technique et financière.

Favoriser le partage d’expérience et le transfert d’expertise entre  les villes du monde entier semble donc une priorité si l’on souhaite faire de celles-ci des acteurs clés de la lutte contre le changement climatique. C’est l’ambition de la Convention des Maires, lancée en 2010 par la Commission européenne et signée par plus de 6000 villes.

Qu’est ce qui explique le « succès » de certaines initiatives ? Dans quelle mesure peuvent-elles inspirer la mise en œuvre d’autres initiatives ? De plus en plus de collectivités locales prennent de réels engagements pour répondre à l’enjeu climatique. Comment les différents partenaires du développement peuvent-ils les accompagner à concrétiser ces engagements ?

Climat : comment aider les villes à concrétiser leurs ambitions ?

Date

mercredi 18 novembre 2015

Heure

15h00 - 17h00

Lieu

Délégation de la région Rhône Alpes
62 rue du Trône
Bruxelles

Cette conférence-débat sera animée par  Thomas CHAUVINEAU, journaliste à France Inter, avec la participation de :

  • Gilles PARGNEAUX, député européen français, Vice-Président de la Commission Environnement
  • Eva BAÑOS DE GUISASOLA, chargée de mission Environnement, Energie et Climat, Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE)
  • Bruno CHARLES, vice-président de la Métropole de Lyon, en charge du Développement durable
  • Jean-Paul JOULIA, chef de l’unité « Programmes régionaux Amérique latine et Caraïbes », Commission européenne
  • Anne ODIC, chef de la division « Collectivités locales et développement urbain », Agence Française de Développement

« La lutte contre le changement climatique est le combat du siècle » (G. Pargneaux). Les villes sont au cœur du problème : elles concentrent plus de 50 % de la population mondiale, émettent deux tiers des gaz à effet de serre de la planète et sont les premières à subir les conséquences des dérèglements climatiques. Elles sont aussi les premières à pouvoir agir, à condition de parvenir à déployer les moyens techniques et financiers adéquats.

 

La transition climatique : un atout économique, social et spatial pour les villes

Toutes les collectivités prennent peu à peu conscience d’une question essentielle : « Comment faire en sorte que le changement climatique n’aggrave pas les fractures sociales ? » (C. Roumet). Acteurs clés du système économique, les villes doivent concevoir la lutte contre le changement climatique comme un changement de paradigme. Pour cela, il ne leur faut pas intégrer le climat comme une nouvelle contrainte sur le chemin de la croissance, mais comprendre que « la transition climatique est un atout économique et industriel » (B. Charles).

L’établissement d’un diagnostic territorial et la mise en œuvre concertée d’un plan climat peuvent générer directement des impacts économiques et sociaux positifs pour les populations : « La prise de conscience est réelle sur les liens entre pauvreté et limitation des émissions, entre créations d’emplois et techniques de sobriété » (B. Charles). À un niveau macro, les économies engendrées par des politiques urbaines durables sont aussi non négligeables : ainsi, la Commission européenne estime que « les problèmes liés au trafic (bouchons, retards…) que l’on connaît dans de nombreuses villes européennes coûtent chaque année 1 % du PIB à l’Europe » (G. Pargneaux).

La problématique des transports urbains permet de souligner un autre aspect fondamental de la transition climatique dans les villes : le changement de paradigme spatial qu’appelle toute réflexion autour de la mobilité durable. C’est une opportunité pour désenclaver certains quartiers, comme à Johannesburg où « le programme de transport public permet aux habitants des quartiers démunis d’accéder au centre et aux zones d’emploi et présente un co-bénéfice climat » (C. Vigé Hélie). C’est aussi une occasion de repenser l’espace urbain dans son ensemble : il faut « concevoir des villes où les gens trouvent près de chez eux ce dont ils ont besoin » (B. Charles).

 

Passer au stade opérationnel

Mais pour mettre en place la transition climatique dans les villes, il faut procéder par étapes. Il est d’abord important de susciter l’adhésion de tous les acteurs, car « le politique ne peut pas faire à la place des gens » (B. Charles). Trop souvent, dans la mise en œuvre d’un plan climat, la société civile est « consultée momentanément, puis oubliée » alors même qu’elle « doit être partie prenante et prendre sa part de responsabilité ». Il faut également s’assurer le soutien des acteurs industriels. En Suède par exemple, une usine Volvo implantée dans la ville de Växjö a joué un rôle précurseur : c’est « la première entreprise automobile à être fournie en énergie 100 % renouvelable » (C. Roumet).

L’autre grand défi est de déployer des moyens adaptés. L’économie circulaire, qui cherche à articuler quête du profit et sobriété carbone, peut se mettre en place grâce à des partenariats public-privé. À Lyon, l’équipe municipale a mis en place un plan d’actions partenariales à fort effet de levier : « 1 milliard d’euros d’investissement public déclenche entre 5 et 8 milliards d’euros d’investissements privés » (B. Charles).

 

Accompagner les villes du Sud de manière spécifique

Dans les villes du Sud, les processus se complexifient. Alors que « la question prioritaire est d’améliorer le cadre de vie de [leurs] habitants » (C. Vigé Hélie), l’articulation des volets sociaux et climatiques est fondamentale : « On ne peut pas dissocier le problème du changement climatique du problème de lutte contre la pauvreté » (J.-P. Joulia).

Les villes qui ont des stratégies climat rencontrent « des difficultés à passer à la mise en œuvre concrète à travers des projets et des investissements » (C. Vigé Hélie). Ce pour des raisons financières : dans la mesure où « le problème du changement climatique en contexte urbain est intimement lié à la fiscalité » (J.-P. Joulia), l’importance du secteur formel limite la marge de manœuvre financière des pouvoirs publics notamment. Le problème est aussi « le déficit de compétences » dont souffrent les pays en développement dans l’élaboration et la mise en œuvre de plans climat (C. Roumet).

L’AFD et la Commission européenne accompagnent les démarches de leurs partenaires du Sud grâce à des financements à fort effet de levier ou de l’assistance technique. L’AFD propose des facilités de paiement et essaie de structurer un programme qui « en finançant des études de faisabilité, de vulnérabilité [pourrait] permettre de déboucher sur des projets concrets financés ensuite par des bailleurs » (C. Roumet). L’Union européenne a quant à elle mis en place « un outil de soutien aux investissements, la Latin America Investment Facility, qui associe subventions et prêts pour avoir un meilleur effet de levier » (J.-P. Joulia).

 

Échanges d’expériences à travers la diplomatie des territoires

Mais « les échanges sont tout aussi utiles que les financements » (C. Roumet). Contrairement à la diplomatie étatique, les relations entre les villes et les collectivités locales ne s’inscrivent pas dans une compétition. « Les villes se soutiennent et mettent en place une diplomatie coopérative » (B. Charles). Les collectivités peuvent partager leurs problèmes et leurs solutions innovantes en se fixant des objectifs ambitieux de réduction des émissions ou de décarbonisation. La Convention des maires, lancée par l’Union européenne, est l’une des initiatives qui permet de les fédérer autour d’objectifs communs : bientôt exporté en Afrique subsaharienne, c’est « un modèle qui donne un cadre aux autorités locales » (C. Roumet).

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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