Alors que les femmes effectuent 66% du travail mondial et produisent 50% de la nourriture mondiale, elles ne perçoivent que 10% des revenus. Elles représentent 70% des plus pauvres du monde. Généralement privées d’un accès au patrimoine, au capital et à toute forme d’assurance sociale, les femmes et les filles font face à une vulnérabilité économique chronique. Elles représentent 70% du 1,3 milliard de personnes qui vivent avec moins de 1 dollar par jour. Comment favoriser l’autonomisation économique des femmes ?  Permet-elle de rééquilibrer les relations entre les hommes et les femmes ? Ces questions ont été débattues à l’Agence Française de Développement

 

 

Organisateurs

« Dans les mondes du travail – et ils sont divers – les femmes sont partout, l’égalité nulle part. Or pour comprendre le statut social, la place des hommes et des femmes dans la société, le travail reste une grille de lecture essentielle »
Margaret Maruani, directrice de l’ouvrage travail et genre dans le monde (L’état des savoirs, La Découverte, 2013)

 

A travers le monde, les femmes contribuent de manière significative à la survie économique de leur communauté et à la croissance de leur pays en accomplissant un large éventail d’emplois et d’activités dans des secteurs peu valorisés (travaux domestiques, économie informelle…). Alors que les femmes effectuent 66% du travail mondial et produisent 50% de la nourriture mondiale, elles ne perçoivent que 10% des revenus. Elles représentent 70% des plus pauvres du monde. Généralement privées d’un accès au patrimoine, au capital et à toute forme d’assurance sociale, les femmes et les filles font face à une vulnérabilité économique chronique. Elles représentent 70% du 1,3 milliard de personnes qui vivent avec moins de 1 dollar par jour

Comment favoriser l’autonomisation économique des femmes ? Quel est alors l’impact social de cette autonomisation ? Exerce-t-elle une influence sur leur pouvoir de décision ? Permet-elle de rééquilibrer les relations entre les hommes et les femmes ?

Date

jeudi 06 mars 2014

Heure

17h00 - 19h00

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Anasthasie Tudieshe, journaliste

Interviendront :

  • Ada Bazan, coordinatrice internationale de Quartiers du Monde
  • Philippe Lévêque, directeur général de CARE France
  • Jean-Luc François, responsable de la division Agriculture, Développement rural et Biodiversité à l’Agence Française de Développement
  • Ouafae Sananès, spécialiste Genre à la direction du Développement et des Biens Publics Mondiaux du Ministère des Affaires étrangères

Le travail des femmes : un rôle économique majeur mais une grande précarité

« Toutes les femmes travaillent et produisent. » (Ada Bazan) Cependant, elles sont largement privées du salaire, du statut social et de l’avenir qui devraient aller de pair avec leur contribution à l’activité économique. « Les inégalités sont persistantes, aussi bien dans la sphère publique que privée » (Ouafae Sananes) : dans les pays du Sud, les femmes n’ont souvent aucun droit sur les terres, elles n’ont pas accès à l’héritage et, lorsqu’elles ont quelque chose à transmettre, leurs biens sont captés par les hommes de leur entourage au lieu de revenir à leurs enfants. En outre, elles rencontrent des difficultés d’accès au crédit : « les hommes arrivent plus facilement que les femmes à obtenir un prêt. Car les femmes n’ont rien à mettre en gage. » (Ouafae Sananes) Enfin, les femmes sont plus fortement touchées que les hommes par l’analphabétisme : au Maroc par exemple, sur 50% d’analphabètes, 75% sont des femmes. « Les filles sont scolarisées jusqu’à la fin du cycle primaire seulement. Après, ce sont des mariages et des grossesses » (Ouafae Sananes).

On note cependant des améliorations. Les femmes parviennent de mieux en mieux à s’affirmer, tant dans les sphères économique que sociale ou politique. « Les femmes s’en sortent bien dans beaucoup de contextes, sont chefs d’entreprise et créent des richesses » (Ouafae Sananes). On peut citer l’exemple emblématique de Korka Diaw, dans la vallée du fleuve Sénégal, qui, partie de rien, dirige aujourd’hui une exploitation de 150 Ha. Ou encore la fédération des Paysans du Fouta Djalon qui compte 2/3 de femmes parmi ses 30 000 membres. Enfin, de nombreuses initiatives de développement œuvrent en faveur des femmes, comme les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC). Ces groupes d’épargne autogérés, créés à l’initiative de CARE International, enseignent aux participants, majoritairement des femmes, à économiser et à prêter de l’argent en petits groupes en vue de leur émancipation économique.

 

L’autonomisation économique des femmes : un frein aux inégalités femmes-hommes

« Avoir un salaire, c’est aussi avoir un statut social et un pouvoir, notamment celui de négocier avec les hommes » (Ouafae Sananes). Les femmes peuvent trouver les moyens de conquérir leur autonomie grâce au plan économique : « les femmes boliviennes peuvent témoigner du moment où elles ont commencé à ramener un peu d’argent à la maison, et comment cela les a aidées à avoir un peu la parole » (Ada Bazan). Et cette amélioration de statut ne concerne pas seulement le foyer mais également la vie sociale et politique. Au Niger, 45 % des membres des AVEC disaient en 2011 avoir participé au moins une fois à une prise de décision communautaire, contre 30 % pour ceux qui n’étaient pas membres d’AVEC. Par ailleurs, « en 2004, sur 60 villages, 112 femmes membres d’AVEC avaient présenté leur candidature à des élections locales, pour 45 élues à un conseil municipal. En 2011, elles étaient 279 à se présenter, pour 140 élues au final » (Philippe Lévêque), des résultats meilleurs que ceux de la France…

 

L’autonomisation économique des femmes présente aussi des impacts négatifs

« Dans certains cas, il y a de la violence cachée, des coups à la maison pour récupérer l’argent. On a aussi vu des femmes intérioriser leurs contraintes, et devenir contre-productives dans l’emploi de l’argent », par exemple pour payer leur dot ou pour pratiquer des avortements (Philippe Lévêque). Par ailleurs, même lorsque ce type de violences ne s’exerce pas, l’autonomisation économique des femmes ne s’accompagne pas forcément d’une amélioration de leurs conditions de vie faute d’allègement de leurs charges domestiques. Elles se retrouvent alors avec une double, voire une triple journée de travail : « on s’aperçoit qu’elles se lèvent à 5 heures du matin et se couchent au coucher du soleil ou après, et qu’elles ont travaillé toute la journée » (Ada Bazan). Enfin, on constate souvent que l’activité économique échappe aux femmes dès qu’elle atteint un certain seuil de rentabilité : « on rencontre des exemples assez nombreux où, dès lors qu’une spéculation devient économiquement assez rentable, et sort de l’économie locale et ménagère, le risque est grand qu’elle échappe aux femmes. C’est particulièrement valable dans les domaines de la production laitière ou textile. » (Jean-Luc François)

 

Comment accompagner une autonomisation des femmes synonyme d’égalité avec les hommes ?

Lorsque l’émancipation économique ne s’accompagne pas de mesures spécifiques qui tiennent compte du statut des femmes, elle peut générer des retombées négatives. Par conséquent, il est nécessaire « d’intégrer l’approche « genre » à tous les programmes de développement » (Ouafae Sananes). Pour cela, la démocratisation de la vie politique, la conditionnalité de l’octroi d’aides internationales à la prise en compte des questions de genre et le lobbying auprès des entreprises pour l’application de vraies démarches de responsabilité sociale à l’égard des femmes s’avèrent des axes prioritaires.

Trois priorités se dégagent :
•    l’éducation des femmes : non seulement à travers l’alphabétisation et l’accès au secondaire pour les jeunes filles, mais aussi à travers le contenu des enseignements. Il faut permettre « aux femmes d’appréhender le système des relations sociales, la manière de gérer les rapports de force » et leur donner la formation économique indispensable à leur autonomisation. « C’est le contenu de ce qu’on apprend qui importe, plus que la quantité de ce qui est donné à apprendre. » (Philippe Lévêque).
•    l’accès et le maintien dans l’emploi pour les jeunes mères, notamment grâce à des systèmes de garde d’enfants ;
•    l’accès au crédit : « qui dit microcrédit dit microbénéfices » (Ouafae Sananes) : le microcrédit ne suffit pas, il faut soutenir la bancarisation des femmes ainsi que la sécurité des transferts de fonds.

 

Tenir compte de la complexité de chaque situation sociale, culturelle, géographique

Il faut prendre en compte l’extrême variété des situations, en particulier au plan culturel ou traditionnel (patriarcat VS matriarcat par exemple), qui débouchent sur des facteurs d’inégalités ou d’exploitation très divers. En outre, « dès que l’on touche aux normes sociales, il y a un effet de crispation » (Philippe Lévêque) et il est primordial de ne pas donner à la réduction des inégalités une apparence de guerre des sexes. « Il existe de nombreux facteurs, de nombreuses lignes de travail qu’il faut arriver à faire interagir pour parvenir à des solutions, à chaque fois différentes en fonction des femmes, des sociétés dans lesquelles elles vivent et de leur milieu » (Ada Bazan).

 

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