Le modèle d’évolution des agricultures européennes est-il reproductible ? Quelles sont les voies de modernisation de l’agriculture et de convergence de revenu villes / campagnes dans les PED ? Quelles sont les conditions à remplir pour que l’agriculture soit un véritable métier d’avenir ?

Organisateurs

Les agricultures familiales sont le premier employeur mondial : les 500 millions d’exploitations représentent 40% de la population active de la planète et fournissent 80% de la production agricole. Pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire des futurs 9 milliards de terriens et s’adapter au changement climatique, les exploitations agricoles devront accélérer leur processus d’évolution et adopter de nouvelles trajectoires de développement. Favoriser le développement de l’agriculture, c’est aussi offrir des opportunités d’emplois aux millions de jeunes ruraux dans les pays en développement (PED).

En France, la majorité des agriculteurs a choisi ce métier, a été formé et est conseillé pour l’exercer.
La situation actuelle dans les pays du Sud est très différente : être agriculteur est souvent un « non choix ». Le métier n’est pas toujours reconnu comme tel, c’est-à-dire une profession nécessitant des connaissances et savoir-faire spécifiques et surtout des conditions d’exercice sécurisées (notamment par rapport au principal facteur de production : la terre).

Le modèle d’évolution des agricultures européennes est-il reproductible ? Quelles sont les voies de modernisation de l’agriculture et de convergence de revenu villes / campagnes dans les PED ? Quelles sont les conditions à remplir pour que l’agriculture soit un véritable métier d’avenir ?

 

Agriculteur, un métier d'avenir : à quelles conditions ?

Date

jeudi 13 février 2014

Heure

17h00 - 19h00

Lieu

Agence Française de Développement
Bâtiment « Mistral »
3 Place Louis Armand
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Antoine De Ravignan, journaliste à Alternatives Internationales.

 

Interviendront :

  • Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali et ambassadeur de la FAO pour l’Année internationale de l’agriculture familiale
  • Hassan Benabderrazik (présence à confirmer), consultant et ex-secrétaire général du Ministère de l’agriculture du Maroc
  • Claire Cuny, secrétaire générale des Jeunes Agriculteurs de Meurthe-et-Moselle et membre du réseau Agriculteurs français et développement international (Afdi)
  • Bruno Losch, économiste et chercheur au CIRAD
  • Zacharie Mechali, chef de projets au sein de la division Agriculture, Développement rural et Biodiversité à l’Agence Française de Développement

Animée par Antoine De Ravignan, journaliste à Alternatives Internationales, cette conférence s’est tenue à l’Agence Française de Développement  le 12 février 2014. Sont intervenus :

  • Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali et ambassadeur de la FAO pour l’Année internationale de l’agriculture familiale
  • Claire Cuny, secrétaire générale des Jeunes Agriculteurs de Meurthe-et-Moselle et membre du réseau Agriculteurs français et développement international (Afdi)
  • Bruno Losch, économiste et chercheur au CIRAD
  • Zacharie Mechali, chef de projets au sein de la division Agriculture, Développement rural et Biodiversité à l’Agence Française de Développement

 

Croissance de la population mondiale, urbanisation, évolution des comportements alimentaires : autant de facteurs qui font nécessairement de l’agriculture un secteur clé dans l’avenir des pays du Nord comme du Sud. De ce point de vue, nul doute que le métier d’agriculteur ait de l’avenir. D’autant que « l’agriculture reste aujourd’hui le premier employeur mondial, avec 1,3 milliard d’actifs, soit 40 % de la population active mondiale » (B. Losch).  Mais encore faut-il que les activités paysannes soient écologiquement viables, suffisamment attrayantes et pourvoyeuses de revenus.

 

L’avenir du métier d’agriculteur : une question de modèles agricoles

Les pays du Nord comme ceux du Sud doivent s’interroger sur les modèles agricoles à promouvoir. Si l’enjeu est de taille dans les pays riches où les préoccupations environnementales et les modes d’alimentation sont des questions récurrentes dans le débat public, il l’est encore plus dans les pays du Sud où les agriculteurs peuvent représenter jusqu’à 80 % de la population active.
À l’échelle de la planète, le secteur est marqué par de forts déséquilibres. 95 % de la population active agricole se trouve en Asie et en Afrique mais seulement 2% des actifs agricoles utilisent un tracteur et ils sont situés à 70% dans les pays d’industrialisation ancienne. En conséquence, les écarts de productivité vont de un à mille et « la confrontation de ces différents systèmes agricoles au niveau international sur des marchés intégrés pose un vrai problème de viabilité globale » (B. Losch).

Dans son écrasante majorité, l’agriculture mondiale – quel que soit son niveau technologique – est d’abord une agriculture familiale. Dans les pays du Sud, l’agriculture est peu mécanisée et basée principalement sur de petites exploitations qui assurent pourtant l’essentiel de la sécurité alimentaire. Mais les voies de modernisation suivies par les pays du Nord, même si elles ont permis des gains de productivité énormes, ne sont guère reproductibles au Sud aujourd’hui car elles ont généré des impacts radicaux sur la structure de l’emploi et sur l’environnement. De plus, les difficultés rencontrées invitent à s’interroger sur la viabilité de ces modèles agricoles.
Pour moderniser leur agriculture et donner un avenir à leurs agriculteurs, les pays du Sud doivent « tracer leur propre trajectoire de développement » (I. Coulibaly) : il est possible de « concevoir la modernité dans les systèmes agricoles familiaux », « il convient de réfléchir à partir de ces agricultures paysannes qui sont d’ores et déjà performantes » (Z. Mechali).

La crise alimentaire de 2008 n’a pas suffisamment permis de prendre conscience qu’il faut investir réellement dans la production alimentaire locale ni de rappeler que les premiers entrepreneurs à avoir cette capacité d’investir rationnellement sont les petites et moyennes exploitations. Avec des politiques réalistes et mieux ciblées (prenant en considération la situation réelle des exploitations familiales), « en quatre ans, tous les États africains pourraient assurer leur propre alimentation » (I. Coulibaly).

 

Les leviers pour une agriculture pourvoyeuse d’emplois et de revenus

L’accès au financement. Dans les pays du Sud, les banques hésitent, faute de garanties, à prendre des risques en s’engageant aux côtés de la paysannerie, et la microfinance n’est pas toujours un outil adapté. Il est nécessaire de mettre au point « des outils susceptibles, au-delà du foncier, de rassurer les banques sur des prises de participation à des investissements dans le monde agricole, tels que le warrantage ou la tierce détention » (Z. Mechali).  Les mutuelles de solidarité  paysanne représentent également une solution d’avenir.

L’importance d’une formation articulée à l’insertion professionnelle. C’est un aspect souvent négligé dans les politiques publiques, car il paraît peu rentable à court terme. Pourtant, « la formation est liée à l’installation, à la production agricole : elle représente une très grande valeur économique » (Z. Mechali). Les formations des agriculteurs doivent s’articuler autour d’une pratique, être ancrées dans les territoires et déboucher sur une aide à l’insertion professionnelle.

La sécurisation du foncier. « Il faut augmenter les contrôles sur les mouvements de terres agricoles » (C. Cuny). En Afrique, aucune législation ne reconnaît explicitement le droit de propriété des paysans. Depuis 2008, la ruée des investisseurs sur la terre, avec des « négociations faisant fi des communautés », a dépossédé un grand nombre d’agriculteurs de leurs terres. « Les directives volontaires de la FAO sur la gestion de la terre sont un outil normatif que l’on peut et doit utiliser pour faire respecter les droits des communautés » (I. Coulibaly).

Des politiques publiques volontaristes. « Tous les pays qui se sont développés ont en commun d’avoir créé des systèmes agricoles avec une forte présence des États, et des paysans ayant accès à un certain nombre de commodités : crédits, intrants, équipements, protections aux frontières. » (I. Coulibaly). Ce soutien des gouvernements envers leur paysannerie fait défaut dans la plupart des pays africains : les gouvernements consacrent moins de 5 % de leur budget aux 80 % d’actifs que sont les agriculteurs. Le secteur s’en trouve fragilisé et les jeunes se détournent de l’agriculture. Il faut recréer la confiance en reconnaissant l’importance des petits paysans, premiers investisseurs du secteur.

Promouvoir l’intégration régionale contre les processus de libéralisation. Les accords de partenariat économique de libre-échange que l’Europe risque de signer à l’automne avec la région ouest-africaine sont susceptibles de déstabiliser profondément l’agriculture paysanne. « Il faut réfléchir aux notions de compétitivité et de commercialisation des produits agricoles à une échelle sous-régionale et rester critique de processus de libéralisation qui chercheraient à mettre en compétition les économies agricoles de ces pays-là vis-à-vis de l’Europe ou du monde. » (Z. Mechali)

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