La  charge  croissante  des  Maladies  Non  Transmissibles  (MNT)  en  Afrique est confirmée par de nombreuses études. Il  y a donc urgence à agir et à relever des défis multiples et complexes : accès aux traitements et à des soins de qualité, financement des systèmes de santé, prévention des MNT, éducation thérapeutique, utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, soutien aux associations de patients, recherche…

Organisateurs

 Les maladies chroniques (diabète, cancer, hypertension artérielle …) ne cessent de progresser en Afrique. Au Nigéria, une étude récente a montré que le taux de prévalence de l’hypertension est passé de 14.5% en 1994 à 34.8% en 2003. Selon le dernier diabète atlas de la  Fédération  Internationale  du Diabète,  l’Afrique est  la région qui connaîtra l’augmentation la plus rapide de la prévalence du diabète entre 2013 et 2035.

En Afrique, le diabète et les maladies cardiovasculaires tuent désormais plus que le Sida. Il  y a donc urgence à agir et relever les défis multiples et complexes que ces maladies engendrent : accès aux traitements et à des soins de qualité, financement des systèmes de santé, prévention des MNT, éducation thérapeutique, utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, soutien aux associations de patients, recherche…

Pour éviter que le fléau des maladies chroniques ne pèse toujours plus sur le développement et les conditions de vie des populations africaines notamment les plus fragiles, quelles réponses les acteurs du développement peuvent-ils apporter ? Quelles sont les initiatives en cours et les enseignements que l’on peut en tirer ? Comment adapter les systèmes de santé africains pour faire face à ce nouveau défi de santé publique ?

 

Date

mardi 05 avril 2016

Heure

17h30 - 19h30

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence sera animée par Claire Hédon, journaliste à RFI, avec la participation de :

  • Dr. Clara BERMUDEZ-TAMAYO, docteur en économie de la santé, Ecole d’Andalousie de Santé publique et Institut de recherche en Santé Publique de Montréal (IRSPUM)
  • Stéphane BESANCON, directeur général, ONG Santé Diabète
  • Pr. Judith DIDI-COULIBALY , professeur au CHU Abidjan, Côte d’Ivoire
  • Pierre SALIGNON, Chef de projets, Division santé et protection sociale, AFD

Interventions des panélistes

Echange avec la salle

Les échanges ont été animés par Claire HÉDON, journaliste à RFI. Sont intervenus le Dr. Clara BERMUDEZ-TAMAYO, docteur en économie de la santé, Ecole d’Andalousie de Santé publique et Institut de recherche en Santé Publique de Montréal (IRSPUM) ; Stéphane BESANCON, directeur général, ONG Santé Diabète ; Pr. Judith DIDI-COULIBALY , professeur au CHU Abidjan, Côte d’Ivoire et Pierre SALIGNON, Chef de projets, Division santé et protection sociale, AFD.

 

Soutenir la prévention et l’information

Deux axes sont particulièrement importants en matière de prévention. D’une part, intégrer les actions publiques de prévention, car des facteurs de risques communs peuvent exister d’une maladie à l’autre. « Cela a par exemple été fait au Mali et au Burkina Faso, où 60 % des patients sont à la fois diabétiques et hypertendus » (S. Besançon).

D’autre part, informer les populations sur les pathologies et leur prise en charge. Cela peut notamment passer par un soutien aux associations : « En Afrique, le mot ‘cancer’ évoque immédiatement l’idée d’un décès imminent. Or le cancer est le même partout. Il peut se guérir lorsqu’il est découvert tôt, et même s’il n’est pas guéri, il peut être transformé en maladie chronique. Le rôle des associations impliquées dans la lutte contre le cancer est ici fondamental » (J. Didi-Coulibaly). L’influence des tradipraticiens est également un enjeu important : « Ces derniers font miroiter un espoir de guérison là où il n’y en a pas forcément. Cela fausse entièrement l’accès aux soins » (S. Besançon).

 

Déployer les centres de santé dans les territoires

De nombreux cas de maladies chroniques sont diagnostiqués tardivement, ce qui compromet leur prise en charge. En Côte d’Ivoire, par exemple, « entre 75 et 80 % des cas de cancer sont dépistés à des stades tardifs. Les traitements sont donc non seulement lourds sur le plan financier, mais aussi mutilants » (J. Didi-Coulibaly).

Pour améliorer le traitement, il est nécessaire de renforcer le déploiement territorial des centres de santé. Cela passe d’abord par l’ouverture de nouveaux centres. « Il est difficile de démocratiser les diagnostics dans des pays où le déplacement pour effectuer l’examen est parfois aussi cher que le diagnostic lui-même » (J. Didi-Coulibaly). « Le but n’est bien sûr pas d’installer un service de radiothérapie au niveau communautaire, mais d’organiser la pyramide sanitaire pour pouvoir remonter progressivement du dépistage et de la prévention des facteurs de risque au troisième niveau » (S. Besançon). Il est également important de renforcer « la formation continue et notamment de former les médecins généralistes, les infirmiers et les psychologues » (J. Didi-Coulibaly).

 

Renforcer l’accès financier aux soins

Dans la plupart des pays africains, le traitement des maladies chroniques est à la charge de la population. Or la prise en charge est souvent très onéreuse. Le coût d’accès à la santé est par exemple six fois plus élevé que la moyenne pour les diabétiques. De plus, les maladies chroniques peuvent entraîner des coûts indirects importants. Dans ces conditions, « le vrai risque est de faire porter encore davantage la charge des maladies sur les ménages et de renforcer la spirale infernale des dépenses de santé et de l’endettement des familles » (P. Salignon).

Outre le développement des systèmes de couverture sociale, plusieurs pistes peuvent être envisagées pour répondre à ce défi. D’une part, réduire le coût des traitements implique d’instaurer un dialogue avec l’industrie pharmaceutique au niveau international et de soutenir les États dans la création de marchés. Il serait particulièrement intéressant de « travailler sur l’aspect juridique, et notamment sur l’élimination des taxes sur les médicaments » (S. Besançon). D’autre part, il peut être nécessaire de travailler sur la distribution des médicaments. « L’initiative de Bamako a pour effet paradoxal d’augmenter le prix du produit plus on va loin dans les zones rurales. Or c’est dans les zones les plus reculées que les gens ont le moins de moyens. Il faut demander aux politiques de rééquilibrer les prix aux bons endroits » (S. Besançon).

 

Quels financements ?

Ces initiatives peuvent être financées selon des modalités différentes. Aux Comores, l’AFD soutient par exemple les autorités dans la prévention et la lutte contre le diabète dans le cadre d’un financement décidé en 2015. En Afrique de l’Est, l’agence mobilise, non pas des subventions, mais des prêts pour soutenir l’association Aga Khan qui appuie un hôpital de référence à Nairobi et soutient trois autres hôpitaux dans la région.

Néanmoins, certains bailleurs attribuent leurs financements selon des critères peu compatibles avec la nature des maladies chroniques. « Pour les bailleurs de fonds, que ce soit des agences de coopération ou même la Fondation Gates, la notion d’indicateurs doit être prise en compte. Pour eux, il faut que le projet soit SMART : simple, mesurable, accepté, réaliste et temporellement défini. Or, les maladies chroniques s’inscrivent toujours dans un temps long » (S. Besançon).

D’autres initiatives pourraient voir le jour, à l’image par exemple du fonds global VIH. Le danger de ce type de fonds est cependant qu’ils incitent à travailler en silo : « une infrastructure financée par tel bailleur pour telle maladie doit également pouvoir bénéficier à des patients atteints d’une autre maladie » (S. Besançon).

Enfin, « les politiques fiscales permettent de réduire de façon spectaculaire les maladies chroniques » (P. Salignon). Une taxe de 50 % sur le tabac dans les cinquante années à venir pourrait par exemple prévenir 20 millions de décès en Chine et 4 millions en Inde.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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