La plupart des pays africains, en particulier d’Afrique subsaharienne, doivent aujourd’hui faire face à un défi majeur : gérer l’héritage démographique. Offrir des opportunités d’emploi et d’insertion à une jeunesse qui représente déjà 40% de la population du continent et dont les effectifs vont nécessairement augmenter est un enjeu primordial.

Organisateurs

« La démographie n’est pas une fatalité »
John F. May, auteur de Agir sur les évolutions démographiques, Académie royale de Belgique, 2013

La plupart des pays africains, en particulier d’Afrique subsaharienne, doivent aujourd’hui faire face à un défi majeur : gérer l’héritage démographique. Offrir des opportunités d’emploi et d’insertion à une jeunesse qui représente déjà 40% de la population du continent et dont les effectifs vont nécessairement augmenter est un enjeu primordial.

Quant au futur démographique de l’Afrique, ce dernier reste incertain. Selon l’évolution des taux de fécondité, qui restent élevés dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la population africaine devrait compter entre 2,1 et 2,7 milliards d’habitants en 2050, soit au minimum 1 milliard de plus qu’aujourd’hui. Comment appréhender de telles évolutions démographiques pour assurer un meilleur avenir à ces générations futures ?

Lorsque le taux de fécondité diminue, moins de dépenses sont nécessaires pour répondre aux besoins de base des plus jeunes et donc plus de ressources sont disponibles pour investir dans le développement humain, économique et social. Agir sur les évolutions démographiques dans les pays où la croissance de la population est encore très forte requiert toutefois un réel engagement des pouvoirs publics avec la mise en place de politiques de population, de santé, d’éducation et d’emploi efficaces.

Pourquoi prendre en compte la démographie dans les stratégies de développement ? Quels enseignements tirés des stratégies mises en place pour répondre au « défi jeune » ? Est-il possible d’agir sur les évolutions démographiques futures, en particulier la fécondité, dans le respect des droits des individus ? Quelles approches privilégier ? Avec quels moyens financiers ? Quels acteurs impliquer ?

Afrique 2050 : agir sur ses évolutions démographiques ?

Date

mardi 01 avril 2014

Heure

17h00 - 19h00

Lieu

Agence Française de Développement
5 rue Roland Barthes
75012 Paris

La conférence-débat sera animée par Claire Hédon, journaliste à RFI

Interviendront :

  • John F. May, démographe, chercheur invité au Population Reference Bureau et membre associé de l’Académie royale de Belgique
  • Charles Armel Doubane, ancien ambassadeur de la République centrafricaine auprès des Nations-unies et ancien Ministre de l’éducation
  • Christophe Paquet, responsable de la division Santé et Protection sociale à l’Agence Française de Développement
  • Ouribe Moidoty, directeur de l’Association tchadienne pour le bien-être familial (ASTBEF) (en visioconférence)
  • Jean-Marc Pradelle, directeur de l’agence AFD au Tchad (en visioconférence)

Cette conférence sera introduite par Anne Paugam, directrice générale de l’Agence Française de Développement

 

À l’horizon 2050, suivant l’évolution de la fécondité, l’Afrique pourrait compter 2,7 milliards d’habitants, au lieu des 2 milliards initialement prévus par les projections de population des Nations unies. En Afrique subsaharienne, le nombre de jeunes de moins de 14 ans aura doublé tandis qu’au cours de la prochaine décennie 11 millions de jeunes devraient faire leur entrée sur le marché du travail chaque année. « Cette situation démographique peut constituer un formidable potentiel ou, au contraire, une bombe sociale à retardement » (Anne Paugam). L’enjeu pour l’Afrique est clair : maîtriser son évolution démographique lui permettra d’en faire un véritable potentiel économique, avec un impact positif sur le développement.

Spécificités démographiques de l’Afrique subsaharienne

La transition démographique en Afrique subsaharienne « se caractérise par une baisse relativement rapide de la mortalité – surtout infantile et juvénile – mais par la lente érosion des niveaux élevés de fécondité, avec parfois une stagnation de la baisse de la fécondité ». Elle diffère donc du schéma classique (baisse de la mortalité suivie d’une baisse de la fécondité). Ainsi, malgré des disparités, pour la plupart des pays cette transition est loin d’être achevée et « la révolution contraceptive n’a pas vraiment démarré » (John F. May).

 

La question démographique conditionne la soutenabilité de l’émergence de l’Afrique

La persistance d’une forte croissance démographique pèse fortement sur la croissance économique. Premièrement, car l’augmentation du PIB par tête est ralentie : au Tchad par exemple, on compte en moyenne 7 enfants par femme, record mondial avec le Niger. Avec une croissance démographique de 3,5% par an et une croissance économique de 5 % par an, « il faudrait environ 46 ans pour doubler le niveau de vie par tête, ce qui est très long » (Jean-Marc Pradelle). Deuxièmement, car les ressources requises pour répondre à des besoins de base (santé, éducation, formation) en augmentation sont considérables. Troisièmement, car les créations d’emplois sont insuffisantes pour absorber le surplus de main d’œuvre qui arrive chaque année sur le marché. En un mot, « les conditions pour bénéficier d’un dividende démographique ne sont pas réunies » (John F. May). Dans ce contexte, l’insertion sociale et économique des jeunes d’aujourd’hui et des générations futures est une question brûlante. Au Tchad, on compte 7,5 millions de jeunes sur les 11 millions d’habitants. « Les jeunes, dont beaucoup sont des diplômés sans emploi, ont tendance à quitter la campagne pour venir dans les villes grossir les rangs des désœuvrés et des désillusionnés » (Ouribe Moidoty).

Des résistances à l’égard des politiques de population

Au niveau des populations, mais aussi des leaders communautaires ou religieux, « le poids de la tradition et de la culture influe négativement sur les politiques de régulation de la démographie » (Charles Armel Doubane). Ces difficultés s’avèrent plus importantes en zone rurale qu’en milieu urbain. À cela s’ajoute que, dans les pays très vastes, les autorités ont tendance à délaisser la question démographique, arguant qu’il y a « suffisamment d’espace pour accueillir tout le monde » (Charles Armel Doubane). Mais des résistances existent aussi dans des contextes d’extrême densité de population : aux Comores par exemple, « on rencontre des difficultés à convaincre les autorités locales de l’importance de la planification familiale » (Christophe Paquet). Cependant, la perception de la question démographique évolue de façon positive, de nombreux pays reconnaissant la nécessité d’influer sur ces évolutions. Par exemple, les autorités et la population au Tchad se montrent de plus en plus réceptives aux projets que l’AFD y mène et « les questions culturelles et sociales ne sont pas tant un obstacle qu’on le croit » (Jean-Marc Pradelle).

 

Comment agir sur les évolutions démographiques ?

« La baisse des taux de fécondité ne suffit pas à générer un dividende démographique » (Anne Paugam). En effet, il n’existe pas de levier unique et il faut agir par le biais de stratégies multisectorielles sur cinq piliers : « Le capital humain, la croissance économique, la gouvernance, l’emploi, la transition démographique » (Jean-Pierre Guengant). Pour cela, une mobilisation forte des pays et des partenaires techniques et financiers est nécessaire à travers deux approches. « D’une part, une approche par les droits » qui consiste, de manière urgente, à répondre à la demande des femmes et à travailler sur l’offre et sur l’accès à la contraception, ainsi que sur les obstacles imputables aux normes sociales, culturelles et religieuses. « La dimension de plaidoyer auprès des leaders d’opinion est essentielle » (Ouribe Moidoty). « D’autre part, une approche économique et sociale qui s’attarde sur le lien entre démographie et croissance économique » (Anne Paugam), en travaillant sur l’insertion professionnelle, la formation et l’éducation. La scolarisation des filles constitue notamment un levier clé pour limiter les grossesses non désirées, réduire les mariages précoces et atténuer les blocages culturels et traditionnels. « Il faut libérer la parole pour que les filles s’approprient leur avenir à travers leurs corps et se sentent libres d’avoir leur propre conception du monde » (Charles Armel Doubane).

 

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