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Les agendas internationaux du développement et du climat sont intrinsèquement liés. Cependant, les financements sont-ils disponibles pour atteindre simultanément les objectifs zéro pauvreté et zéro carbone ? Quels cadres législatifs et quelles incitations faciliteront le financement de modèles de développement zéro carbone ? Ces questions ont été débattues au Forum Mondial Convergences (Paris).

Organisateurs

Aujourd’hui, les agendas internationaux du développement et du climat sont intrinsèquement liés. L’accélération du dérèglement climatique compromet fortement le développement et la lutte contre la pauvreté. Réciproquement, le développement, parce qu’il s’accompagne d’une augmentation de la consommation de ressources naturelles et d’énergies fossiles, menace d’aggraver le changement climatique. La lutte contre le dérèglement climatique et le développement économique et social ne peuvent plus être dissociés.

Pour parvenir à limiter le dérèglement climatique et ses conséquences, des modèles de croissance et de développement sobres en carbone et plus résilients doivent être largement déployés.

Contenir drastiquement la hausse des émissions de gaz à effet de serre à 2°C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle, objectif de l’accord recherché lors de la COP21 à Paris, signifie bien un changement de paradigme énergétique et de développement.

La question du financement du développement débattue à la conférence d’Addis-Abeba se retrouvera au cœur des négociations internationales sur le climat de Paris 2015. D’après l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), plus d’un millier de milliards de dollars par an d’ici 2035 dans les technologies bas-carbone seront nécessaires afin de se diriger vers l’atteinte des 2°C. Les financements sont-ils disponibles pour atteindre simultanément les objectifs zéro pauvreté et zéro carbone ? Alors que des milliers de milliards de dollars continuent à être investis chaque année dans des infrastructures et capacités de production émettrices, une redirection rapide et substantielle de ces financements mondiaux vers des investissements et des technologies à co-bénéfices climat sera déterminante. Quels cadres législatifs et quelles incitations faciliteront le financement de modèles de développement zéro carbone ?

 

 

Comment financer des modèles de développement zéro carbone ?

Date

lundi 07 septembre 2015

Heure

11h45 - 12h15

Lieu

Forum Mondial Convergences
Palais Brongniart
Paris 75002

La conférence-débat sera animée par Emmanuelle Bastide, journaliste à RFI, avec la participation de :

Les besoins de la lutte contre le changement climatique « sont très supérieurs aux ressources mobilisées » (Jacques Moineville) : la question du financement des modèles de développement zéro carbone prend un caractère d’urgence. Les mix financiers public-privé constituent la meilleure solution pour des investissements à la hauteur des enjeux. Mais les projets n’offrant que peu ou pas de rentabilité ne pourront être mis en place qu’avec des financements publics.

Financements bas-carbone : des besoins non satisfaits

 « Pour atteindre la sobriété carbone, 700 milliards de dollars par an supplémentaires [seraient] nécessaires » : même si « les estimations disponibles sont imprécises », il faut considérer que « les besoins en investissements ne sont pas satisfaits ». Les deux grands enjeux sont donc « la réorientation des investissements par les politiques publiques » et « la mobilisation des investissements privés » (Jacques Moineville).

Sur ces deux volets, on constate des améliorations. Ainsi, un pays comme le Maroc a donné, dès 2009, « la priorité aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique » : grâce à la stratégie ambitieuse mise en place, les pouvoirs publics marocains sont parvenus à « mobiliser des financements verts » accordés à la fois par des institutions de développement, comme la Banque mondiale, l’AFD ou la KfW, et par des banques privées (Saïd Mouline).

Par ailleurs, on observe ces dernières années une mobilisation du secteur privé : à la Société générale, « 70 % des financements destinés à la production d’électricité sont consacrés aux énergies renouvelables et donc zéro-carbone ». Plus globalement, le marché des green bonds représente « 25 milliards d’encours aujourd’hui contre 2,5 milliards il y a deux ans » (Séverin Cabannes). Des phénomènes incontestablement positifs, dans la mesure où le défi des objectifs du développement durable « ne pourra pas être relevé par le financement public seul » : pour y faire face, « toutes les sources de financement ont leur importance » (Helen Clark).

 

Diversifier les sources de financement pour créer des effets de levier

 Comment s’articulent investissements publics et privés dans le financement du développement zéro carbone ? Dans la lutte contre le changement climatique, les premiers ont à jouer « un rôle de catalyseur » (Helen Clark). Ils sont un facteur incitatif pour les investisseurs privés attentifs au rapport rentabilité-risque : si un projet comporte une subvention ou du rehaussement de crédit (avec un risque endossé en premier lieu par l’autorité publique), « cela donne un vrai effet de levier qui permet à un investisseur privé, dans sa logique rationnelle, d’investir en direction du durable » (Séverin Cabannes).

Souvent évoqué dans les négociations autour de la COP21, le Fonds vert est un dispositif novateur qui favorise ce genre de montages financiers ambitieux : il s’agit de « mettre en place des mécanismes de mixage – c’est-à-dire d’abondement, par des subventions ou des financements très concessionnels, de financements venant d’autres bailleurs » publics ou financeurs privés. Les effets de levier sont considérables : « pour un euro de subvention européenne, un investissement de 40 euros est permis » (Jacques Moineville).

À son échelle, le Maroc a également développé des partenariats public-privé pour mener des projets en adéquation avec la lutte contre le changement climatique : c’est le cas pour la construction de l’usine Renault à Tanger, « première usine automobile au monde neutre en carbone ». L’enjeu majeur est que chaque partie y trouve son compte : « Il ne s’agit pas pour le public d’assumer les risques tandis que le privé engrange les bénéfices » (Saïd Mouline).

 

Une tension dans l’allocation des financements ?

 Il faut néanmoins souligner que les financements publics restent « cruciaux pour soutenir la transition vers une économie verte […] dans les secteurs qui ne sont pas attractifs pour les capitaux privés » (Helen Clark). On peut citer les petites exploitations agricoles ou encore les « projets généralement non rentables ou n’ayant pas vocation à l’être » : ils concernent les pays « où il est d’abord question non pas de la réduction de la contribution mais de l’adaptation au changement climatique » (Philippe Jahshan).

Dès lors, le risque n’est-il pas de devoir arbitrer sur la répartition de l’aide publique au développement, à l’heure où « des partenaires comme l’UNESCO s’inquiètent […] de la baisse des subventions pour le développement de l’éducation, notamment en Afrique subsaharienne » (Emmanuelle Bastide) ? On constate une tension dans l’allocation des crédits : « l’une des conséquences des crises de longue durée, telle qu’en Syrie, est de prélever des ressources » destinées au développement (Helen Clark).

Mais si une plateforme d’ONG comme Coordination SUD déplore « les arbitrages réalisés au détriment des secteurs sociaux notamment », elle ne souhaite pas pour autant « mettre en concurrence » l’usage des financements publics : elle défend l’adoption d’« une logique systémique globale ». En effet, « les problématiques de développement et de climat sont indissociables ». Ainsi, au Burkina Faso, l’AFD cherche à conjuguer les deux approches : dans ce pays, « qui a besoin d’énergie pour se développer », « si l’on finance une centrale solaire plutôt qu’une centrale à mazout, on a un projet de développement au coût-bénéfice climat » (Jacques Moineville).

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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