Au regard des engagements pris en matière d’éducation, des conditions éducatives actuelles et des nombreux défis pour l’avenir dans les pays d’Afrique subsaharienne, la question de l’enseignement privé apparaît comme une problématique essentielle. La situation de l’enseignement privé dans la région nécessite de mieux l’encadrer et de mieux l’inciter afin d’améliorer l’accès, la qualité et l’équité de l’éducation. Pour moderniser les politiques publiques relatives à l’enseignement privé, il apparaît fondamental d’analyser en profondeur la situation de l’État, des ménages, des opérateurs de l’enseignement privé et du secteur financier.

Rohen d'Aiglepierre
Rohen d'Aiglepierre

Quels sont les enjeux de l’enseignement privé pour l’Afrique subsaharienne ?

Malgré les engagements des États en faveur d’une éducation de qualité pour tous et des progrès importants réalisés au cours de la dernière décennie, la situation éducative de l’Afrique subsaharienne reste problématique. De fortes contraintes budgétaires, organisationnelles et institutionnelles existent, alors même que ces pays font face à une augmentation et à une diversification de la demande éducative (UNESCO, 2012). Dans ce contexte, la question de l’enseignement privé se pose très fortement. En effet, une meilleure association avec le secteur privé pourrait bénéficier aux pays de la région notamment sur l’enseignement post-primaire et la soutenabilité financière des systèmes éducatifs (Patrinos et al., 2009). Cependant, le développement de l’enseignement privé comporte des risques en matière d’équité et de qualité (Kremer et Sarychev, 2000  ; Meuret et al., 2001). Les États d’Afrique subsaharienne sont donc tous amenés à s’interroger sur les potentialités et les dangers de l’enseignement privé, et à chercher des réponses adaptées.

 

Quelle est la place de l’enseignement privé en Afrique subsaharienne ?

Dans les faits, l’enseignement privé est un acteur incontournable de la scène éducative de la région. En moyenne, dans les pays d’Afrique subsaharienne, 60 % des élèves du pré-primaire, 15 % des élèves du primaire et 21 % de ceux du secondaire sont scolarisés par des opérateurs éducatifs privés (d’Aiglepierre, 2013). L’enseignement privé, qui prend en charge près de 22 millions d’enfants, est donc loin d’être négligeable. Par rapport aux autres régions du monde, les pays d’Afrique subsaharienne scolarisent une part plus faible d’élèves du primaire et du secondaire dans le privé. Au niveau du continent, les pays du sud et du nord scolarisent une proportion moins importante d’enfants dans le privé que les pays d’Afrique de l’Ouest, de l’Est ou encore d’Afrique centrale. Au cours de la dernière décennie le nombre d’enfants scolarisés dans le privé a augmenté. En revanche, depuis 30 ans, la part du privé a largement diminué pour le primaire.

 

 

Quelle est la situation de l’enseignement privé en Afrique subsaharienne ?

Tout établissement contrôlé et géré par une entité autre que gouvernementale, quelle que soit la combinaison de ressources publiques et privées, peut être considéré comme relevant de l’enseignement privé (Kitaev, 2007 ; Larocque, 2008). Les institutions d’enseignement privé forment donc une catégorie extrêmement hétérogène avec des différences importantes tant sur la vocation, que sur le lien à la religion et la reconnaissance par l’État. L’offre d’enseignement varie selon les contextes et la catégorie de l’établissement. L’enseignement privé est généralement plus concentré géographiquement dans les zones urbaines et couvre plus de cycles éducatifs que les établissements publics. Les ressources humaines, matérielles et pédagogiques diffèrent selon les contextes et les catégories d’enseignement privé. De même, l’encadrement et les financements, que ce soit de l’État, des organisations représentatives de l’enseignement privé, des parents d’élèves ou d’autres acteurs, varient fortement. Si les études vont plutôt dans le sens d’une plus grande efficience des établissements éducatifs privé, les preuves empiriques sont encore limitées et des recherches poussées s’avèrent nécessaires dans le contexte spécifique de l’Afrique subsaharienne (Lewis et Patrinos, 2012).

 

Que faire pour moderniser les politiques publiques relatives à l’enseignement privé en Afrique subsaharienne ?

Si l’initiative privée recèle un fort potentiel dans le domaine éducatif, le diagnostic de la situation actuelle révèle la nécessité de moderniser les politiques publiques relatives au secteur (LaRoque, 2008 ; Patrinos et al., 2009, d’Aiglepierre 2013). Il est dès lors important de comprendre le fonctionnement du système, d’identifier les acteurs clés et les liens qui les unissent afin de déterminer les appuis nécessaires :

  • Soutenir l’État : en tant que pilotes du système éducatif, les États doivent être en mesure d’initier et d’encadrer le développement de l’enseignement privé, au niveau stratégique, législatif et organisationnel. Au niveau réglementaire, une clarification, voire une simplification des textes de loi régissant l’organisation et le fonctionnement de l’enseignement privé permettrait un meilleur développement des institutions privées d’enseignement. Sur le plan organisationnel, les structures de l’État chargées du contrôle et de l’encadrement de l’enseignement et de la formation privée devraient être largement renforcées et disposer des moyens nécessaires à leur mission. Enfin, des informations fiables et disponibles sur l’enseignement privé devraient être produites et mises à disposition de tous.
  • Soutenir les ménages : certains outils, comme des bourses ou des bons éducatifs, auraient une forte valeur ajoutée pour les élèves vulnérables, là où l’offre publique fait défaut. En échange de l’obtention de subventions publiques, des quotas de places gratuites pourraient également être offertes aux enfants de familles à faibles revenus. Les associations de parents d’élèves du privé mériteraient d’être développées et soutenues pour servir au contrôle des activités des opérateurs privés.
  • Soutenir les opérateurs privés : des soutiens, en termes d’outils, de formation et de coordination, sont nécessaires pour améliorer la qualité et l’équité de l’offre éducative privée. La création ou le renforcement des associations représentatives des opérateurs privés est également une condition importante au bon fonctionnement du secteur. La mise en place de réseaux transnationaux permettrait également des économies d’échelles et une diffusion des innovations pédagogiques.
  • Soutenir les banques : des appuis financiers et techniques aux institutions financières constitueraient des leviers importants pour les convaincre de l’intérêt d’investir dans l’enseignement privé. Ces soutiens pourraient prendre la forme d’aides techniques ponctuelles ou encore d’instruments financiers appropriés, comme des prêts ou un fonds de garanties.

 

Sur toutes ces questions, des activités de soutien à la production intellectuelle permettraient de capitaliser les expériences et de diffuser les innovations et les bonnes pratiques. Étant donné les enjeux futurs du développement des systèmes éducatifs d’Afrique subsaharienne, il apparaît finalement essentiel de se poser clairement la question de l’enseignement privé et de son articulation avec l’État.

 

NDRL: Cette tribune émane du numéro 20 de la revue Secteur Privé et Développement, réalisée par Proparco

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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