Atteindre l’objectif ambitieux fixé par l’Accord de Paris de limiter l’élévation des températures à 1,5°C à l’horizon 2100 exige une transition vers les énergies renouvelables au niveau planétaire. Cette immense transformation passera nécessairement par la mobilisation des ressources publiques, mais aussi privées. Cela représente un grand défi, en particulier pour certains pays en développement que les investisseurs jugent « à risque ». Ce défi n’est cependant pas insurmontable ; des efforts peuvent et doivent être entrepris afin de réduire ces risques perçus et de démultiplier les ressources publiques et privées.

Copyright: UNDP Tunisia
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Tirer parti de la « révolution énergétique »

L’argumentaire climatique en faveur de l’investissement dans les énergies renouvelables est connu de tous. L’Accord de Paris comme les ODD indiquent la capacité des énergies renouvelables à limiter les émissions de carbone et à atténuer les effets du changement climatique. Cependant, il est plus en plus évident que les énergies renouvelables peuvent aussi dynamiser les économies des pays en développement, en particulier lorsque ces derniers ne bénéficient pas d’un accès à des énergies propres et abordables. Le développement économique local, la création d’emplois « verts », l’innovation et l’abandon progressif des énergies fossiles sont une perspective bien réelle : de nombreux pays bénéficient déjà des retombées d’une transition d’ensemble vers les énergies renouvelables.

Cette tendance devrait aller en s’amplifiant. L’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) a récemment annoncé qu’au cours de l’année 2015, la capacité de production d’énergies renouvelables avait augmenté de 152 gigawatts (GW), soit un taux de croissance annuel de 8,3 %, le plus fort jamais enregistré. L’IRENA indique au passage que l’essentiel de cette croissance provient des pays en développement. Les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont affiché une croissance de 14,5 % et ceux d’Asie de 12,4 % tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord affichent des croissances respectives de 5,2 % et 6,3 %.

Ces progrès sont en grande partie à attribuer à l’innovation, assortie d’une volonté politique grandissante et d’une baisse rapide du coût d’accès à ces technologies. Pourtant, si plusieurs pays et régions bénéficient de l’incroyable manne de la transition énergétique, de nombreux pays en développement sont laissées pour compte. L’IRENA note en effet que l’Afrique n’a progressé que de 6,3 % : un progrès certes non négligeable, mais en dessous de son potentiel. Ces pays sont non seulement privés des retombées économiques apportées par la transition énergétique, mais la faiblesse des investissements restreint aussi l’accès à l’énergie, ce qui freine encore l’éradication de la pauvreté ou la réalisation des ODD

Aider les pays en développement à surmonter les obstacles en matière d’investissement et de financement est une priorité dans le contexte de l’après-Accord de Paris. Traiter le déficit de financement requiert une approche ciblée qui aidera ces pays à créer un environnement favorable pour les investissements. Cela nécessite de renforcer des capacités des pays en développement et de répondre efficacement aux inquiétudes des investisseurs privés en matière de risques.

 

Atténuer les risques associés aux investissements dans les énergies renouvelables

Les coûts d’accès à la technologie ayant baissé, il est désormais évident que ce qui freine clairement l’investissement dans les énergies renouvelables dans les pays en développement sont les coûts de financement. Ces coûts élevés sont le reflet d’un ensemble de freins d’ordre technique, réglementaire, financier et institutionnel, qui s’accompagnent de risques d’investissement. Ces défis sont bien réels, mais pas insurmontables : les États, avec l’appui des donateurs et des agences des Nations Unies, peuvent prendre des mesures pour y remédier.

Les décideurs politiques qui souhaitent développer les énergies renouvelables peuvent, par exemple, combiner les diverses mesures publiques afin de sytématiquement apporter une réponse aux risques d’investissement. Les études menées par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans ce domaine, dont les conclusions sont reprises par la méthodologie innovante d’« Atténuation des risques des investissements dans les énergies renouvelables » (DREI), soulignent trois types de mesures publiques clés : les instruments politiques d’atténuation des risques, tels qu’une réglementation bien conçue du marché de l’énergie, qui atténuent les risques au travers de l’élimination des barrières sous-jacentes qui sont à la source des risques d’investissement ; les instruments financiers d’atténuation des risques, tels que les garanties de crédit proposées par les banques de développement, qui transfèrent les risques d’investissement du secteur privé au secteur public ; enfin, les incitations financières telles que les subventions directement allouées aux énergies renouvelables, qui compensent le risque pris par les investisseurs.

Pour les décideurs politiques, le grand défi consiste donc à identifier la combinaison optimale de mesures publiques à mettre en œuvre. En général, ces mesures s’accompagnent d’un coût, qui est supporté par les contribuables, par les entreprises ou par les consommateurs. Les fonds publics, qui sont limités, doivent être dépensés à bon escient. Par ailleurs, il y a pléthore de possibilités en matière d’interventions publiques ; les décideurs politiques éprouvent parfois des difficultés à choisir parmi toutes les options qui s’offrent à eux.

La méthodologie DREI du PNUD propose un support pour faciliter ces choix en créant un modèle quantitatif des risques d’investissement et des mesures publiques visant à atténuer ces risques. Cette méthodologie a été éprouvée dans le cadre d’études de cas au Kenya, en Mongolie, au Panama et en Afrique du Sud. Elle est aujourd’hui mise en œuvre par les gouvernements du Bélarus, du Kazakhstan, du Liban, du Nigeria et de la Tunisie. Les premiers résultats montrent qu’en pratique, cette approche permet de réduire les risques, d’abaisser les coûts de financement et de dynamiser l’investissement privé dans le secteur des énergies renouvelables bon marché.

En Tunisie par exemple, le PNUD soutient les mesures gouvernementales d’atténuation des risques grâce à un financement du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Ces mesures devraient permettre de mobiliser 935 millions d’euros d’investissement privé, mais aussi d’abaisser le coût du kilowatt-heure solaire pour le consommateur de 9,9 à 7,7 centimes d’euro. Cela sera déterminant pour que la Tunisie atteigne son objectif d’assurer 30 % de sa capacité de production énergétique par des sources renouvelables à l’horizon 2030 : il s’agit là d’un volet important des contributions décidées à l’échelle nationale dans le cadre de l’Accord de Paris, les « INDC » (Intended Nationally Determined Contributions).

 

Démultiplier l’investissement privé de façon optimale : un dialogue continu

L’expérience du PNUD montre que les mesures d’atténuation des risques d’investissement sont très prometteuses pour la transition des marchés énergétiques des pays en développement vers les énergies renouvelables. Néanmoins, plusieurs questions subsistent. Comment, par exemple, trouver le bon équilibre entre les mesures politiques et financières visant à limiter les risques et les subventions qui elles augmentent la rentabilité des investissements ? Les modélisations mises au point par le PNUD montrent que l’atténuation des risques offre un meilleur rapport coût / efficacité que les subventions et devrait par conséquent être privilégiée. Cependant, les mesures d’atténuation des risques sont parfois longues à mettre en œuvre. Dans ces conditions, est-il acceptable de proposer des subventions afin de débloquer un investissement immédiat ? Et lorsqu’une politique de subvention généreuse est mise en place, ne risque-t-on pas un retour en arrière sur le plan de la politique énergétique?

Cette question et nombre d’autres relèvent d’arbitrages complexes et il n’existe pas de réponse simple. Il est crucial que le processus de décision politique soit le plus transparent possible et qu’il s’appuie sur des méthodologies rigoureuses et globales. Les facteurs clés de décision et les constats doivent être clairement énoncés afin d’être débattus et enrichis par la discussion.

Il est désormais clair que les opportunités existent. Les technologies sont disponibles et de plus en plus abordables ; le soutien politique se renforce ; les ressources, tant publiques que privées, réservées aux énergies renouvelables croissent sans cesse. La voie qui mène au « zéro carbone » à long terme est bien définie : le défi que nous devons relever consiste désormais à trouver les meilleurs moyens pour que tous puissent emprunter ce chemin et s’assurer que la prospérité soit partagée.

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