Les femmes représentent près de la moitié des travailleurs agricoles, mais continuent de subir de fortes inégalités en raison de leur genre. Pour Margarita Astralaga (IFAD), leur émancipation commence au sein des foyers.

Comment les femmes contribuent-elles à l’économie rurale ?

Qu’elles soient rémunérées ou non, les femmes réalisent toutes sortes de tâches dans des contextes ruraux et cette contribution à l’économie rurale est souvent sous-estimée. Elles gèrent les ressources naturelles, adoptent des solutions agraires adaptées au climat et préservent la biodiversité, tout en assurant la sécurité nutritionnelle et la productivité agricole. Mais il n’y a pas d’égalité des genres.

Bien qu’elles soient souvent écartées des décisions qui touchent à leur quotidien et freinées par une répartition inégale des ressources, les femmes rurales jouent un rôle fondamental au sein et en dehors de leur foyer. Ce sont des entrepreneuses et des cheffes communautaires, des innovatrices et des réformatrices, des agentes du changement pour elles-mêmes comme pour leur famille et leur communauté. Elles se lèvent tous les jours et luttent contre l’adversité pour travailler et produire de la nourriture dans les conditions les plus rudes et les plus exigeantes qu’ait connu le monde : climat changeant, raréfaction de l’eau et des denrées, enclavement, manque de marchés, conflits…

 

Au-delà de la perception de ces contributions, pensez-vous que le statut des femmes dans le travail rural connaît une amélioration globale ?

Les femmes de la campagne travaillent comme fermières, ouvrières agricoles ou entrepreneuses. Même si elles représentent une part importante de la main-d’œuvre agricole, leur travail est malheureusement encore largement sous-estimé et trop peu reconnu. Et cette situation ne semble pas vraiment s’améliorer. Elles se retrouvent cantonnées à l’économie parallèle, dans des fermes familiales ou à des postes faiblement qualifiés, mal payés et à faible productivité, avec des horaires à rallonge. De plus, elles doivent supporter le fardeau des tâches ménagères et non rémunérées. Si on combine les heures de travail payées et non payées, les femmes travaillent beaucoup plus que les hommes.

 

 

En quoi l’égalité des sexes est-elle un élément clé pour la réduction de la pauvreté rurale et l’amélioration de la sécurité alimentaire ?

L’égalité des sexes est un préalable indispensable à l’éradication de la pauvreté rurale et constitue une étape cruciale pour répondre au défi de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Quand les inégalités de genre sont réduites, la croissance économique et la qualité de vie sont meilleures. L’égalité contribue à la réduction de la faim chronique, mène à des périodes de paix plus longues, profite à des familles entières et valorise toutes celles et tous ceux qui subissent des discriminations. Lorsqu’on traite les inégalités de genre et qu’on supprime les obstacles sous-jacents qui limitent les femmes et les filles, toutes et tous – hommes, femmes, garçons et filles – peuvent être considérés de manière égale. « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles » (Objectif de développement durable n°5) est essentiel pour atteindre tous les objectifs fixés dans l’Agenda 2030.

 

D’après vous, quels sont les principaux obstacles à l’émancipation des femmes dans l’économie rurale ?

Plus il est difficile d’accéder aux ressources, aux informations utiles et aux services ainsi qu’à des marchés rentables, plus l’écart de productivité entre les sexes s’accroît. Une distribution inégale de la charge de travail quotidienne et une répartition inégale des voix dans la prise de décision impacte l’autonomie des femmes. Sans parler des obstacles supplémentaires que sont les problèmes de santé et de nutrition spécifiques, de la vulnérabilité au changement climatique et aux chocs extérieurs, ni même de la discrimination et la violence quotidiennes liées au genre.

Cependant, au cœur de ces inégalités se trouvent des normes sociales discriminatoires qui se traduisent par des attitudes, des comportements, des politiques et des lois qui freinent les femmes et les filles. Nous devons nous attaquer aux causes fondamentales des inégalités de genre par une approche transformative qui dépasse le simple fait de se concentrer sur l’émancipation économique des femmes.

 

 

De quels leviers les organisations internationales doivent-elles s’emparer pour favoriser l’émancipation des femmes dans les pays où elles n’ont pas les mêmes droits que les hommes ?

Pour parvenir à émanciper les femmes dans de tels contextes, il faut adopter des approches intégratives et multisectorielles. La promotion des femmes, le dialogue de politique publique, le renforcement de capacités institutionnelles et les programmes de leadership féminin sont fondamentales pour faciliter l’autonomisation des femmes au niveau global et gouvernemental, comme au niveau local au sein des organisations communautaires. Les méthodologies axées aux ménages (household methodologies ou HHMs) offrent une possibilité de changement au niveau des foyers. Ainsi, elles contribuent à l’élimination à la source des causes des inégalités et, à moyen-long terme, à des modifications des normes sociales et les comportements qui empêchent l’égalité des genres et l’émancipation des femmes.

Sur le terrain, cela se traduit par une approche holistique basée sur la formation et du renforcement de capacités pour améliorer les connaissances, les aptitudes et la confiance en soi, les technologies qui facilitent le travail pour réduire la charge des femmes, des groupes d’entraide féminine et d’alphabétisation financière pour améliorer leur inclusion financière, du soutien au leadership féminin pour augmenter leur participation active dans les organisations rurales… Pour nourrir les changements en profondeur, l’engagement des hommes et les nouvelles méthodes renforcent le bien-être général du foyer et de ses membres. Encourager les chaînes de valeur sensibles aux questions de genre facilite l’accès au marché et aux activités génératrices de revenus.

 

Combattre les inégalités à la racine implique de travailler à l’échelle des foyers.

Oui, et grâce à des approches participatives comme les HHM, on peut analyser de plus près les relations de pouvoir au sein du foyer et remettre en question les inégalités à la racine. Ces méthodologies remettent en question les inégalités de pouvoir en valorisant tous les membres du foyer. Des facilitateurs formés sont là pour les aider à prendre la mesure de leur potentiel de développement tout et mettant en pratique une vision commune. Le but final est que les systèmes de subsistance et les ménages ruraux soient plus résilients.

 

En quoi la question de l’égalité des genres est-elle pertinente en matière de conservation de l’environnement ?

À cause de toutes les discriminations que j’ai mentionnées, les femmes font face à des restrictions supplémentaires dans leur capacité à s’adapter aux effets négatifs du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, comme la pollution. Cela se traduit par un manque d’accès à l’eau potable, à un sol riche et sain, aux semences, aux ressources financières, aux informations et des options alternatives de subsistance.

Dans les pays en développement, les femmes représentent environ 43 % des travailleurs dans le secteur agricole. Étant donné leur rôle dans la production agricole, dans la gestion et dans l’utilisation des ressources naturelles, l’égalité des genres et l’émancipation des femmes sont des questions centrales dans la conservation de la biodiversité et la durabilité écologique, ainsi que la limitation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci. Les femmes agissent souvent en gardiennes de la diversité des cultures, préservant les systèmes alimentaires durables et les pratiques culturales. En faire les agentes du changement pourrait donc fondamentalement renforcer la résilience des ménages, des communautés et des écosystèmes.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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