Il est à craindre que les ravages provoqués par la résurgence soudaine et meurtrière d’Ebola en Afrique de l’ouest continueront après la fin de l’épidémie. Car en plus d’emporter des vies, de semer la terreur et d’abattre des économies déjà fragiles, le virus a également désorganisé et mis à terre les systèmes de santé des pays les plus touchés, laissant les populations à la merci des autres maladies tueuses qui sévissent dans la région, particulièrement le paludisme et le choléra.

© European Commission DG ECHO
© European Commission DG ECHO

Des maladies tueuses tapies dans l’ombre d’Ebola

L’année 2014 restera dans nos mémoires comme celle de la soudaine résurgence en Afrique de l’ouest de l’épouvantable virus Ebola. En quelques semaines, la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée ont été traversés, les populations durement frappées, les gouvernements débordés.

Près d’un an après le déclenchement de cette crise meurtrière, on peut tirer un premier bilan humain de la razzia du tueur Ebola : près de 25 000 personnes infectées et plus de 9 500 morts. Et des mois de peur pour plus de vingt millions de citoyens vulnérables.

Mais si on peut désormais espérer une maîtrise rapide de la situation, il ne faut pas relâcher l’effort, car d’autres tueurs restent malgré tout tapis dans la région. Des tueurs qui depuis des décennies déciment des millions de personnes, et singulièrement les femmes enceintes et les enfants d’Afrique : le paludisme et le choléra.

Les chiffres sont parlants. En 2012, après plusieurs années d’accalmie, la région a été frappée par une épidémie de choléra qui a touché environ 30 000 personnes, et tué 138 patients en Guinée et 296 patients en Sierra Leone. En 2013, juste avant la réapparition d’Ebola, le Sierra Leone, le Liberia et la Guinée ont enregistré près de 5 millions de cas de paludisme ! Selon l’OMS, 5 625 personnes ont perdu la vie dans les trois pays cette année-là, foudroyées par la malaria, cette maladie pourtant curable si elle est rapidement diagnostiquée et correctement soignée. Cela représente plus de la moitié des décès enregistrés à cause d’Ebola.

Les statistiques pour 2014 seront probablement similaires et le risque d’épidémie de choléra, on l’a vu, n’a pas disparu. Le bilan pourrait même être plus sinistre encore, car dans les pays concernés, les énormes besoins mobilisés pour lutter contre Ebola ont paralysé les autres services de soin, décimé le personnel de santé, épuisé les économies locales. Les personnes les plus vulnérables — les femmes enceintes et les enfants — risquent d’être durement affectées.

En Guinée par exemple, Ebola a tout désorganisé ; les avancées de ces dernières années ont été perdues : dans la commune de Matoto, à Conakry, le taux de fréquentation des centres de santé est passé de 73% en 2013 à 34% cette année ; dans la commune de Ratoma, celui-ci est passé de 65% à 23% ! Le travail de prévention et les campagnes pour inciter les femmes à un suivi médicalisé de leur grossesse ont été stoppés ; les femmes enceintes se sont détournées des centres de santé et restent confinées à la maison pour accoucher sans personnel qualifié.

Avec le retour de la saison des pluies, Ebola maîtrisé ou pas, il n’y pas de doute : la situation en Afrique de l’Ouest reste inquiétante.

Ebola, paludisme et choléra, qui présentent le même profil clinique et symptomatologique, sont donc des tueurs complices, l’un nourrissant les autres. Et pour empêcher ceux-ci de profiter de la confusion, il s’agit d’apporter une réponse à la hauteur de la crise. Avant de devoir, une fois de plus, faire face à une urgence prétendument imprévue, nous disons qu’il faut faire ce qui est négligé depuis trop longtemps. Et ne pas laisser les peuples à la merci des tueurs de masse du moment.

 

Que faire ?

 Tout d’abord, il s’agit au plus vite de réanimer les systèmes de santé nationaux qui ont été considérablement affaiblis par l’épidémie d’Ebola. Pour affronter efficacement cette dernière, mais aussi le paludisme et le choléra (ces trois maladies ayant d’importants points communs), il faut mettre en place dans les hôpitaux un système de triage adapté à l’entrée des structures de santé, permettant à la fois d’assurer la sécurité des patients et des personnels de santé, et de rassurer le public. Il faut rapidement les équiper en matériel performant, former le personnel soignant et assurer le suivi de leurs connaissances. C’est l’action que mène WAHA International au sein de l’hôpital Ignace Deen de Conakry, à la demande du ministère guinéen de la Santé, grâce à un financement attribué par la Task Force Ebola du ministère français des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI).

Il s’agit aussi de mettre en place un système de référencement sécurisé des patients, dans un environnement où les infrastructures routières et de transport sont dégradées, peu fiables ou défaillantes. Ce renforcement peut être assuré par la mise en place d’une flotte de motos-ambulances, comme l’a développé WAHA International depuis sa création dans une vingtaine de pays, et cette année en Sierra-Leone et en Guinée. Ce système de référencement renforcé doit être suffisamment solide et sûr pour orienter et/ou référer, le cas échéant, les patients depuis les centres de soins primaires vers les CHU pour des urgences ou des cas complexes.

Utiles pour retisser la confiance avec des populations ballotées entre la peur, les rumeurs et le traumatisme, les mesures envisagées ici sont incontournables pour relancer les systèmes de santé en Guinée, Sierra Léone et au Liberia. Si elles peuvent paraîtres évidentes, cela ne fait que souligner leur caractère indispensable. Pourtant, la lutte contre Ebola s’est essentiellement concentrée sur l’identification et l’isolation des malades. Des initiatives à la fois pragmatiques, créatives et collectives doivent être engagées dès maintenant pour ne pas avoir, une fois de plus, à guérir ce que l’on n’a pas su prévenir.

 

 

Les opinions exprimées dans cette tribune sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de son institution.

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