Margot Wallstrom
Margot Wallstrom

Avec en toile de fonds le Sommet de l’ONU sur le climat qui se tiendra à Copenhague au mois de décembre, les Journées européennes du développement 2009 sont pour nous l’occasion de manifester notre volonté de relever les défis à venir : notre responsabilité commune est d’élaborer une réponse globale à la crise économique et au changement climatique, mais aussi de poser les fondements de la démocratie et du développement. C’est pourquoi j’ai la conviction que nous devons profiter de cette tribune pour attirer l’attention sur une dimension du changement climatique, souvent négligée lors des débats sur l’équité dans l’effort de lutte contre ce dernier : le fait qu’il aggrave les inégalités sociales.

Les faits sont là. Il est bien connu que le changement climatique ne touche pas les pays et les régions de façon égale. Prenons pour exemple le continent africain : bien qu’il ne soit à l’origine que de 3,8 % des émissions mondiales de CO2, c’est l’une des régions qui souffrent le plus des effets dévastateurs du changement climatique. De même, sur le 1,3 milliard de personnes vivant dans la pauvreté dans le monde, 70 % sont des femmes. Les effets du changement climatique appauvriront davantage les nations les plus défavorisées de la planète, tout en creusant les clivages sociaux entre les femmes et les hommes. Les difficultés d’accès des femmes à l’information et aux ressources, ainsi que leur faible participation aux processus de prise de décisions, les rend plus vulnérables aux effets du changement climatique.

C’est pourquoi j’espère que les Journées européennes du développement fourniront aux femmes une tribune leur permettant de se faire entendre. Non seulement en tant que victimes, ainsi qu’elles sont souvent présentées dans ce débat, mais surtout comme des actrices de la lutte contre le changement climatique.

Les effets du changement climatique sur les femmes

Du fait de la division du travail et de la discrimination sociale existante, les femmes et les hommes ne sont pas exposés de la même manière aux effets du changement climatique. Illustrons ceci par deux exemples.

L’Afrique subsaharienne, tout d’abord. Les femmes y sont chargées de 70 à 80 % de la production alimentaire du ménage. Ce sont généralement elles qui  ramassent le bois de feu et qui tirent l’eau des puits. Elles jouent également un rôle primordial dans le domaine de l’agriculture. En cas de pénurie des ressources naturelles suite à une sécheresse prolongée ou à une inondation, il est bien évident que dans certaines régions du monde, ces activités vont prendre beaucoup plus de temps. Dans l’état actuel des choses, les femmes doivent travailler davantage pour assurer l’approvisionnement alimentaire du ménage et leur accès à l’éducation s’en voit réduit. On a donc un cercle vicieux qui aggrave les inégalités sociales au détriment des femmes.

En second lieu, les femmes sont souvent confrontées à des limitations de leur participation à la sphère publique liées à la culture. Dans certains cas, elles ne sont pas autorisées à pénétrer dans les espaces publics si elles ne sont pas accompagnées d’un homme. Dans les cas de catastrophes naturelles causées par les températures extrêmes, leur accès à l’information s’en voit restreint, qu’il s’agisse des prévisions météorologiques ou des systèmes d’alerte précoce pour la prévention des catastrophes naturelles. Les études réalisées dans ce domaine montrent qu’en raison des inégalités économiques et sociales existantes entre les femmes et les hommes, les catastrophes naturelles font plus de victimes chez les femmes. Les femmes et les enfants ont 14 fois plus de risques que les hommes de mourir lors d’une catastrophe naturelle. 65 % des victimes du tsunami de 2004 en Indonésie étaient des femmes. À la différence des hommes, la plupart d’entre elles se trouvaient chez elles lorsque le tsunami s’est produit, et n’avaient donc pas été averties.

Les femmes doivent devenir actrices dans la lutte contre le changement climatique

De même qu’il est important de reconnaître à quel point les femmes sont touchées par le changement climatique, nous devons également les aider à devenir de véritables actrices de la lutte contre le changement climatique. Vu leur rôle dans la société ainsi que les tâches qu’elles accomplissent au sein de leur communauté et de leur famille, elles peuvent avoir une contribution unique au débat politique grâce à leur précieuse expérience. Leurs connaissances sont capitales si l’on veut s’adapter plus efficacement au changement climatique. Il est également indispensable de tenir compte des conditions de vie et des besoins spécifiques des femmes pour créer des politiques de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement.

Il existe une autre bonne raison de faire participer les femmes au débat : non seulement elles subviennent aux besoins de leur famille et sont des actrices essentiels dans le domaine de l’agriculture, mais elles vont également devoir avoir recours aux formes d’énergie renouvelables comme la biomasse, le biogaz et l’énergie solaire, qui toutes sont nécessaires à la lutte contre le changement climatique. Enfin et surtout, en tant que mères et éducatrices, elles ont un rôle capital à jouer pour favoriser le changement des comportements dans le cadre des activités économiques et sociales.

Relever le défi

Malgré leurs précieuses connaissances et leur rôle essentiel dans la société, les femmes ne sont pas suffisamment représentées dans les processus de prise de décisions concernant le changement climatique. Leur expérience et leurs besoins sont donc totalement absents du débat politique. C’est une situation qui doit changer. Afin d’inscrire la dimension du genre à l’agenda des politiques environnementales, les femmes doivent être consultées, informées et intégrées au débat sur le changement climatique, à l’échelle locale, nationale et internationale. L’Union européenne s’est faite depuis longtemps le promoteur de l’égalité entre les femmes et les hommes, et joue un rôle capital sur le plan international dans le domaine des politiques de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement. Mais si l’on veut relier ces deux dimensions, il faut aller plus loin.

Le changement climatique est un sujet capital, au cœur du débat lors des Journées européennes du développement. N’oublions pas d’y écouter la voix des femmes, et profitons de cette occasion pour inscrire la sensibilité de genre à l’ordre du jour lors de l’adoption de mesures de lutte contre le changement climatique.

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