Pascal Lamy
Pascal Lamy

Aujourd’hui, alors que je faisais mon jogging, l’image de Jacques Diouf jeûnant lors de l’ouverture du Sommet de l’alimentation de Rome m’est venue à l’esprit. Je n’ai pas pu m’empêcher de songer aux milliers de personnes qui meurent de faim chaque jour. Dans l’air vif du petit matin, j’ai revu les défis mondiaux – et ils sont nombreux – auxquels nous sommes confrontés.

À la fin de 2009, année marquée par la toute première crise mondiale, nous devons faire face à la nécessité de trouver un compromis multilatéral pour lutter contre le changement climatique … à la nécessité de réduire la menace de prolifération nucléaire … à la nécessité de mener à son terme le Cycle de Doha … et à la crise alimentaire …  Chacune de ces questions représente à elle seule un formidable défi.  Chacune d’entre elles nous ramène à la question essentielle: jusqu’à quel point chacun d’entre nous est-il disposé à payer pour protéger et préserver les biens publics mondiaux?

Il n’est pas facile de trouver une solution à ce problème.  J’entends souvent dire que c’est le commerce qui est le problème lorsqu’il s’agit de lutter contre la faim. Certains vont même jusqu’à affirmer « arrêtez le commerce et nous résoudrons le problème de la sécurité alimentaire ».  Et pourtant, je crois qu’un commerce ouvert est un élément important pour résoudre l’équation de la sécurité alimentaire, même s’il ne peut apporter à lui seul la solution.  Les politiques connexes, comme les nombreuses politiques examinées lors du Sommet, sont essentielles, qu’il s’agisse d’irrigation, de nutrition, d’accès aux produits chimiques pour l’agriculture et aux engrais et d’accès au crédit.

Toutefois, le commerce est la courroie de transmission internationale, qui relie le monde des nantis à ceux qui n’ont que peu de ressources.  Il connecte des pays situés sur des terres fertiles à des pays situés sur des terres arides.  Ces courroies de transmission doivent continuer à fonctionner.  Prenons l’exemple du Yémen, pays aride où la culture de base, le riz, a fait cruellement défaut pendant la crise alimentaire. Pour ce peuple, le commerce fait partie de la solution, et non pas du problème!

Aujourd’hui un grand nombre de pays dans le monde sont des pays importateurs nets de produits alimentaires – c’est un fait qu’on ne peut ignorer.  Dans ce contexte, la sécurité alimentaire dépend de la stabilisation de notre interconnectivité et de la stabilisation des relations commerciales, au lieu d’un accroissement de l’instabilité ou d’un repli sur soi en vue d’atteindre l’objectif irréalisable de l’autosuffisance alimentaire.

Comme le PNUD le fait observer, si un pays comme l’Égypte avait pour objectif l’autosuffisance alimentaire, il lui faudrait non pas un, mais trois Nil!  C’est aussi là que nous voyons les avantages du commerce international pour le développement durable: il permet de réaliser des économies d’eau.

Le commerce jouera probablement un rôle encore plus essentiel pour la sécurité alimentaire avec l’aggravation de la crise climatique.  Plus les terres arides seront frappées par la sécheresse, plus l’importance cruciale de notre interdépendance à l’échelle mondiale deviendra manifeste.

L’OMC doit apporter sa contribution, en particulier en concluant le Cycle de Doha.  Nous pourrions ainsi améliorer les règles de l’OMC, remédier aux déséquilibres historiques et permettre aux pays en développement de tirer pleinement parti de leur avantage comparatif dans l’agriculture.  Les subventions accordées par les pays riches, qui tiennent les pays pauvres à l’écart des marchés internationaux, seraient amputées, et les obstacles tarifaires qui ont fait monter les prix pour les consommateurs seraient réduits.  Ces obstacles tarifaires sont difficiles à justifier au regard de la crise alimentaire;  l’accès des plus pauvres dans le monde aux denrées alimentaires est primordial.  La conclusion du Cycle de Doha nous permettrait aussi de réduire les subventions à la pêche qui sont néfastes pour l’environnement et qui ont obligé des pêcheurs trop nombreux à traquer trop peu de poissons.

Vaste programme?  Certes, il n’y a pas de méthode expéditive pour traiter des biens publics mondiaux et il est exclu de ne pas le faire.  La communauté internationale doit agir.  Mon jogging au bord du Léman est terminé.  Aujourd’hui, j’ai une journée chargée, compte tenu des préparatifs de la Conférence ministérielle de l’OMC, qui se tiendra fin novembre.  Un autre défi à relever …  À bientôt!

Copyright image : Eric Piermont, AFP

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