Nombreux sont ceux qui considèrent que le décollage de la croissance économique en Afrique depuis le milieu des années 90 ne repose que sur les ressources naturelles – une success story qui serait basée sur un coup de chance et liée au cours élevé des matières premières. Cependant, dans son dernier rapport Regional Economic Outlook: Sub-Saharan Africa, le département Afrique du Fonds monétaire international (FMI) parvient à une conclusion bien plus nuancée : la réussite économique des régions qui se sont développées le plus vite ne reposait pas sur les ressources naturelles. L’amélioration des politiques, ainsi que des institutions plus fortes et une meilleure gouvernance y ont contribué bien davantage

Six pays africains à croissance rapide

Six pays (le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Mozambique, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda) ont été particulièrement suivis sur la période 1995-2010. Tous ces pays ont enregistré une croissance réelle par habitant de plus de 3 % par an ; sur la plus grande partie de cette période, ces pays n’étaient pas des producteurs de ressources naturelles. Leur progression a bien sûr emprunté des chemins différents :

•    Le Burkina Faso a accompli des efforts importants en matière d’institutions et a rapidement concentré ses efforts sur la planification macroéconomique à moyen terme. Le pays a habilement géré le secteur du coton, qui est important pour son économie et fournit une source de revenus à une grand nombre des plus démunis.
•    L’Éthiopie, qui est de loin le pays le plus peuplé des six pays étudiés, a dopé sa croissance en soutenant le secteur agricole ainsi que l’exportation de certains produits et services (fleurs coupées, tourisme, transport aérien).
•    Le Mozambique a attiré des investissements étrangers et autres flux de capitaux considérables à la fin des années 90, ce qui a permis de financer des projets de très grande envergure, réclamant des investissements lourds, tels que le réseau de transport de l’électricité et du gaz (l’électricité étant utilisée pour produire de l’aluminium).
•    Le Rwanda a fortement rebondi après son retour à la stabilité politique, et ce avec le soutien d’une stratégie de reprise efficace, tournée vers des secteurs spécifiques tels que le tourisme ou le café.
•    La Tanzanie a maintenu un taux de croissance élevé grâce à un enchainement de trois vagues de réformes macroéconomiques et structurelles, qui ont eu un impact positif sur l’ensemble des secteurs.
•    L’Ouganda a procédé à des réformes macroéconomiques et structurelles qui ont stimulé l’investissement privé et permis une diversification dans l’exportation de produits non traditionnels.

 

Un cercle vertueux

Le point commun entre ces pays est la notion de « cercle vertueux. » Ces six nations ont toutes mis en place des politiques économiques de stabilité, orientées vers le moyen terme, et ont lancé de grandes réformes structurelles pour améliorer la compétitivité de leur économie. En retour, cela a renforcé les flux d’aide au développement et permis à ces pays de bénéficier d’allègements de leurs dettes : ces gains leur ont donné une marge de manœuvre fiscale qui permet des dépenses sociales et des investissements lourds, notamment dans les infrastructures, qui dynamisent à leur tour la croissance.

Quels sont les secteurs qui ont le plus participé à ces performances en matière de croissance ? À l’exception de l’Éthiopie, ce sont les services qui y ont le plus contribué, par exemple avec le développement rapide des télécommunications. L’agriculture reste néanmoins un moteur important de la croissance en employant l’essentiel de la population active des six pays étudiés. La production de biens manufacturés ne représente toujours qu’une part limitée de la production totale, ce qui indique que les évolutions structurelles ne se font que lentement. Mais tout cela pourrait changer. Les données disponibles montrent que l’investissement et la productivité progressent régulièrement ; si l’on tient compte de la progression des budgets alloués à l’éducation dans ces pays, cette tendance devrait perdurer.

 

Le rôle crucial des institutions

Les études ont mis en évidence l’importance d’institutions fortes. Si l’on se fie à la base de données des Indicateurs de gouvernance internationaux de la Banque mondiale, les pays à croissance rapide ont dépassé les autres pays d’Afrique subsaharienne sur quatre critères parmi cinq : la lutte contre la corruption, l’efficacité du gouvernement, la stabilité politique et la qualité du cadre réglementaire. L’élargissement du secteur financier a également joué un rôle important : le taux de crédits accordés au secteur privé dans les pays étudiés (à l’exception de l’Éthiopie) a également dépassé celui des autres pays d’Afrique subsaharienne. On constate cependant que l’accès aux services financiers reste limité dans tous ces pays, ce qui fait penser qu’il existe encore un grand potentiel de croissance.

L’aide étrangère à destination de ces pays en forte croissance s’est également accrue, avec un nombre de subventions accordées bien plus élevé que pour d’autres pays d’Afrique subsaharienne à revenus faibles. L’aide a-t-elle permis une amélioration de l’économie ou est-ce plutôt l’inverse qui s’est produit ? Le sens de cette causalité est difficile à établir et il se peut que ces deux facteurs se soient mutuellement renforcés. Une meilleure gestion économique et des institutions plus fortes ont sans doute rendu ces pays plus attractifs pour les partenaires du développement. Dans un même temps, ces facteurs positifs ont probablement permis à ces pays de tirer un meilleur parti de l’aide et de la marge de manœuvre fiscale supplémentaire dont ils bénéficient, notamment en termes d’investissements publics.

 

Les défis futurs

Si l’avenir n’est pas exempt de défis, il comporte en égale mesure une part d’opportunités. En dépit des investissements publics et privés, l’écart en matière d’infrastructures reste important. Il sera difficile pour ces pays de maintenir leur taux de croissance en l’absence d’investissements dans le domaine des infrastructures de transports et, en particulier, de la fourniture énergétique. Par ailleurs, si l’exploitation des ressources naturelles n’a pas été le facteur dominant de la croissance de ces pays par le passé, elle pourrait jouer un rôle accru à l’avenir : on peut citer en exemple la découverte récente de gisements de gaz naturel au Mozambique et en Tanzanie. Pour les pays d’Afrique subsaharienne, la clé de la réussite sera sans doute de valoriser ces ressources au profit du plus grand nombre et d’éviter les écueils économiques classiques qui accompagnent la manne soudaine que représentent les ressources naturelles.

 

Ces thèmes seront au centre d’une conférence à haut niveau organisée par le gouvernement du Mozambique et le FMI  qui se tiendra les 29 et 30 mai 2014, à Maputo

 

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