La Chine affirme être en passe de juguler l’épidémie du Covid-19. S’il se confirme, ce tournant sur le plan sanitaire signerait la victoire du « modèle chinois » sur le virus alors que l’Occident est déjà submergé par les effets de la crise.

À Wuhan, le confinement généralisé et l’isolement strict des malades auraient permis d’endiguer l’épidémie. Ici en mars 2020, une équipe médicale se réconforte avant d’intervenir dans un service de soins intensifs à l'hôpital de la Croix-Rouge de Wuhan. (Photo by STR / AFP) / China OUT
À Wuhan, le confinement généralisé et l’isolement strict des malades auraient permis d’endiguer l’épidémie. Ici en mars 2020, une équipe médicale se réconforte avant d’intervenir dans un service de soins intensifs à l'hôpital de la Croix-Rouge de Wuhan. (Photo by STR / AFP) / China OUT

Mise à jour le 8 avril

Depuis le 19 mars, la Chine n’enregistre officiellement plus aucun nouveau cas de contamination d’origine locale à ce coronavirus. Conséquence : le confinement total imposé depuis fin janvier à Wuhan, ville épicentre du Covid-19, est en passe d’être levé. Alors que le reste du monde se claquemure peu à peu pour tenter de surmonter l’inexorable pandémie, la Chine apparaît comme le seul pays capable de faire face à cette crise sanitaire planétaire.

 

Un effort de guerre contre le Covid-19, relayé dans les médias officiels

La situation sur place reste certes très fragile et les autorités chinoises redoutent désormais une vague massive de cas importés de l’étranger. « Des mesures sans précédent ont été mises en œuvre avec succès pour contenir le virus et le système de santé est bien mieux préparé que pendant le SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère qui a causé, en 2003, la mort de près de 800 personnes, Ndlr] », assure Karen Eggleston, chargée de recherche à l’université américaine de Stanford, spécialiste des systèmes de santé en Asie.

Après avoir d’abord largement sous-estimé l’ampleur de la crise, Pékin a en effet déployé les grands moyens, mobilisant plusieurs milliers de médecins militaires, construisant plusieurs hôpitaux en un temps record et systématisant les dépistages sur l’ensemble du pays. Un effort de guerre largement valorisé par les médias d’État qui ont reçu l’ordre des autorités centrales de multiplier les « reportages positifs », comme le rappelait récemment sur iD4D le sinologue français Jean-Pierre Cabestan. Le très officiel China Daily vient, par ailleurs, de créer une rubrique en ligne à l’attention de la « communauté internationale » et dédiée « aux pratiques chinoises » pour combattre le Covid-19.

 

Confinement et isolement de masse face au Covid-19

Mais quel est l’impact réel de ce déploiement sanitaire sans précédent en Chine ? Le magazine pékinois Caixin, réputé pour son travail d’investigation, a tenté de mesurer dans une série d’articles les effets de ces « pratiques » sur le terrain. À l’issue de son enquête, il note : « Rétrospectivement, les régions qui ont pris des précautions dans les premiers jours de l’épidémie (Shanghai, Hongkong et la ville de Qianjiang dans la province du Hubei en particulier, Ndlr) sont celles qui ont pu contenir le virus à un coût nettement inférieur. »

À Wuhan même, le confinement généralisé et l’isolement strict des malades auraient permis d’endiguer l’épidémie, qui a fait officiellement 3 274 morts en Chine (dont une écrasante majorité à Wuhan). Le Monde rappelle qu’à partir du 9 février les habitants sur place n’ont eu « le droit de quitter leur domicile qu’une fois tous les quelques jours, puis plus du tout. Les comités de résidents [ont alors organisé] des distributions de vivres ».

Mise à jour : Plusieurs médias chinois mettent toutefois en doute le nombre officiel de victimes. Selon le même magazine Caixin, le nombre d’urnes funéraires données aux familles des défunts à Wuhan serait en effet nettement supérieure. Une information reprise le 30 mars par le quotidien hongkongais South China Morning Post.

 

 

Des chercheurs de l’université britannique de Southampton confortent cette analyse dans une étude sur les actions de prévention menées en Chine depuis le début de la crise. Le document, publié sur Medrxiv et évoqué par le site Futura Sciences, montre que les interventions « non pharmaceutiques » telles que la détection précoce, l’isolement des cas contaminés, les restrictions de déplacement et les cordons sanitaires imposés autour de chaque immeuble d’habitation ont permis de diminuer de 66 % les infections dans le pays. Pour autant, insiste Jean-Pierre Cabestan, interrogé par iD4D, « le pouvoir central aurait dû prendre ses responsabilités plus tôt et mettre en place ces mesures dès le mois de décembre. Ce qui aurait sans doute circonscrit l’épidémie ».

 

Un « retard coûteux » pour la santé mondiale

Un point que relève également Lawrence O. Gostin, professeur de droit de la santé à l’université de Georgetown à Washington. « La Chine a attendu des semaines avant de déclarer un nouveau coronavirus à l’Organisation mondiale de la santé », rappelle-t-il, déplorant ce « retard coûteux ». Dans un article publié dans le journal spécialisé Health Affairs, le chercheur américain qualifie le confinement de masse de mesure « draconienne » et « médiévale ». « La mission conjointe OMS-Chine n’a pas présenté de preuves claires quant à l’efficacité de cette mesure », pointe-t-il.

Sans surprise, à Pékin, l’économiste Ding Yifan, directeur adjoint de l’Institut sur le développement mondial, salue au contraire « une décision courageuse qui a permis de maîtriser l’épidémie. Le gouvernement et les autorités locales ont montré leur capacité à réagir en situation de crise majeure ». Pour cet économiste proche du régime, « la Chine est devenue un modèle » dans la lutte contre le Covid-19. Pour preuve : Pékin vient désormais au chevet de plusieurs pays gravement atteints, dont l’Italie, où des experts chinois ont été envoyés conseiller les autorités sanitaires locales. « Une aide qui contraste cruellement avec l’incapacité [de l’]Europe à porter assistance [à l’Italie] », s’étonnait le journaliste Pierre Haski, le 23 mars dernier, sur les ondes de France Inter. La France a, quant à elle, reçu de Pékin plus d’un million de masques…

Cette crise sanitaire rebat les cartes. « C’est un test global », insiste Karen Eggleston qui milite pour plus de transparence et d’anticipation politique au niveau international lors de crises sanitaires de cet ordre. Vu de Chine, ce test prend aussi des allures de guerre idéologique entre Pékin et Washington. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a ainsi laissé entendre récemment que le Covid-19 serait en réalité d’origine… américaine.

Pour tenter d’étayer son accusation, la Chine assure que des décès attribués à un épisode de grippe, à l’automne dernier aux États-Unis, pourraient avoir été causés par le Covid-19. « Un exercice de propagande grossier », regrette Jean-Pierre Cabestan. Mais qui illustre, selon lui, le « climat de guerre froide » qui s’installe entre les deux premières puissances économiques du globe. L’après Covid-19 a déjà commencé…

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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