Livrer des vaccins par drone dans les zones isolées, planifier leur approvisionnement grâce au mobile et au satellite… Le secteur privé propose des solutions innovantes pour étendre la couverture vaccinale dans les pays en développement.

©GAVIA Sad Zaidi
©GAVIA Sad Zaidi

Le secteur privé joue un rôle primordial dans le développement des pays les plus pauvres. Générateur d’innovations, d’emploi et de croissance, il est dans bien des cas un partenaire indispensable pour les organisations internationales, les ONG et les institutions publiques qui œuvrent sur le terrain. Dans le secteur de la santé par exemple, et plus particulièrement de la vaccination, le secteur privé est un acteur clé pour développer des solutions innovantes permettant d’atteindre les enfants exclus des vaccins essentiels pour des raisons géographiques ou sociales.

Car beaucoup de progrès restent à faire en matière de vaccination. La mortalité infantile a diminué de moitié depuis 1990, et les taux de vaccination atteignent aujourd’hui des chiffres records dans les pays à faible revenu – la couverture vaccinale s’établit dans ces pays, cibles prioritaires de Gavi, autour de 82 %. Mais malgré ces progrès, 1,5 million d’enfants de moins de cinq ans meurent toujours chaque année dans le monde de maladies comme la diphtérie, la coqueluche, les pneumonies à pneumocoque ou les diarrhées à rotavirus. Des maladies que l’on peut éviter par la vaccination. Rien que la rougeole, qui sévit actuellement en Europe, fait près de 135 000 morts chaque année dans le monde, principalement chez les moins de cinq ans.

Aujourd’hui, nous ne parvenons donc toujours pas à atteindre avec les vaccins de base le « cinquième enfant », celui qui demeure hors des circuits de santé. Les enfants non protégés par les vaccins voient leur avenir détruit par ces maladies, qui grèvent le budget familial et donc plus largement l’économie des pays concernés. Pour atteindre ces enfants, toutes les solutions sont donc bonnes, et c’est là que l’expertise, notamment technologique et digitale, du secteur privé est cruciale.

 

Livrer les vaccins par drones dans les zones difficiles d’accès

Pour arriver à atteindre ce « cinquième enfant » et optimiser, par exemple, la livraison de vaccins dans les endroits les plus reculés de certains pays, les drones peuvent être une solution. Alors que leur usage commercial fait encore débat dans les pays développés, le Rwanda, en partenariat avec l’entreprise américaine Zipline International et le soutien financier de l’entreprise de livraison UPS et de Gavi, a lancé l’année dernière un service d’acheminement d’urgence de matériel médical par drones. Des poches de sang pour répondre à des besoins de transfusions sont ainsi transportées de la capitale Kigali jusqu’aux zones les plus isolées nichées au cœur des montagnes rwandaises. Bientôt ce seront des vaccins contre la rage qui seront livrés, car ce vaccin doit être injecté rapidement en cas de morsure par un animal infecté. Cette technologie est pour l’instant utilisée dans les situations d’urgence, mais pourrait être bientôt testée à plus large échelle, notamment dans le cadre de l’objectif de vaccination systématique qui est poursuivi par le ministère de la Santé rwandais.


Autre exemple d’innovation en matière d’acheminement au Kenya, où un partenariat entre le groupe de logistique DHL et le ministère kenyan de la Santé a été mis en place pour améliorer la fourniture des vaccins dans le pays. L’expertise de la société DHL va permettre d’identifier et de faire disparaître les goulets d’étranglement qui perturbent la chaîne du froid durant l’acheminement des vaccins. En effet, un vaccin efficace est celui qui a été conservé, de la production à l’injection, à une température constante, souvent aux environs de 5 degrés. C’est l’un des défis les plus importants de la vaccination dans les pays en voie de développement. La connaissance de DHL en matière de livraisons express bénéficiera au système sanitaire kenyan et évitera que les efforts fournis pour garantir la disponibilité des vaccins ne soient anéantis sur les derniers kilomètres d’acheminement. Un partenariat qui sera étendu à d’autres pays soutenus par Gavi selon les résultats au cours des trois prochaines années.

 

Étendre la couverture vaccinale grâce au téléphone et au satellite

Gérer efficacement les stocks de vaccins et améliorer la chaîne du froid sont deux points critiques dans les programmes de vaccination pour lesquels l’expertise du privé est fondamentale. Avec 850 millions d’utilisateurs et un taux de pénétration de 74 % en Afrique, où se situe l’immense majorité des enfants qui échappent à la vaccination, le téléphone mobile est un outil clé pour agir sur ces deux points. En permettant, par exemple, aux parents de déclarer la naissance de leur enfant, ils donnent la possibilité aux responsables de la vaccination de mieux planifier leur calendrier d’approvisionnement et leur stock de vaccins. Des données envoyées en temps réel sont ainsi collectées et garantissent qu’il n’y ait pas de pénurie dans les centres de santé. Le téléphone facilite aussi la transmission d’information comme des données épidémiologiques ou des informations sur les causes de mortalité ou les taux de vaccination.

Au Pakistan, dans la province du Pendjab, plus de 3 700 personnels de santé en charge de la vaccination ont été équipés pendant plusieurs mois de téléphones appelés E-vacc. Ils ont ainsi pu collecter des informations sur l’âge des enfants, le type de vaccin utilisé ou le taux de couverture vaccinale. Cette technologie leur a également permis, grâce à un système d’imagerie satellite dont sont équipés les téléphones, d’identifier les zones exactes où résidaient les enfants non vaccinés et de diriger les campagnes de vaccination sur ses zones. Le programme de vaccination a ainsi pu atteindre 500 000 enfants supplémentaires en un an. Un succès imputable à la technologie mobile mais aussi aux entreprises privées qui l’ont mis à la disposition du gouvernement du Pendjab.

INFUSE : la plateforme au service des entreprises

Pour amener l’expertise et les technologies du secteur privé sur le terrain, il faut cependant les connaître et les financer. En 2016 a été lancé au Forum économique mondial de Davos l’initiative « Innovations en faveur de l’utilisation, de l’expansion et de l’équité de la vaccination (INFUSE) ». INFUSE est une plateforme qui met en réseau innovateurs et financeurs afin i/ d’identifier des solutions pour réduire les iniquités en matière d’accès aux vaccins ; ii/ de permettre aux innovateurs de développer ces solutions grâce à la mobilisation de financements privés additionnels.


Nexleaf Analytics, l’un des projets phares sélectionnés l’année dernière par INFUSE, a ainsi reçu de l’aide via la plateforme pour nouer un partenariat avec Google.org. L’innovation : un système d’alerte de température sans fil pour les réfrigérateurs à vaccins afin de garantir qu’ils n’ont pas été exposés à la chaleur et sont donc de qualité et efficaces. Google.org va contribuer à hauteur de 2 millions de dollars au projet (soutien technique et financier). Nexleaf et Google travaillent désormais de concert sur cette technologie qui pourrait avoir un effet majeur sur les taux de couverture vaccinale dans les pays les plus pauvres. Fort du succès de l’année 2016, INFUSE a lancé début 2017 son deuxième appel à candidatures pour recueillir des projets innovants capables d’améliorer les services de santé dans les pays en développement.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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