Assortis de conditionnalités écologiques, les plans de relance du secteur de la construction peuvent être l’outil idéal pour une reprise plus respectueuse de l’environnement.

Le secteur du bâtiment jouera, à n’en pas douter, un rôle essentiel dans la relance économique après la crise du Covid-19. Il a en effet le potentiel de créer rapidement un grand nombre d’emplois et implique d’importantes chaînes de valeur incluant des entreprises de tailles variées. En 2015, ce secteur représentait entre 11 et 13 % du PIB mondial. Il s’agit aussi d’un employeur de premier plan, regroupant 7 % des emplois dans le monde, soit 220 millions de personnes. À l’échelle planétaire, la construction et la rénovation des bâtiments pesaient quelque 4 500 milliards de dollars en 2018.

Le secteur du bâtiment offre aussi une occasion en or, et largement sous-exploitée à l’heure actuelle, de répondre à la crise climatique. La construction et l’utilisation des immeubles sont en effet responsables de 40 % des émissions de dioxyde de carbone liées à l’énergie, soit davantage que les transports ou l’industrie. Et cette tendance est à la hausse puisque la surface du bâti devrait doubler d’ici 2060 et que la demande énergétique grimpe rapidement.

 

Une construction verte facilement accessible

Les bâtiments génèrent des émissions durant leur construction mais aussi durant toute leur durée de vie, entre 30 et 80 ans. La construction moderne se fonde avant tout sur des conceptions standard gourmandes en matériaux et en énergie, ne tenant pas compte des considérations liées au climat. Une réalité qui coûte cher en termes de dépenses liées à l’énergie et qui entraîne des risques économiques et sanitaires importants pour les plus pauvres.

Pourtant, dans ce domaine, l’efficacité énergétique est un objectif facilement atteignable. L’amélioration de l’enveloppe des bâtiments et des équipements permet en effet de réaliser des économies d’énergie non négligeables.

Parmi ces améliorations figurent des solutions « basse technologie », comme des toits peints en couleurs claires ou la mise en place d’un ombrage externe, mais aussi le recours à des solutions numériques à tous les stades de construction et d’utilisation.

 

 

 

 

Une meilleure sécurité énergétique, la création d’emplois et des améliorations sur le plan de la santé font partie des bénéfices induits par cette démarche. Par ailleurs, du point de vue commercial, les bâtiments ainsi conçus sont moins onéreux et possèdent une valeur plus élevée. Malheureusement, l’industrie tarde à changer ses habitudes et à consentir à toute hausse d’investissement de base sans encouragements externes, qu’il s’agisse d’obligations légales ou d’incitations financières.

 

 

 

Répondre à la crise du Covid-19 en investissant dans la construction verte

La construction est un levier idéal pour stimuler l’économie tout en inscrivant l’ensemble du secteur dans une perspective plus durable. Contre un investissement de départ légèrement plus élevé, les bâtiments verts garantissent des économies financières et d’émissions de GES très importantes sur le long terme. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime ainsi que la construction de bâtiments durables permettrait d’économiser 1 100 milliards de dollars d’ici 2050.

La crise mondiale actuelle est une occasion unique d’investir dans la transition vers une construction verte. Si les paquets de relance en préparation devaient miser sur le statu quo, nous ne ferions que répéter, voire aggraver nos erreurs passées. Nous devons donc de toute urgence orienter la transition vers une construction verte et même des bâtiments zéro carbone.

 

 

La construction verte, ça marche !

Les politiques de relance visant le secteur du bâtiment sont souvent celles qui ont le plus d’impact au niveau macroéconomique. Les programmes de construction verte ont fait leurs preuves en termes de stimulation économique et de création d’emplois, comme lors de la crise économique de 2008.

Le Programme pour l’efficacité énergétique des bâtiments (PEEB), associé à l’Alliance mondiale pour les bâtiments et la construction (GlobalABC) et à son aile dédiée aux finances, a collecté des exemples de bonnes pratiques pouvant servir de modèle pour les programmes de relance verts.

Ces programmes peuvent s’appuyer sur une large série d’instruments, comme des hypothèques vertes pour les familles, des crédits-relais pour les promoteurs, des subventions et prêts concessionnels pour les propriétaires, les promoteurs ou les associations d’accès au logement.

 

Pérou, Kenya, Estonie : des exemples concrets

Au Pérou, le Fondo MiVivienda se sert d’hypothèques écologiques pour inciter les foyers urbains à faibles ou moyens revenus à se loger de manière durable. Le programme prévoit également des économies d’eau, d’électricité, intègre les questions d’éducation et inclut un projet de gestion des déchets solides durant la phase de construction. En cinq ans, ce programme a suscité quelque 8 000 emplois et permis de réaliser une économie de 3 144 tonnes d’émissions de CO2 par an.

Les programmes peuvent aussi recourir à des incitations financières sans engager de fonds supplémentaires, via l’allocation de terrains vacants, par exemple. Ainsi le gouvernement kényan propose aux promoteurs qui ont remporté des appels d’offres des terrains gratuits pour construire des logements abordables et écocertifiés.

L’Estonie a, quant à elle, misé sur un plan mêlant subventions et prêts pour financer la rénovation énergétique de fond en comble des immeubles d’appartements construits avant 1993. Le montant de ces subventions est indexé sur la performance énergétique : moins le bâtiment consomme, plus la subvention est élevée. La première phase du programme a engendré un effet de levier de 3,8 pour les prêts (soit 36 millions d’euros ayant généré un investissement final de 135 millions d’euros). Pour chaque million dépensé, 17 emplois sont créés : dix sur le chantier, un dans la consultance et six dans la production.

De nouvelles initiatives continuent de voir le jour. Le programme franco-allemand PEEB travaille actuellement sur des projets similaires portant sur l’efficacité énergétique des bâtiments au Maroc et au Viêt Nam.

 

 

Des conditionnalités vertes pour les plans de relance

Les plans de relance pour l’industrie du bâtiment doivent être conditionnels. Ils s’appuient sur des principes simples  :

  • la récompense de la performance : les performances en termes d’efficacité énergétique et de durabilité devraient être récompensées par des incitations financières plus importantes ;
  • la certification et la labellisation des bâtiments, établies en fonction de spécificités énergétiques et environnementales, doivent servir de base pour le soutien financier ;
  • le traitement préférentiel : par exemple, en incluant des critères écologiques pour les marchés publics ou en accélérant le délai de traitement des permis de construire pour les bâtiments à haute efficacité énergétique ;
  • l’accélération des politiques climatiques nationales : les plans de relance économique à court terme doivent être axés sur les objectifs des pays en matière de climat et de développement durable.

 

Grâce à des critères intelligents et efficaces destinés à édifier des bâtiments verts, les plans de relance à court terme peuvent devenir un instrument à double effet : pour la reprise économique et pour la durabilité écologique. Conformément aux objectifs de la GlobalABC en faveur d’un secteur de la construction « zéro émission », efficace et résilient.

 

Une version raccourcie de cet article a été publiée en avril 2020 sur le Knowledge Hub d’IISD.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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