1,8 million de personnes contractent le virus du sida chaque année. À la veille du festival Solidays qui se déroulera du 21 au 23 juin 2019 à Paris, Friederike Röder plaide pour l’augmentation des moyens financiers dédiés par les États à la lutte.

Des progrès considérables ont été faits dans la lutte contre les pandémies, particulièrement le VIH et le paludisme. Quel rôle joue le plaidoyer des ONG dans cette lutte ?

Le plaidoyer des ONG du Sud et du Nord joue trois rôles majeurs : sensibilisation, pression et collaboration. Les ONG sont tout d’abord là pour sensibiliser les médias et les décideurs aux effets dévastateurs de ces pandémies et aux conditions particulières des pays où elles sévissent le plus. Le VIH/sida ravage notamment le continent africain, où l’accès aux traitements est encore très difficile.

Il a fallu également faire pression sur les décideurs au niveau international afin qu’ils créent des instruments efficaces comme le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ‒ une décision du G7 en 2001 ‒ et octroient les financements nécessaires. Depuis, des progrès fulgurants ont été réalisés. Entre 2000 et 2015, les décès liés au sida ont diminué de 33 %, ceux liés à la tuberculose de 32 % et ceux liés au paludisme de 50 %. Peu de politiques publiques ont obtenu de tels progrès. Il faut le faire savoir : des solutions existent pour que la communauté internationale éradique ces pandémies.

La collaboration constitue le troisième volet de notre action de plaidoyer. Il s’agit de travailler notamment avec le secteur pharmaceutique, le marché privé et les gouvernements concernés pour les inciter à développer, acheter et déployer certains vaccins adaptés aux besoins des pays en développement.

 

Par quels autres moyens les ONG se mobilisent-elles dans cette lutte ? Qu’en est-il des acteurs locaux ?

Ces plaidoyers n’ont de sens qu’accompagnés de campagnes de santé mondiale mises en place par les ONG de terrain. Sans ce travail sur le terrain, dans des zones parfois très reculées, les ONG n’auraient jamais pu mettre un nombre aussi important de patients sous traitement. Le relais entre les ONG plaidoyer et les ONG de terrain est donc primordial. Au début des années 2000, seules quelques milliers de personnes étaient sous traitement antirétroviral. Aujourd’hui, 21 millions de patients en bénéficient, c’est un énorme progrès.

 

 

Plus globalement, comment faire émerger des thématiques comme la lutte contre la pauvreté ou la lutte contre les pandémies, dans un agenda international extrêmement chargé ?

C’est très difficile. Il est donc très important de travailler avec les médias pour les sensibiliser au fait que, dans le monde entier, le sida fait encore des ravages. L’objectif est de concrétiser les promesses financières formulées lors de sommets comme le G7 en demandant des comptes aux décideurs. L’argent débloqué doit arriver sur le terrain pour avoir les effets escomptés. Le sommet du G7 qui se déroulera à Biarritz en août 2019, présidé par la France, permettra justement de remettre cette problématique au cœur de l’agenda. La France accueillera également la 6e conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial à Lyon en octobre. À cette occasion, les ONG espèrent que les États vont mobiliser 14 milliards de dollars. Le secteur privé et non gouvernemental doit aussi rester mobilisé. L’Objectif de développement durable 3 (Santé et bien-être pour tous) est ambitieux mais pas impossible. Les ONG de plaidoyer doivent encourager les décideurs à voir grand, car l’horizon, c’est 2030.

 

L’égalité femmes-hommes est-elle un levier d’action pour agir contre les pandémies et la pauvreté ?

Cette dimension est très importante mais elle passe souvent inaperçue. Aujourd’hui en Afrique, trois quarts des adolescent·e·s qui sont infectés par le VIH sont des jeunes filles. N’ayant pas les mêmes accès à l’éducation, aux services sanitaires, aux opportunités économiques, et souvent mariées de force… elles se retrouvent en première ligne des pandémies. Dans le même temps, elles sont les actrices du changement. Dans une société où ce sont les filles et les femmes qui s’occupent des enfants, des parents et globalement de la famille, les cibler a un effet multiplicateur dans l’aide et l’éradication des maladies. Il faudrait que 85 % des aides contribuent à l’égalité femmes-hommes. Nous appelons à ce que 20 % de l’aide publique au développement international soient dédiés spécifiquement aux filles et aux femmes. Ces objectifs sont fixés par la société civile européenne, mais l’Union européenne elle-même s’est déjà fixé les mêmes objectifs par le passé, concernant les nouveaux projets mis en oeuvre avant 2020.

 

 

Quelles sont, selon vous, les grandes priorités des ONG en matière de plaidoyer pour les prochaines années ?

Nous demandons que les États des pays développés et l’Union européenne allouent réellement 0,7 % de leur budget à l’aide publique au développement. Ils s’y engagent depuis des années mais sont encore trop peu à le faire. Cela permettrait d’adopter une approche globale (sanitaire, éducative, sociétale…) pour éradiquer la pauvreté et les pandémies et atteindre les Objectifs de développement durable.

 

Comment vous mobilisez-vous sur la question ?

La pression citoyenne reste un levier très important pour montrer aux décideurs que leurs citoyens sont aussi mobilisés sur des questions internationales comme le développement. Nous incitons les citoyens, électeurs de nos décideurs, à être actifs en allant voir leurs députés, les responsables de la presse locale, en achetant responsable, en organisant des événements… C’est l’un des messages forts de notre plaidoyer : tout le monde à son niveau peut agir et chaque action a des conséquences qui comptent, même en matière de santé.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda