Dans le monde du développement, pour promouvoir l’autonomisation des femmes on ne considère pas forcément le secteur privé comme un partenaire. On croit que les actions des entreprises dans ce domaine ne sont que des mesures de façade ou des maigres efforts qui se bornent à imposer des quotas au sein des conseils d’administration. Or, ces suppositions reflètent de moins en moins la réalité. Les entreprises multinationales s’intéressent de plus en plus à cet enjeu essentiel : le moment est donc venu pour les bailleurs de fonds et les autres acteurs de se rapprocher du secteur privé afin de renforcer leur impact dans le domaine de l’autonomisation des femmes.

© BSR/HERproject
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Quel est le « business case » pour l’autonomisation des femmes ?

L’intérêt pour les entreprises est très clair. Les femmes participent à tous les aspects du monde économique, que ce soit en tant que consommatrices, employées, partenaires, associées ou encore en tant que citoyennes. Pour les entreprises internationales, l’investissement en faveur des femmes apporte plusieurs avantages : la réduction des risques dont celle de la réputation, la stabilité de la chaîne logistique, la performance financière et l’innovation. L’autonomisation des femmes ne peut donc pas être considérée comme un sujet de niche qui ne concernerait que les dirigeants ou les équipes dédiées au développement durable.

Comme le montrent les deux exemples suivants, aujourd’hui les multinationales prennent des mesures pour favoriser l’autonomisation des femmes.

L’entreprise ANN INC. a renforcé sa stratégie d’engagement en matière d’autonomisation des femmes par le biais d’un programme portant sur ses chaines d’approvisionnement, le « 100 000 Women Commitment ». L’entreprise a ainsi signé les Principes d’autonomisation des femmes de l’ONU ; accru sa participation à l’initiative au HERproject de BSR pour la mise en œuvre de programmes de santé et d’inclusion financière ; et intégré la dimension de genre dans un code de conduite pour ses fournisseurs. À l’horizon 2018, ANN INC. proposera une éducation ou formation à 100 000 femmes travaillant au sein de sa chaîne d’approvisionnement. L’entreprise a également modifié le code de conduite pour ses fournisseurs afin d’assurer qu’une même vision d’autonomisation des femmes soit partagé par l’entreprise et ses fournisseurs. Les initiatives prises par ANN INC. pour englober ainsi ses fournisseurs et leurs méthodes de travail constituent une approche holistique et intégrée qui touche toute l’entreprise.

La banque Standard Chartered a, pour sa part, constaté que les femmes représentent un groupe de consommateurs important, aux besoins spécifiques, mais que ces besoins sont souvent délaissés par le secteur financier. Les entreprises jouent un rôle en fournissant des biens et des services qui permettent aux femmes d’améliorer leur niveau de vie, d’accroître leur mobilité et de développer leur potentiel. Lors des phases de conception et de développement de leurs produits et services, les entreprises devraient prendre en considération les besoins et les risques spécifiques de la clientèle féminine. C’est ce que Standard Chartered a fait en créant le compte Diva Club, qui est conçu spécifiquement pour les consommatrices en Afrique. Ce compte possède des caractéristiques uniques : il simplifie les services bancaires en proposant également des avantages liés au style de vie et répondant aux attentes des femmes pour la constitution des réseaux et les cercles d’épargne. Cette prise en compte des attentes des femmes permet à Standard Chartered de se différencier de sa concurrence et de se rapprocher de sa clientèle féminine.

 

Les partenariats stratégiques sont la voie à suivre

Les initiatives précédentes ont prouvé que le secteur privé peut avoir un impact sur l’autonomisation des femmes. Les entreprises peuvent représenter un puissant moteur du changement : en nouant des partenariats stratégiques pour faire progresser l’autonomisation des femmes, ces entreprises peuvent améliorer et amplifier les actions des bailleurs de fonds et des ONG. Chaque partie prenante peut jouer un rôle.

Les bailleurs devraient activement rechercher des opportunités de lier les objectifs du développement aux activités des entreprises. La mondialisation étend l’implantation des sociétés sur les marchés émergents : il est donc impératif que les acteurs du développement travaillent avec les multinationales pour s’assurer que le développement économique s’accompagne effectivement d’un accroissement de la prospérité des individus, de l’égalité des sexes et d’un partage des opportunités.

Les bailleurs qui souhaitent travailler avec le secteur privé sur l’autonomisation des femmes peuvent identifier les points d’entrée les plus pertinents en se focalisant sur les priorités essentielles des entreprises. Les bailleurs et les entreprises peuvent se concentrer sur trois dimensions : l’emploi et la qualité de l’emploi ; l’accès aux biens et aux services ; la participation et l’engagement financier auprès des communautés. Ces trois aspects constituent les leviers sur lesquels les entreprises peuvent agir pour favoriser une économie inclusive. Par exemple, mettre en application l’autonomisation des femmes dans le domaine de l’emploi et de la qualité de l’emploi peut se concrétiser par la mise en place de programmes de renforcement des capacités visant à favoriser la progression de carrière des femmes. L’innovation – alliant l’expertise technique des entreprises et l’accès aux réseaux et aux communautés dont disposent les bailleurs – permet de concevoir des produits qui répondent aux attentes des femmes dans les économies en développement. Pour mettre en place des collaborations productives avec le secteur privé, il est crucial de bien saisir quels sont les domaines d’expertise des entreprises et quelles sont leurs priorités fondamentales.

Les ONG locales qui souhaitent travailler avec les multinationales et leurs fournisseurs doivent adapter leurs approches aux interventions en fonction du contexte du secteur privé. Les ONG habituées à mettre en œuvre des programmes d’autonomisation des femmes au sein des communautés peuvent adapter leur méthodologie et mettre en œuvre des programmes de qualité en entreprise. Les lieux de travail constituent un nouveau point de contact, souvent peu utilisé, pour intervenir auprès des femmes.

Les ONG qui souhaitent nouer des partenariats avec les entreprises peuvent définir des stratégies adaptées au contexte pour obtenir l’adhésion des sociétés. Les nouveaux programmes doivent également tenir compte des attentes spécifiques des femmes qui travaillent, tels que le progrès social et économique, la participation aux décisions ou d’autres objectifs. Les ONG doivent également se préoccuper de l’impact de leurs interventions sur les opérations de l’entreprise, par exemple la perte d’heures de production pendant la participation au programme. Enfin, les ONG devraient se doter d’un business case mettant en évidence les liens entre les objectifs du développement et les avantages potentiels pour l’entreprise. En tenant un discours que les entreprises comprennent aisément, on facilite l’appropriation des projets par celles-ci.

Les multinationales doivent d’abord contribuer à l’autonomisation des femmes en faisant une grande priorité, et ensuite soutenir les femmes en entreprise et nouer des partenariats avec d’autres parties prenantes. Pour élaborer les priorités en matière d’autonomisation des femmes, il faut suivre une approche stratégique qui prenne en compte les initiatives existantes et les priorités de l’entreprise. Nouer des partenariats avec des bailleurs ou des ONG permet de bénéficier du savoir-faire de ces parties prenantes ce qui peut amplifier les impacts en matière d’autonomisation.

L’initiative , menée conjointement par l’ONU Femmes et le Pacte Mondial de l’ONU, constitue un bon point d’entrée. L’initiative Principes d’autonomisation des femmes propose des outils et des ressources pour les entreprises qui cherchent à définir leur stratégie dans ce domaine. Pour une entreprise, la signature des Principes est une façon d’affirmer son engagement dans le domaine de l’égalité des sexes. C’est aussi un moyen d’accéder à la communauté des entreprises et des parties prenantes engagées dans l’autonomisation des femmes, de partager les bonnes pratiques et d’évoquer les défis et les réussites.

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