L’agriculture est redevenue une priorité pour l’Afrique subsaharienne et les pays africains reconnaissent son rôle clé pour renforcer la sécurité alimentaire et soutenir la croissance de leurs économies. Mais l’Afrique, trop dépendante des importations et des cours des marchés internationaux, a besoin de transformer le secteur en profondeur – une nécessité incontournable depuis la crise des prix alimentaires de 2008. Comment relever efficacement ce défi ?

Benjamin Neumann
Benjamin Neumann

Des progrès qui attirent le secteur privé

Ce sont plus de 60 % du total des terres arables inexploitées dans le monde se trouveraient sur le continent ; de plus, le marché africain, porté par l’urbanisation et l’émergence d’une classe moyenne, devrait représenter près d’un milliard et demi de consommateurs en 2050. Les améliorations apportées au cadre règlementaire, les efforts pour stimuler la production agricole et la mutation du système de distribution rendent enfin le secteur plus attractif.

Une avancée significative en matière d’intégration régionale et de construction d’une réglementation commerciale – combinée à des mesures de soutien à la production – permettrait de contribuer au développement du commerce intra-africain.

Des rendements agricoles toujours insuffisants

En effet, et malgré ces avancées, la production et les rendements agricoles africains restent largement inférieurs aux normes. L’enclavement, les fractures énergétiques, l’accès limité aux intrants, les faiblesses de l’administration du foncier, les inefficacités des marchés pénalisent son développement. Par ailleurs, l’agriculture a peu d’effet d’entrainement sur les industries de l’amont (engrais, machines) ou de l’aval (transformation). Près de 65 % de la valeur du secteur reste donc produite au niveau de la ferme, contre 10 % dans les pays industrialisés. Les acteurs de l’agro-industrie se heurtent de plus aux prix élevés des denrées de base, aux carences du système d’approvisionnement et à des règlementations parfois inadaptées. La faiblesse des infrastructures et les difficultés d’accès à des informations de marché transparentes s’ajoutent enfin au manque de capitaux et constituent d’importantes barrières à l’entrée.

Des pistes pour une agriculture africaine performante

Pour tirer parti de son potentiel agricole, améliorer la compétitivité et l’attractivité du secteur, l’Afrique a besoin de développer ses infrastructures de transport, de stockage et de communication. Elle doit aussi donner davantage de moyens à la recherche agricole et à la recherche agro-industrielle – souvent négligée. Elle doit, par ailleurs, veiller au développement d’une offre de services agricoles de qualité. Un meilleur accès aux intrants, à la formation professionnelle et au conseil technique peut sensiblement améliorer la productivité du secteur.

Riz-Lavage-Tamale
Le lavage du riz à Tamalé, Ghana

L’agriculture contractuelle est une autre piste prometteuse : les contrats de livraison entre agriculteurs et entreprises permettent notamment de mieux gérer la qualité et les flux des produits. L’offre financière apportée aux exploitants et aux agro-industriels doit être renforcée et diversifiée. L’utilisation croissante de produits relevant du leasing, du warrantage et des assurances doit permettre de mieux gérer les risques et de protéger le secteur. Enfin, une avancée significative en matière d’intégration régionale et de construction d’une réglementation commerciale – combinée à des mesures de soutien à la production – permettrait de contribuer au développement du commerce intra-africain.

Seule une approche intégrée – combinant action publique et investissement privé – permettra de confirmer les perspectives positives de l’agriculture africaine. Des politiques agricoles concertées doivent favoriser la mobilisation des acteurs privés au service de la sécurité alimentaire ; il est temps de réinventer un partenariat public-privé efficace et équitable. Une vision que le G20, sous présidence française, a défendue auprès de la communauté internationale en 2011. Une condition pour que l’Afrique puisse bénéficier de son potentiel agricole en termes de croissance, d’emplois et de développement durable. Dans ce contexte, le rôle des institutions financières internationales est fondamental ; elles peuvent encourager l’investissement privé à tous les stades des filières agro-industrielles et promouvoir le développement d’une agriculture durable.

NDRL: Cette tribune émane du numéro 13 de la revue Secteur Privé et Développement, réalisée par Proparco.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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