Le rapport du GIEC insiste sur la gestion des terres comme levier d’adaptation au changement climatique. Pour Ulrich Diasso et Arame Tall, une meilleure utilisation des services d’information sur le climat permettrait d’actionner ce levier.

Les services climatologiques fournissent des données fiables et susceptibles d’améliorer à terme la sécurité alimentaire et la résilience climatique. © IRD / IRA / Christian Lamontagne
Les services climatologiques fournissent des données fiables et susceptibles d’améliorer à terme la sécurité alimentaire et la résilience climatique. © IRD / IRA / Christian Lamontagne

Le récent rapport spécial du GIEC, Climate Change and Land, insiste sur la nécessité de développer des politiques et des pratiques de gestion des terres plus intelligentes pour faire face aux chocs climatiques extrêmes, à la variabilité du climat et aux changements climatiques à plus long terme. Selon ce rapport, l’agriculture industrielle et l’industrie agroalimentaire constituent des moteurs du changement climatique, quasiment au même titre que les combustibles fossiles, et environ 23 % des gaz à effet de serre dans le monde proviennent de l’agriculture et d’autres utilisations des terres. Face à cette dure réalité, il est essentiel de revoir la façon dont le monde produit des aliments et de planifier efficacement pour anticiper des crises alimentaires imminentes, notamment grâce aux services d’information sur le climat.

Le développement agricole constitue un moyen essentiel de mettre fin à l’extrême pauvreté, de favoriser une prospérité partagée et de nourrir une population estimée à 9,7 milliards de personnes d’ici 2050. Le développement d’une politique agricole intelligente face au climat joue un rôle crucial dans la création d’une économie alimentaire florissante et résiliente.

 

Le climat, un moteur important de la production alimentaire

Selon les prévisions, les chocs climatiques les plus critiques pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, dont les sécheresses, les inondations et l’élévation du niveau de la mer, seront encore plus sévères et fréquents à l’avenir. Les déficits continus en pluviométrie sont la cause de graves pénuries d’eau, de faibles rendements, de l’insécurité alimentaire et de la décimation du bétail et de la faune. Les sécheresses impactent la croissance économique, aggravent la pauvreté et intensifient les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Dans les zones les plus vulnérables, à la variabilité climatique croissante, telles que l’Asie du Sud et l’Afrique, le manque actuel de mesures d’adaptation, associé à des informations insuffisantes sur le climat et à l’absence de systèmes d’alerte précoce, pourrait exacerber la vulnérabilité aux événements extrêmes et à l’insécurité alimentaire.

 

 

Les épisodes de sécheresse et les décalages du début ou de la fin de la saison des pluies continuent d’être des facteurs essentiels de la famine, depuis le Sahel jusqu’au couloir sec de l’Amérique centrale, qui se traduisent par des millions de dollars en aide alimentaire d’urgence chaque année. L’agriculture étant fortement influencée par la distribution spatiale et temporelle des précipitations enregistrées chaque année, tout manque d’informations sur le début ou la fin de la saison des pluies peut entraîner des pertes de récoltes et la famine. Aujourd’hui, dans chaque pays, les services météorologiques et hydrologiques nationaux publient des prévisions saisonnières régulières sur le début et la fin des pluies. La question demeure, cependant : pourquoi ne pas nous en servir pour éclairer la planification agricole saisonnière ? Bien utilisés, des services d’informations climatologiques efficaces et de qualité peuvent permettre une meilleure planification agricole, notamment des dates et des lieux de semis et des types de cultures à choisir. Si les données agroclimatiques sont accessibles, précises et disponibles en temps opportun, elles peuvent renforcer la sécurité alimentaire tout en mettant en œuvre les évolutions de la gestion des terres suggérées dans le rapport spécial du GIEC.

 

Des services d’information sur le climat pour la planification de la sécurité alimentaire

Pour satisfaire la demande croissante de produits alimentaires, réduire les émissions et atteindre les Objectifs de développement durable, nous devons améliorer les pratiques agricoles et favoriser les systèmes à faibles émissions de carbone. Des efforts plus efficaces en matière de gestion des terres et d’atténuation des émissions, tels que le boisement et d’autres solutions à court terme proposées par le rapport spécial du GIEC, doivent donc faire une large place à l’exploitation des services d’informations climatologiques. Combinés à une gestion durable des terres et à des pratiques agricoles respectueuses du climat, les services climatologiques peuvent aider les décideurs à prendre de meilleures décisions qui renforcent la résilience des systèmes agricoles nationaux et des chaînes de valeur mondiales.

 

 

Il est également essentiel que les décideurs, notamment les entrepreneurs agroalimentaires locaux, les planificateurs des ministères de l’Agriculture, les opérateurs du secteur privé et les grandes entreprises mondiales de la chaîne de valeur, exploitent les avancées de la climatologie pour prévoir systématiquement les conditions climatiques attendues. Si les compétences en matière de prévision se sont améliorées, les cycles de prise de décision n’ont pas suivi pour assurer une planification de la sécurité alimentaire tenant compte du climat.

 

Les défis actuels et les lacunes au niveau des services d’information sur le climat

Malgré les promesses des services climatologiques, il reste de nombreux défis à relever pour les fournir de manière adaptée, précise et en temps voulu. Entre autres, ils concernent la faible capacité des fournisseurs de services climatologiques, des données météorologiques primaires insuffisantes et inexactes et l’incapacité des services météorologiques et hydrométéorologiques nationaux à utiliser et entretenir le matériel d’observation climatique. Il y a également un énorme déficit de connaissances sur la manière d’utiliser les prévisions climatiques et météorologiques pour orienter les décisions en matière de planification de la sécurité alimentaire, ainsi qu’une prise de conscience insuffisante des gouvernements sur la nécessité de soutenir les institutions climatologiques, ce qui a conduit à de faibles allocations budgétaires. Prises ensemble, ces difficultés creusent le fossé entre la disponibilité des services climatologiques et leur exploitabilité en vue de la prise de décision face aux chocs climatiques croissants.

Répondre à ces défis et à ces lacunes nécessite de nouveaux mécanismes de financement, un renforcement des capacités individuelles et institutionnelles, un transfert de connaissances accéléré, un développement technologique amélioré et la mise en œuvre de systèmes d’alerte précoce.

 

 

Vers une solution d’approvisionnement durable grâce aux services d’information sur le climat

Ce travail ne sera pas facile. L’utilisation efficace des informations climatologiques et des services d’alerte précoce pour orienter la planification de la sécurité alimentaire est confrontée à de nombreux obstacles. En premier lieu, nous devons concevoir des moyens peu coûteux de produire et de fournir de nouvelles technologies pour les services climatologiques. Des améliorations de la prestation de services et de la conception conjointe avec les planificateurs de la sécurité alimentaire, aux niveaux local et mondial, seront également essentielles pour assurer des services adaptés aux besoins en matière de prise de décision. La réalisation de ces objectifs laisse présager la concrétisation du double impératif consistant à nourrir 10 milliards de personnes tout en préservant le fragile équilibre du système climatique de notre planète.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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