Premières victimes du dérèglement climatique, les femmes ont souvent des solutions innovantes. Bien qu’elles soient actrices de la protection de l’environnement, les programmes de lutte contre le changement climatique ne s’y intéressent pas.

photo credits : Solidarité, AVSF, GERES, et Fondation RAJA-Danièle Marcovici (projet d’Habitat Cité)
photo credits : Solidarité, AVSF, GERES, et Fondation RAJA-Danièle Marcovici (projet d’Habitat Cité)

Les femmes, de loin les premières victimes des dérèglements climatiques

Partout dans le monde, les femmes sont confrontées à la pauvreté et à des discriminations qui les rendent plus vulnérables face aux dérèglements climatiques et environnementaux.

Ceci est particulièrement prégnant dans les pays en développement, en raison du rôle qui leur est traditionnellement dévolu au sein des foyers. Ce sont en effet elles qui assurent les 2/3 des tâches domestiques, comme la  collecte de l’eau ou du bois. Elles sont en contact constant avec l’environnement, et sont directement touchées par la raréfaction des ressources naturelles, qui augmente leur charge de travail.

Aussi, ce sont les femmes qui assurent la très grande majorité de la production alimentaire dans les pays en développement. Ces activités agricoles sont touchées de plein fouet par le dérèglement du climat. Or, les femmes n’ont pas accès aux ressources économiques et productives qui leur permettraient de rebondir et diversifier leurs activités face aux aléas climatiques. Si on ne leur permet pas d’obtenir les formations, les financements ou les technologies nécessaires, alors elles ne pourront pas s’adapter aux nouvelles contraintes. Toutes ces discriminations rendent les femmes encore plus vulnérables aux effets du changement climatique.

Enfin, les femmes sont davantage exposées aux catastrophes naturelles dues au dérèglement climatique. Y échapper peut être en effet un véritable défi quand on ne peut sortir de chez soi sans autorisation,  qu’on ne sait pas nager ou qu’on n’est pas informé par les systèmes d’alerte et de prévention. Les femmes auraient 14 fois plus de risques que les hommes de mourir lors de ce type d’évènements climatiques.

 

 

Les femmes, des actrices incontournables face aux enjeux environnementaux

Confrontées de près et quotidiennement aux effets néfastes du dérèglement du climat, les femmes ont développé des solutions innovantes et mobilisent leurs connaissances et leurs savoir-faire traditionnels spécifiques au service de la protection de l’environnement.  Elles apportent ainsi des solutions alternatives concrètes et efficaces pour diminuer les émissions des gaz à effets de serre et pour s’adapter face aux évolutions du climat. C’est le constat tiré des nombreux projets soutenus par la Fondation RAJA-Danièle Marcovici aux quatre coins du monde.

Quelques exemples : au Togo, elles mettent en œuvre des techniques d’agriculture durable qui restaurent la fertilité des terres face à la désertification, et limitent la quantité d’eau utilisée pour les cultures ; au Myanmar, elles fabriquent des foyers de cuissons améliorés qui permettent de limiter la consommation de bois et de charbon, et donc la déforestation ; enfin, en Géorgie, elles se mobilisent pour favoriser la transition énergétique en fabricant et en commercialisant des solutions d’énergies innovantes plus efficientes (fours à performance améliorée, isolation…) ou renouvelables (chauffe-eau ou séchoirs solaires…).

Pourtant, ce rôle essentiel des femmes n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur.  Les femmes sont encore largement tenues à l’écart des décisions prises au sujet de l’environnement, que ce soit au niveau international ou au niveau local ! Un fait que la COP21 a d’ailleurs confirmé : seulement une dizaine de femmes étaient présentes, parmi les 150 chefs et cheffes d’État et hauts responsables.

 

 

Soutenir l’autonomisation des femmes

C’est en permettant aux femmes d’agir de façon autonome dans leur vie personnelle, économique et citoyenne qu’elles seront en mesure de faire face aux dérèglements climatiques. Tout en réduisant les risques de précarité, favoriser l’accès des femmes à l’éducation et aux formations, aux ressources ou encore aux espaces de décisions, améliorera leurs capacités d’adaptation et de résilience face aux aléas environnementaux et climatiques. Soutenir l’émancipation des femmes, c’est leur donner vraiment les moyens de mettre en place des mesures efficaces en faveur de la préservation de l’environnement et du développement durable. Reconnaître l’importance de leur contribution vis-à-vis des enjeux environnementaux, c’est aussi leur permettre de promouvoir et diffuser ces solutions autour d’elles, dans leurs communautés, et ainsi d’en faire profiter toute la société.

L’autonomisation des femmes constitue donc un élément clé du combat contre le réchauffement climatique. Elle doit être placée au cœur des programmes et des politiques environnementales. Sans aucun doute, une meilleure prise en compte des femmes renforcera l’efficacité de ces programmes, au bénéfice de toutes et tous.

Il est donc essentiel que les acteurs du développement durable adoptent une double approche qui articule les enjeux environnementaux avec ceux de l’égalité entre les femmes et les hommes. Comment faire ?

 

 

Des clés pour mettre en place une approche genre dans les projets environnementaux

D’abord, en reconnaissant et en valorisant les contributions et les savoir-faire environnementaux des femmes, pour faciliter le développement et la diffusion des solutions qu’elles mettent en œuvre. En Inde, les femmes sont devenues les gardiennes des semences avec le soutien de l’association Solidarité qui valorise leurs connaissances spécifiques. Elles préservent ainsi la biodiversité locale tout en renforçant la résilience de leurs communautés face au changement climatique.

Ensuite, en encourageant la participation des femmes à tous les espaces de décision citoyens et environnementaux, afin de mieux prendre en compte leurs besoins et d’améliorer ainsi l’efficacité des politiques et des programmes. Par exemple, le réseau Enda forme les femmes sénégalaises au leadership et à la prise de parole afin qu’elles intègrent les espaces de décisions, notamment  les comités de gestion forestière.

En donnant aux femmes un accès égal aux droits, et en particulier au droit à l’éducation, à l’information et à la santé sexuelle et reproductive, afin d’améliorer leur capacité de décision et d’autonomie et leur résilience face aux conséquences climatiques. Au Bengladesh, alors que les femmes sont privées des informations météorologiques, Care France a mis en place des réunions de sensibilisation pour leur apprendre à accéder à ces informations et ainsi à anticiper les inondations de plus en plus fréquentes.

En aidant les femmes à accéder aux ressources économiques et productives, telles que la terre, la formation, les technologies, les crédits, car elles leur permettent de s’adapter et de faire face à la dégradation de l’environnement. Ainsi, au Nicaragua, Habitat Cité forme les femmes à la construction en terre crue. Ce sont ensuite elles qui construisent de leurs mains maisons et fours écologiques.

Enfin, en favorisant la division du travail et le partage égal des tâches entre les femmes et les hommes, pour réduire la surcharge de travail qui pèse sur les femmes, encore renforcée par les effets du changement climatique. Au Sénégal par exemple, Enda Graf a réalisé un diagnostic avec les populations afin de quantifier les temps de travail des femmes et des hommes. Cela a permis une prise de conscience collective de la surcharge de travail des femmes, et a donné suite à  l’organisation de réunions mixtes pour favoriser un meilleur partage des tâches au sein des foyers.

Chacun doit prendre conscience du rôle que jouent déjà, que doivent jouer, et que joueront les femmes dans la protection de l’environnement. J’espère vivement que nous serons de plus en plus nombreux à intégrer ces enjeux, et à nous engager aux côtés de tous ceux qui, dans leurs projets en faveur de la préservation de l’environnement, se mobilisent en faveur de l’autonomisation des femmes.

Pour avancer dans ce sens, il est essentiel que les différents acteurs de ces projets partagent leurs bonnes pratiques. C’est d’ailleurs avec cet objectif que la Fondation RAJA-Danièle Marcovici a réalisé une étude qui met en lumière le rôle des femmes dans la lutte contre le dérèglement climatique et présente des projets innovants. Favorisons ce partage d’expérience et les retombées de notre action en faveur de la préservation de l’environnement n’en seront que plus fortes.

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