Gérard Mestrallet, PDG du groupe Engie (ex-GDF Suez) et co-président du Forum Nouveau monde, organisé les 9 et 10 novembre à Paris à l’OCDE, souligne le rôle capital du secteur privé et la diversité des solutions pour mettre en oeuvre la transition énergétique.

Les enjeux climatiques ne se trouvent-ils pas trop mêlés à l’image et la responsabilité sociale des entreprises (RSE), faisant planer un doute sur leur sincérité ?

Il suffit de regarder ce que nous faisons. J’ai pour ma part des convictions. Voilà des années que je milite pour une prise de conscience des enjeux climatiques. Aujourd’hui, mes convictions personnelles et l’intérêt bien compris et supérieur de l’entreprise se rejoignent complètement. Une catastrophe écologique liée au climat serait un drame économique. A Copenhague en 2009, les chefs d’entreprises n’étaient pas convaincus par les enjeux climatiques. Des changements notables sont survenus depuis, et la prise de conscience des responsables du secteur privé a fait des progrès. Le monde de la finance a basculé. Les grands fonds de pension anglo-saxons ne veulent plus investir que dans les entreprises qui prennent en compte la question climatique.

 

Comment votre groupe se situe-t-il dans le débat global sur le climat ?

Avec Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie, nous avons assisté à New York en septembre à la restitution du débat citoyen planétaire sur le climat, dont les résultats m’ont paru très frappants. Pas moins de 79 % des 10 000 personnes qui ont pris part à ce débat, des îles Fidji aux Etats-Unis, se disent très concernées et souhaitent pour 66 % d’entre elles des décisions contraignantes sur le climat.

Nous avons décidé d’organiser le même débat citoyen dans notre entreprise, et nous l’avons lancé en présence de Ségolène Royal le 10 novembre. Engie est la première grande entreprise à lancer un tel débat en France. Nous avons déjà lancé 20 débats locaux dans 12 pays à travers le monde (Thailande, Maroc, Etats-Unis, Mexique). La transition énergétique est en marche, nous sommes en train de passer d’une énergie centralisée à un système décentralisé. Quelle sera notre place dans le système mondial à venir ? Nous allons dialoguer avec nos 150 000 salariés sous deux formes : des réunions d’une demi-journée et un questionnaire en ligne, dont nous publierons les résultats lors de la COP21.

 

Quels seront les systèmes d’énergie décentralisés dont vous parlez ?

Nous allons passer de grandes centrales à des équipements plus petits, plus proches des consommateurs et des territoires.

Notre groupe, par exemple, travaille aussi bien avec de petites communes viticoles telles que Jurançon, 7 000 habitants, dans le cadre du contrat des territoires à énergie positive (Terr’innov), qu’avec la mairie de Chongqing en Chine, la plus grande ville du monde avec 33 millions d’habitants. A Pékin, nous travaillons au remplacement du charbon par le gaz, pour stopper net les émissions de particules.

De même, la ville de Paris, qui souhaite un transport  à 100 % décarboné, va remplacer 900 bus diesel par des engins qui fonctionnent au biogaz – du méthane produit de façon renouvelable, à partir de la fermentation de déchets agricoles.

L’efficacité énergétique passe aussi par le développement de réseaux de chaud et de froid à très haut rendement,  comme à Paris.  Nous y avons installé le plus grand réseau de froid du monde. Au lieu de faire comme les climatiseurs classiques qu’on voit aux fenêtres des appartements qui consomment de l’énergie et contribuent à réchauffer l’atmosphère, nous procédons avec des systèmes collectifs. Cinq usines de froid se trouvent dans le sous-sol de Paris et échangent du froid avec la Seine, sans échange de chaleur avec l’atmosphère. On réchauffe un tout petit peu le fleuve, de manière infinitésimale, et nous distribuons de l’eau à 3 degrés, sans avoir recours à des systèmes individuels. Le Louvre et de grands immeubles parisiens sont ainsi raccordés à ce système collectif. En Chine, nous faisons de même avec le Yank-ksé-Kiang.

 

 La transition énergétique est-elle vraiment enclenchée ?

Oui, le glissement vers un monde énergétique nouveau est inéluctable. Personne ne pourra l’arrêter, à cause de l’évolution des technologies, mais aussi du comportement des gens. Le mouvement est irréversible parce que les consommateurs ne sont plus passifs. Ils veulent comprendre, gérer et parfois produire eux-mêmes leur énergie.

Ces 50 dernières années, nous n’avons pas connu de révolution technologique dans la production d’électricité par exemple. Aujourd’hui, le coût des éoliennes et des équipements solaires baisse très rapidement. L’énergie solaire va représenter une part énorme de la production d’énergie, grâce à de meilleures technologies pour stocker l’énergie. D’autre part, la révolution digitale aura des conséquences importantes sur le contrôle et l’optimisation des systèmes énergétiques.

 

Le solaire est-il la solution de demain ?

Il n’y aura pas une seule solution mais un bouquet de solutions. Le solaire en sera un élément important, à cause de sa flexibilité extraordinaire. Les panneaux photovoltaïques peuvent être installés sur les toits des maisons, les parkings, sur les toits de voiture, au dos des portables, sur des parois verticales sur les bâtiments qui laisseront passer la lumière et généreront de l’électricité au passage.

Le groupe ENGIE y croit beaucoup et investit dans les énergies renouvelables. Nous sommes leader dans le solaire et l’éolien en France. Nous installons des centrales solaires en Afrique du Sud et au Chili, et nous avons construit en 2014 le plus grand parc éolien du continent africain à Tarfaya dans le sud du Maroc, dotée d’une capacité de 300 MW et qui permettra de desservir 1,5 million de foyers en électricité verte. Ce parc permettra d’éviter l’émission de 900 000 tonnes de CO2 par an.

 

La transition énergétique représente-t-elle un marché ?

Bien sûr ! Dans le groupe ENGIE, 50 000 personnes travaillent dans l’électricité et le gaz, et 100 000 travaillent à améliorer l’efficacité énergétique. Nous proposons de l’expertise et des diagnostics énergétiques aux collectivités locales ou aux entreprises. Nous avons par exemple construit une centrale qui produit à haut rendement les fluides chauds et froids nécessaires pour l’ensemble de l’usine Airbus à Toulouse. Nous avons investi 15 % du site d’Airbus pour produire la chaleur, le froid, l’électricité, le gaz et la vapeur chaude.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

 

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