Entreprises, institutions et ONG ont présenté leurs solutions face au climat lors de l’exposition « Solutions Cop21 Paris 2015 » qui s’est tenue du 4 au 10 décembre au Grand Palais. L’organisateur en était le Comité 21, une plateforme de réseaux français née en 1992 lors du sommet de Rio, qui regroupe 500 membres dans le secteur privé, les administrations, la recherche et la société civile. Entretien avec Gilles Berhault, son président.

"Solutions COP21" exhibition, Grand Palais, Paris
"Solutions COP21" exhibition, Grand Palais, Paris

L’accord issu de la COP21 est-il favorable aux pays en développement ?

L’objectif était d’avoir un accord unanime. Nous l’avons, malgré toutes les inquiétudes qui l’ont précédé. L’ambition de cet accord n’est pas énorme, mais il comporte des acquis. Nous sommes désormais sur un objectif de réchauffement inférieur à 2 degrés Celsius, un geste réel envers les pays du Sud. Mais la trajectoire globale en action reste encore autour de 3°C.

Les questions d’adaptation se trouvent au cœur de l’accord, et concernent surtout les pays du Sud, qu’il s’agisse des inondations, des sécheresses, des problèmes alimentaires ou de montée des eaux. Il faut noter que les pays en développement se montrent plus soudés, avec un bloc Afrique qui se montre fort désormais. A n’en pas douter, la COP 22, qui se tiendra en 2016 à Marrakech, sera celle de l’Afrique.

 

La question des financements a-t-elle avancé pour les pays en développement ?

Force est de constater un relatif manque d’ambition sur les financements nouveaux. Les 100 milliards par an promis en 2009 par les pays riches aux pays pauvres portent beaucoup sur du « repêchage » – des financements existants qualifiés de verts, et non des financements nouveaux et véritablement dédiés au climat. Cela étant, mieux vaut une société en mouvement qu’une situation bloquée. L’accord va continuer à être discuté. La COP 21 a amené une dynamique assez nouvelle, avec beaucoup de projets qui ont éclos.

 

Nous trouvons-nous dans une prise de conscience nouvelle face au climat ?

Oui, car nous n’imaginons plus comme à Copenhague en 2009 une organisation mondiale participative et généreuse. On se rend compte que l’accord n’est qu’une addition, sans contrainte à court terme, ni possibilité pour les Nations unies de vérifier si les plans d’action seront mis en œuvre dans tous les pays. Il serait pour le moins surprenant que le monde accepte une démocratie planétaire sur le climat, quand certains ne l’acceptent pas dans leur pays.

 L’enjeu politique reste donc fort, avec la nécessité d’améliorer la démocratie et l’éducation pour que la pression des sociétés civiles augmente sur les Etats face au climat. En Chine, une telle pression existe : on a observé une alerte rouge de pollution dans ce pays en pleine COP21. Les Chinois peuvent accepter la situation qui est la leur en matière de droits de l’homme, mais pas la pollution, qui met en péril la santé de leurs enfants.

Près de 60 % des 42 000 visiteurs qui sont venus au Grand Palais étaient des Français, avec une envie manifeste de faire, de trouver des solutions, de lancer des partenariats public-privé. Les sujets qui ont trait à la santé montent très fort dans l’opinion, qui n’est pas forcément écologiste, mais réalise que le climat peut tout changer dans la vie de la prochaine génération. Nous savons pourquoi les moustiques tigres ont fait leur apparition dans le sud de la France et pourquoi le paludisme arrive dans les hauts plateaux jusqu’à Nairobi, la capitale du Kenya.

 

Quelles sont les solutions face au climat qui vous ont le plus inspiré ?

La mobilité était un thème très présent au Grand Palais avec l’hydrogène, porteur de gros espoirs. Son stockage en cartouches ouvre des perspectives intéressantes dans les pays où il y a beaucoup de soleil, mais peu de facilités de stockage d’énergie. L’usage des batteries classiques reste compliqué en raison de la chaleur et des conditions de conservation. De même, les scooters électriques, les vélos à hydrogène et tout ce qui relève de la mobilité douce représentent une vraie solution.

Dans mon domaine d’expertise, à la croisée du numérique et du développement durable, on trouve également des solutions ayant trait à la gouvernance et aux technologies. Pourquoi la gouvernance ? Car la question de la démocratie est centrale : on ne progressera pas sans accès à l’information et à divers instruments de mesure, tels que pour le pilotage des systèmes énergétiques et des empreintes carbone.

Ensuite, viennent les enjeux technologiques : comment, par exemple, réduire les déplacements avec le télétravail, gagner en efficacité énergétique avec les « smart grids », combiner grâce à l’information numérique plusieurs modes de transport, développer des systèmes d’éclairage public intelligent. Il ne s’agit pas de multiplier les boîtiers et les outils connectés, mais d’envisager une éco-conception du numérique qui ne soit pas réservée aux pays du Nord. L’outil numérique permet de faire changer les comportements de manière très efficace, parce qu’il a des répercussions tangibles sur les montants des factures d’électricité.

 

Que répondez-vous aux accusations de « greenwashing » portées par des militants écologistes qui ont été expulsés par la police de « Solutions COP21 » ?

C’est regrettable qu’ils l’aient été, les micros étaient ouverts et le dialogue doit prévaloir. Au Grand Palais se trouvaient un tiers d’entreprises, un tiers d’ONG et un tiers de collectivités locales/institutions publiques. Les grandes sociétés ont certes une capacité de construction de décors supérieure à celle des ONG ; elles étaient peut-être plus visibles. Mais lors des nombreuses conférences qui se sont tenues, les ONG et les chercheurs étaient très présents. Quoi qu’il en soit, nous avons besoin des entreprises pour inventer et déployer les solutions climatiques.

 

Etes-vous écouté, notamment par le secteur privé, quand vous préconisez un rapport différent à la propriété privée ?

Les entreprises du XXIe siècle ont une double responsabilité. La première est de diminuer tous les impacts liés à leurs activités : ressources, énergie, déchets, parties prenantes… L’ISO26000 apporte pour cela une bonne grille d’analyse et les principes directeurs pour le dialogue du Comité21 une bonne méthode.

Mais les groupes privés ont aussi la responsabilité de mettre en œuvre des solutions pour un bénéfice sociétal, d’où l’impératif de repenser totalement les modèles économiques, en rupture avec cette économie compulsive de la possession de la fin du XXe siècle vers une approche de l’usage qui implique les clients et les collaborateurs…

Toutes n’y sont pas prêtes ou ne sont pas assez agiles. C’est une véritable erreur stratégique. Les entreprises qui seront capables de se développer devront prendre en compte ces logiques de responsabilités, et en premier lieu sortir totalement de la dépendance aux énergies fossiles et au gaspillage de ressources. Mais, la question culturelle est majeure et les freins à la transformation importants.

 

Quelles seraient vos recommandations aux décideurs politiques, du Nord comme du Sud, avant la COP 22 ?

Après les déclarations et la signature des textes il faut mettre en œuvre les engagements, et même beaucoup plus. Nous ne pouvons attendre 2020 pour commencer à agir, surtout si on évoque l’objectif de 1,5 degré Celsius.

L’unique approche possible est démocratique et contributive. Chaque pays, chaque territoire, chaque entreprise… et même chaque foyer doit maintenant établir une feuille de route. La moitié de la feuille de route est technologique, donc nécessite des financements et de nouvelles compétences. L’autre est comportementale, donc implique des choix. Tout est question de démocratie climatique et donc d’éducation. Il faut aussi prêt à coopérer à tous les niveaux. Je dirais presque que c’est une opportunité !

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