D’après les statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations, les personnes déplacées suite à des catastrophes climatiques sont quatre fois plus nombreuses que celles qui le sont suite aux conflits armés. Ceci illustre le lien étroit entre les problématiques climatiques et le Développement. C’est pourquoi, les communautés scientifiques et les acteurs du développement doivent plus travailler ensemble.

Typhon Haiyan / Philippines © CAFOD Photo Library
Typhon Haiyan / Philippines © CAFOD Photo Library
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Mieux connaître pour mieux agir

Les modèles climatiques actuels offrent une représentation incomplète de la surface du globe et de ses interactions avec l’atmosphère. Les projections globales masquent la diversité des évolutions locales, en termes de température et de précipitations ; les modèles régionaux, bien que constamment affinés, présentent de nombreuses imprécisions. Comment bien agir face à ces incertitudes ?

Il est vital pour la recherche sur le changement climatique que soit mis en place un système cohérent d’observation et de surveillance, en particulier dans les zones intertropicales et méditerranéennes. L’expérience des observatoires de l’environnement et des plateformes sociodémographiques et épidémiologiques le montre déjà. Les données générées ne servent pas seulement la science pour la science, mais servent directement la gestion de l’eau et des terres arables ou le contrôle des pandémies infectieuses. Le programme de recherche consacré à la lutte contre la désertification en Afrique en est un exemple. Financé par le Brésil, plusieurs pays africains et la France, il structure une communauté scientifique tricontinentale et renforce en pratique la gestion durable des zones arides et semi-arides en Afrique. C’est en cela que peuvent se recouper la recherche et l’action des développeurs et que les synergies sur certains projets devraient être mieux poursuivies.

La part du changement global réellement imputable au seul paramètre climatique est une autre incertitude au regard des paramètres environnementaux et humains. En quelques décennies, l’industrie et l’agriculture ont largement pollué les sols et les eaux. L’urbanisation accélérée a artificialisé les rivages et dégradé les milieux naturels. La globalisation des transports a importé dans les écosystèmes des espèces exotiques parfois envahissantes. L’impact de ces pressions sur les milieux et les sociétés se couple bien sûr à celui du changement climatique.

Dans ce contexte, l’attribution d’un impact à une cause donnée est une difficulté récurrente pour les scientifiques. Elle nécessite sans conteste plus de recherche. Pour autant, cette incertitude causale ne doit pas servir de prétexte à la tergiversation dans l’action. Si l’on veut éviter que plus de 400 millions de personnes soient confrontées à une pénurie d’eau d’ici 2050 et à la multiplication des guerres de l’eau, il importe peu de savoir quelle responsabilité précise attribuer au changement climatique proprement dit.

 

Concilier les agendas développement et climat

Si l’on veut que la COP 21 à Paris fin 2015 et la COP 22 à Marrakech en 2016 débouchent sur des compromis porteurs d’avenir, il nous faut mieux lier l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et solutions d’adaptation des pays du Sud au changement climatique, solutions qui contribuent également à répondre aux autres composantes de l’agenda du développement. Le calendrier international 2015 nous y incite. En amont de la COP21, se tiennent en effet la 3e Conférence internationale sur le financement du développement, à Addis-Abeba en Juillet, et le sommet spécial des Nations unies pour l’adoption des nouveaux Objectifs du Développement Durable à l’horizon, en Septembre à New-York.

La recherche peut contribuer directement à une conciliation vertueuse des agendas du développement et du climat. Les exemples sont multiples dans l’innovation, la santé, l’éducation, l’agriculture, la forêt, l’eau ou l’énergie.

Prenons le cas des activités agricoles et forestières. Celles-ci sont responsables d’un quart des émissions totales de GES mais elles contribuent aussi à la réduction des concentrations en carbone atmosphérique via des puits de carbone dans les biomasses et les sols. À l’occasion de la conférence Changement climatique et agriculture intelligente , a été annoncée la mise en place du programme de recherche « 4 pour 1000 ». L’objectif est de développer la recherche agronomique afin d’améliorer les stocks de matière organique des sols de 4 pour 1000 par an permettant de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète. Inversement, une diminution de 4 pour 1000 déboucherait sur un doublement des émissions. Nombre d’innovations technologiques présentées à cette occasion sont de véritables solutions gagnant-gagnant. Elles contribueraient à l’atténuation des émissions de CO2 par accroissement de la teneur en carbone organique des sols tout en améliorant la productivité agricole dans un meilleur respect de l’équilibre des écosystèmes. Il appartiendra à tous les acteurs de s’en emparer et de les expérimenter à plus grande échelle.

Dans ce domaine comme dans bien d’autres, les opportunités de collaboration entre opérateurs du développement et chercheurs sont multiples. Elles faciliteraient la phase suivi-évaluation pour mieux tirer les leçons des projets à des fins de généralisation et

Il est régulièrement reproché (et souvent à juste titre) aux scientifiques du Nord d’imposer leurs objectifs à leurs partenaires du Sud sans tenir compte réellement des besoins locaux. Les instituts français dédiés à la recherche pour le développement (Cirad et IRD) s’efforcent de co-construire les programmes avec leurs partenaires. Ainsi, les laboratoires mixtes internationaux (LMI) de l’IRD sont des structures dédiées à la réalisation de projets conjoints de recherche, de formation et d’innovation implantées dans des universités ou autres institutions scientifiques du Sud. De même, les dispositifs de recherche en partenariat du Cirad (DP) ont montré comment une concertation étroite permet d’avancer en commun sur la recherche en faveur du développement agronomique du Sud. Cette conception ouverte et humaniste du partenariat semble partagée, au-delà de la coopération scientifique, par de nombreux acteurs tant francophones qu’internationaux.

Chercheurs et développeurs, du Nord et du Sud, parcourons chacun une partie du chemin les uns vers les autres pour des collaborations plus fructueuses et efficaces !

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