Le principe selon lequel les entreprises du secteur privé ont la responsabilité et un intérêt à promouvoir des modèles économiques plus durables et inclusifs fait de plus en plus consensus. Mais qu’en est-il sur le terrain ? Les entreprises du CAC 40 mettent effectivement les moyens pour concrétiser leurs engagements  en matière de développement durable et de lutte contre la pauvreté et l’exclusion via des initiatives de social business.

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 Cette tribune est publiée dans le cadre de notre partenariat avec
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Au-delà de la responsabilité sociétale des entreprises

 Le « Plan d’action Lima-Paris » de la COP21, qui répertorie, entre autres, des initiatives portées par les entreprises en faveur du climat, ou encore l’importance accordée au secteur privé lors de l’adoption des nouveaux Objectifs de développement durable (ODD) par l’ONU en septembre dernier, sont autant de signes que la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) n’est plus à démontrer. Cette responsabilité s’est matérialisée, entre autres démarches, par la mise en place d’initiatives de social business, c’est-à-dire des activités économiques dont l’objectif n’est pas la maximisation des profits mais la réponse à un besoin sociétal. Au-delà des politiques de RSE, il s’agit du développement de modèles économiques innovants qui participent à la transformation de l’entreprise de l’intérieur, de leur modus operandi et de la façon même de faire du business.  

L’enquête « Les entreprises du CAC 40 et le social business» publiée par Convergences en 2015 met en lumière 14 entreprises développant ce type d’initiatives. Les résultats de ce premier état de lieux mettent en évidence la grande diversité des projets de social business portés par des entreprises du CAC 40. L’enquête souligne le potentiel de développement à exploiter au sein de ces entreprises déjà engagées dans cette voie et celles qui ne se sont pas encore lancées dans l’écosystème du social business.

 

Deux grandes catégories de projets de social business

 Comment se mettent en œuvre les projets de social business par le CAC 40 ? Les entreprises  ont déclaré avoir au cœur de leur démarche le développement de nouveaux modèles économiques. Deux grandes catégories de projets se distinguent : d’une part, les projets qui visent l’inclusion économique des populations à la base de la pyramide (BoP), ces personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour, et d’autre part, les initiatives qui soutiennent des entreprises sociales.

Dans le cadre de la première catégorie, l’inclusion des populations à la BoP peut se faire par l’offre et par la demande. L’inclusion par l’offre se fait en impliquant directement les populations dans la chaîne de production et de distribution. C’est le cas du projet Matrix de L’Oréal (2010) qui emploie des femmes micro-distributrices de ses produits Matrix à Rio de Janeiro et São Paulo. L’inclusion peut également passer par la demande, en développant des produits et services accessibles à ces populations.  Veolia en est un bon exemple : par le biais de la joint-venture Grameen Veolia Water, Veolia vend des bonbonnes d’eau à un prix 100 fois moins cher que le prix du marché aux populations rurales les plus pauvres de Bangladesh. La Fondation Grameen Crédit Agricole répond quant à elle à une forte demande de micro-crédits afin de soutenir des projets dans les domaines de la nutrition, de la santé, des services financiers et de l’agriculture. Au 30 novembre 2014, la Fondation touchait 2,3 millions d’emprunteurs. Un autre exemple est le financement d’institutions de microfinance (IMF) par BNP Paribas, l’une des principales activités de social business de la banque avec 26 IMF financées dans des pays émergents et 4 IMF dans des pays développés jusqu’en 2014.

10 des 14 entreprises interrogées rentrent quant à elle dans le champ de la deuxième catégorie, en favorisant le développement du social business par l’incubation d’entreprises sociales. Parmi elles, on retrouve des pionnières comme Danone, avec son fonds danone.communities qui incube depuis 2007 des entreprises locales travaillant contre la pauvreté et la malnutrition. Plus récemment, Orange soutient depuis 2011 des entreprises sociales en Afrique avec le Prix Orange de l’Entrepreneur social. Un autre exemple, l’Initiative Rassembleurs d’Energies d’ENGIE, qui apporte un soutien technique et financier à des entrepreneurs sociaux, ONG, fondations et coopératives pour favoriser l’accès à l’énergie durable.

Ainsi, les initiatives fourmillent et leur mise en application concrète est bien réelle. Le développement d’initiatives social business est de moins en moins relégué au statut d’activités annexe et accessoire. Au contraire, il tend à devenir partie intégrante de la stratégie globale des entreprises. D’une approche autrefois limitée au simple soutien de projets sociaux et environnementaux –notamment par le biais de dons et subventions– les entreprises sont désormais à l’origine de nouveaux modèles économiques et sociaux. Que ce soit par le biais de joint-ventures avec des organisations solidaires, de nouveaux produits et services à destination des populations à la BoP, ou encore de chaînes de production et distribution plus inclusives, les entreprises du CAC 40 développent aujourd’hui des modèles plus innovants et inclusifs qui s’inscrivent au cœur de leur métier.

 

La mesure de l’impact : le prochain défi ?

 Comment mesurer l’impact réel de ces projets ? Comment évaluer si les objectifs fixés par leur responsabilité ou mission sociétale ont été atteints ? Si toutes les entreprises interrogées considèrent l’évaluation de leurs projets comme nécessaire, toutes ne la pratiquent pas de manière aussi complète du fait de son coût important ou encore de la difficulté de déterminer des indicateurs d’impact social fiables sur la durée. Or, si les entreprises ne trouvent pas les moyens de développer la mesure de l’impact de ces projets elles mettront non seulement en péril leur crédibilité en matière de responsabilité sociétale, mais aussi la durabilité même de ces initiatives.

Investir dans la mesure de l’impact est une étape cruciale pour améliorer l’efficacité de ces initiatives et promouvoir leur développement. C’est pourquoi la prochaine édition de l’enquête Convergences, publiée en 2016 en partenariat avec EY, visera à apporter un nouvel éclairage et des éléments de réponse sur ce défi clé à relever par les entreprises du CAC 40 : la mesure de l’impact de leur social business.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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