La perte en biodiversité n’a jamais été aussi rapide ni aussi dramatique. Pourtant, scientifiques et organisations poursuivent le combat. Sauver les espèces en danger, restaurer les communautés d’animaux, leur rendre leurs habitats : c’est encore possible.

Le déclin en biodiversité, vitesse grand V

Le rapport Planète vivante 2018 du WWF dresse un constat sans appel : depuis 1970, 60 % des animaux vertébrés ont disparu à l’échelle mondiale. Dans certaines régions comme la zone néotropicale qui couvre l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, ce chiffre s’élève à 89 %.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) tient une liste rouge des espèces éteintes ou en danger d’extinction. Parmi les dernières pertes, le puma d’Amérique du nord a été déclaré officiellement éteint en 2017. Le dernier rhinocéros blanc mâle – dont la corne avait été coupée pour ne pas tenter les braconniers – est quant à lui décédé en mars 2018.

Malgré les engagements des États en faveur de la protection environnementale et animale, de nouvelles menaces peuvent survenir au gré des évolutions politiques. L’élection de Donald Trump aux États-Unis ou celle, plus récente, de Jair Bolsonaro au Brésil font émerger de nouveaux dangers pour l’environnement.

 

 

L’ère de l’Anthropocène

L’impact négatif de l’humanité sur la biodiversité animale et végétale est immense. À tel point qu’une partie de la communauté scientifique considère que l’industrialisation massive de la fin du xviiie siècle a marqué le début d’une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène. « L’homme est devenu une force telle qu’il modifie la planète », selon Catherine Jeandel, directrice de recherche au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales au CNRS.

La surexploitation, la déforestation et l’agriculture intensive sont pointées du doigt. Particulièrement néfastes pour l’environnement dans son ensemble, elles le sont aussi, plus spécifiquement, pour certaines espèces vulnérables. Les orangs-outans d’Indonésie sont décimés : leur habitat est détruit pour faire place à des champs de palmiers à huile. La campagne récemment lancée par Greenpeace résume l’absurdité de la situation : une espèce est sacrifiée pour qu’une autre puisse manger des biscuits. Même la médecine traditionnelle chinoise est un puissant moteur de destruction : les écailles de pangolins – l’animal le plus braconné au mondeles cornes de rhinocéros ou les os de tigres, revendus à prix d’or en Chine, font l’objet de commerces dévastateurs.

La pollution au plastique et la pollution sonore affectent quant à elles la faune terrestre et marine car elles perturbent la reproduction, la recherche de nourriture ou la constitution de groupes sociaux. Dans les océans, l’abondance de bruits favorise les collisions entre les cétacés désorientés et les navires.

Plus globalement, le réchauffement climatique perturbe les écosystèmes, acidifie les océans, pousse certaines espèces à migrer, raye de la carte des îles entières et favorise l’émergence d’espèces envahissantes.

 

 

« Il faut une révolution culturelle »

« Nous sommes à l’aube d’une révolution et […] c’est une chance inespérée », indique pourtant Marco Lambertini, directeur général du WWF dans l’édito du rapport de l’organisation. De plus en plus de solutions sont reconnues efficaces pour sauver les espèces menacées et enrayer la perte en biodiversité animale.

La restauration écologique affiche par exemple l’objectif ambitieux, non seulement de réhabiliter les habitats en y ôtant les marques d’une intervention humaine, mais encore de favoriser la reconquête de ces territoires par les populations – animales et végétales – qui en avaient été chassées. La recherche en ingénierie écologique met en œuvre de nouvelles techniques pour accompagner cette reconquête et favoriser la résilience des espèces face aux défis climatiques.

En parallèle, définir des écorégions prioritaires et créer des aires marines protégées et des sanctuaires permet de défendre les espèces particulièrement menacées. Toute une armée de chasseuses a été mise sur pied au Zimbabwe pour sauver les animaux du braconnage dans les parcs nationaux. Si de nombreuses espèces sont déclarées éteintes ou en danger chaque année, d’autres sortent de la zone rouge, comme les pandas géants, les gorilles ou encore les baleines.

 

 

Il faut politiser la lutte

Ces démarches de sauvegarde sont plus efficaces si elles s’accompagnent d’une volonté politique claire. L’interdiction du commerce de l’ivoire en Chine a ainsi eu un impact immédiat sur la préservation d’espèces menacées. La pression internationale suite à l’annonce de la légalisation du commerce de produits issus de tigres et de rhinocéros a poussé la Chine à faire marche arrière en novembre 2018.

Par ailleurs, les États qui se sont pleinement engagés dans la conservation environnementale affichent une reconquête spectaculaire de la biodiversité, notamment grâce au reboisement. C’est le cas au Costa Rica. Auparavant largement déforesté au profit du commerce du café, le petit pays d’Amérique centrale a inscrit dans sa Constitution un « droit à un environnement sain et écologiquement équilibré » il y a vingt ans. Son territoire abrite aujourd’hui 6 % de la biodiversité mondiale : de nouvelles espèces, comme la grenouille translucide Hyalinobatrachium dianae, y sont découvertes régulièrement.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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