Depuis plusieurs années, les big data ont fait leur entrée dans le domaine de la prévention des crises sanitaires et dans la perspective de l’amélioration des services de santé mondiale. Mais une meilleure gestion des données mondiales en santé humaine aurait-elle pu éviter la crise du Covid-19 ?

À Singapour le 20 mars 2020, le personnel de la Government Technology Agency (GovTech) présente la nouvelle application TraceTogether, à titre de mesure préventive contre le COVID-19. (Photo : Catherine LAI / AFP)
À Singapour le 20 mars 2020, le personnel de la Government Technology Agency (GovTech) présente la nouvelle application TraceTogether, à titre de mesure préventive contre le COVID-19. (Photo : Catherine LAI / AFP)

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS),  « deux milliards de personnes de plus pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue d’ici les années 2080 ». Réchauffement climatique, commerce international, tourisme de masse : les facteurs favorisant l’émergence et la propagation des maladies infectieuses se multiplient et s’accentuent. En quelques mois, l’épidémie de coronavirus a fait près de 90 000 morts dans le monde.

 

Géolocaliser pour mieux soigner

En utilisant des outils de géolocalisation, spécialistes et services de santé peuvent traquer les épidémies en temps réel et répondre plus précisément aux besoins des populations. Lors des dernières crises sanitaires, comme Ebola en Afrique, des cartes ont ainsi pu être réalisées grâce au programme d’applications satellitaires opérationnelles des Nations unies (UNOSAT). Le but : mieux cibler les routes et les centres de traitements, acheminer du matériel médical et des médicaments et appréhender les infrastructures des communautés touchées.

« Les technologies numériques, qui sont déjà vitales pour les diagnostics, sont aussi de plus en plus souvent intégrées aux traitements », explique Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS. Sur le terrain, les technologies mobiles et la télémédecine facilitent l’accès et assurent avec plus ou moins de succès la continuité et la qualité des soins pour les habitants des villages les plus éloignés. Au Rwanda, la start-up Zipline livre par drones poches de sang et médicaments aux hôpitaux isolés. En Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Burkina Faso, des messages de prévention sont envoyés par SMS pour sensibiliser les populations aux bonnes pratiques de santé.

 

Systèmes d’alertes, outils d’une gestion coordonnée en santé mondiale

Les technologies numériques et l’intelligence artificielle ont démultiplié la quantité d’informations de santé recueillies à chaque instant. Pour le même Tedros Adhanom Ghebreyesus, « l’intelligence artificielle joue un rôle de plus en plus important dans la surveillance des maladies et dans nos moyens de défense contre les flambées épidémiques ».

 

 

La collecte d’informations peut être réalisée directement par les professionnels de santé sur le terrain ou par les citoyens, invités à communiquer sur leur état de santé et sur la situation sanitaire dans leur région. Healthmap détecte ainsi les débuts d’épidémies, ResistanceOpen surveille l’antibiorésistance, Influenza.net traque les maladies et symptômes liés à la grippe et le système WAHIS de l’Organisation mondiale de la santé animale rassemble des données vérifiées sur les maladies d’origine animale. Ces plateformes en ligne permettent de signaler rapidement des cas suspects et de partager massivement l’information. Elles constituent un outil majeur pour prévenir et gérer les crises de manière coordonnée à l’échelle mondiale.

 

Gestion des mégadonnées et surveillance… seulement à des fins sanitaires ?

Pour endiguer la pandémie de coronavirus, la Chine a utilisé les technologies de reconnaissance faciale déjà en place dans les lieux publics pour détecter les passants fiévreux. À Singapour, l’application Trace Together permet de géolocaliser les malades et d’alerter les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec eux : elle a été téléchargée 620 000 fois en dix jours. Le gouvernement singapourien communique chaque jour aux citoyens les informations sur les cas détectés via Whatsapp.

La surveillance à des fins de santé publique joue avec les limites définies par les Nations unies du droit à la vie privée à l’ère numérique : sans autorisation préalable de la justice, sans application spécifique et sans consentement des populations, les gouvernements ne peuvent pas traquer les mouvements des individus sans violer les droits humains.

Pourtant, à Singapour, le gouvernement croiserait données de localisation, relevés bancaires et vidéosurveillance pour contacter les personnes suspectées d’être infectées. En Europe, plusieurs gouvernements envisagent de recourir à une application semblable à Trace Together pour identifier et localiser les malades et les porteurs du coronavirus.

 

Des données inutiles à la santé mondiale si elles ne sont pas fiables

Par ailleurs, les résultats des recherches mises en place grâce au traitement des données cliniques ou non cliniques ainsi collectées peuvent être faussés. Une part importante des données non cliniques provient des réseaux sociaux, est anonyme et n’a fait l’objet d’aucune vérification de fiabilité. Bien que la nouvelle édition du Bulletin de l’OMS propose des solutions pour la gouvernance déontologique de ces nouveaux moyens, il n’existe à ce jour aucun comité éthique pour contrôler ces données. Créer une telle instance de contrôle permettrait peut-être de faire bénéficier la santé mondiale des avancées technologiques, sans faire de concessions sur les droits humains.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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