Aide au développement
Aide au développement

« 32% des Français sont réservés face à l’idée d’augmenter l’aide. Mais de quoi s’agit-il ? Cette politique est par nature difficile à justifier, elle est pourtant indispensable. »

 

Que sont les politiques d’aide publique au développement ?

L’aide publique au développement (APD) a fait l’objet d’une définition par le comité d’aide au développement de l’OCDE. Le but est la comparaison des efforts des donateurs. La comptabilisation repose sur la ressource financière et sur une liste restrictive de pays bénéficiaires. L’objet de l’aide est très large. L’approche retenue reposait à l’origine sur des mouvements enregistrés dans la balance des paiements du bénéficiaire. Puis, l’APD a progressivement inclus d’autres opérations, telles que les écolages ou les dépenses engagées dans les pays donateurs pour les réfugiés … . Ainsi, partie d’une approche comptable, l’APD n’est plus une grandeur qui fait du sens au plan économique, budgétaire, ou de balance des paiements. Or, la logique sous-jacente de comparaison des efforts tend à ce que la notion d’aide conditionne la formulation des politiques, pour maximiser l’indicateur de générosité, davantage que par un esprit de promotion du développement. C’est ainsi que ne sont pas prises en compte certaines activités de garantie, qui auraient un effet de levier.

 

Quelles sont les caractéristiques de la politique d’aide ?

Confier des fonds publics à d’autres États, lointains et peu fiables (première distance) pour des activités qui dépassent l’horizon budgétaire habituel. En outre, par sa durée, un projet peut se réaliser selon des modalités qui s’éloignent des idées d’origine (deuxième distance). Ceci induit un double déficit de confiance. Face au problème de justifier d’une activité invérifiable, cette politique a développé quatre stratégies de légitimation.

Première stratégie, mettre l’accent sur la qualité des processus. Ceci passe d’abord par l’établissement d’un lien étroit avec la « science . Puis, une codification rigoureuse de l’instruction des opérations et une grande diligence dans l’introduction de nouvelles techniques administratives vise à montrer une gestion à la pointe du progrès.

La deuxième stratégie réside dans la mise en avant d’une rhétorique de l’intérêt partagé : à défaut de prouver que cela sera efficace là-bas, il convient de convaincre que cela bénéficie au moins au pays donateur. L’interdépendance entre la prospérité des métropoles et des territoires distants est présente dès l’argumentaire mobilisé dans les débats parlementaires pour le Colonial development act en 1929, et se retrouve dans les travaux du PNUD à la fin des années 1990, avec le concept de biens publics mondiaux.

Une troisième approche réside dans une sophistication institutionnelle dans toutes les directions, du privé (Compagnies des Indes) au public (administration coloniale), et du public (agences d’aide) vers le privé (agences de financement de l’investissement privé – type Proparco [NDLR : la filiale de l’AFD en charge du secteur privé], Organisations de la Société Civile ou OSC), du national vers le multilatéral, du national vers les gouvernements locaux, du donateur vers le bénéficiaire (implication des pays aidés dans le processus de la déclaration de Paris sur l’efficience de l’aide).

Enfin, l’aide procède par un élargissement stratégique, passant du tout économique pour englober le social (dès les années 1930) puis l’environnemental (par des diligences, dès les années 1980), des projets locaux aux politiques sectorielles, des politiques nationales ou politiques globales de climat ou de santé…

 

Faut-il encore de l’aide ?

Ces évolutions font de l’aide au développement le volet de plus en plus important d’une diplomatie globale. Première forme de redistribution au niveau de la planète, l’aide est une incitation à la coopération internationale, et un adjuvant des négociations multilatérales (voir récemment la création de fonds climat vise à aider au progrès des négociations climatiques lancées à Bali en 2007).

L’aide est un vecteur de normalisation des politiques, qu’elle contribue à diffuser. Le financement d’activités par les bailleurs de fonds s’accompagne souvent d’exigences en matière de responsabilité sociale et environnementale. La période des ajustements structurels verra des financements renforcer l’orthodoxie financière. Celle-ci s’imposera ensuite jusque dans les pays donateurs, par exemple en Europe, où les dispositions du traité de Maastricht sur l’Union économique et monétaire peuvent être interprétées comme un retour dans les pays donateurs de normes conçues d’abord pour les pays de destination de l’aide.

La complexité de cette politique en fait un domaine interdisciplinaire et requiert une coordination interministérielle, pour établir des processus visant à permettre une plus grande cohérence des politiques publiques. Celle-ci passera en outre par une plus grande attention aux politiques des pays du Sud, nouvelle frontière du processus qui en fait une politique globale, c’est-à-dire mondiale et multidimensionnelle Ancrée dans des pratiques anciennes, l’aide publique au développement est appelée à changer de nature, mais restera durablement, sous une forme encore en cours de définition, une ressource collective importante à l’échelle de la planète.

 

Pour en savoir plus

 

NDLR : Cette tribune fait écho à la publication du 9e sondage AFD/IPSOS sur l’aide au développement. Vous pouvez retrouvez les résultats de ce sondage ici. À cette occasion, une infographie a également été réalisée, à découvrir ici.

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