Preety Bhandari dirige la division Changement climatique et Gestion du risque catastrophe de la Banque asiatique de développement (BAsD). Elle en présente la stratégie climat et les enjeux du changement climatique dans la région Asie-Pacifique.

Pourquoi la région Asie-Pacifique est-elle particulièrement concernée par le changement climatique ?

La région Asie-Pacifique connaît un développement économique rapide, avec 5,8 % de croissance du PIB en 2016. La croissance continue, l’électrification et l’expansion rapide de la flotte de véhicules vont accroître sa part des émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui, selon le scénario actuel, pourraient atteindre 48 % en 2030, contre environ 40 % en 2016.

Toutefois, la région Asie-Pacifique est aussi extrêmement vulnérable aux effets du changement climatique Alors qu’elle peut avoir le potentiel le plus important de réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle a également besoin d’investissements pour s’y adapter.

Si rien ne change, les projections prévoient une augmentation de la température de six degrés sur l’ensemble du continent (huit degrés dans certains pays) d’ici la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels. Cela aurait des conséquences majeures sur le climat de la région, sur le secteur agricole, sur l’industrie de la pêche, sur la biodiversité terrestre et marine, sur la sécurité intérieure et sur la sécurité régionale, sur le commerce, sur le développement urbain, sur les migrations et sur la santé. Un tel scénario pourrait même devenir une menace existentielle pour certains pays. La région Asie-Pacifique se trouve ainsi en première ligne face au changement climatique, à la fois en termes d’impact et de solution.

Pour rendre atteignables les objectifs fixés par l’Accord de Paris, certains investissements doivent devenir prioritaires. Mais il faut aussi protéger les populations les plus vulnérables en anticipant l’impact du changement climatique, qui ne peut plus être évité. Des mesures doivent être prises rapidement, et à grande échelle.

 

 

Comment la BAsD contribue-t-elle à la lutte contre le changement climatique ?

La Banque asiatique de développement accroît son action pour soutenir plus efficacement les pays en développement membres dans la réalisation des engagements de l’Accord de Paris. Cela se fait notamment via du conseil stratégique, des financements innovants, du partage de connaissance et la construction de partenariats.

En 2015, avant la COP21, la BAsD s’est engagée à doubler ses propres financements pour atteindre 6 milliards de dollars en 2020. Première banque multilatérale de développement à s’engager de la sorte, elle a initié un élan suivi par d’autres. En 2016, le seuil de 3,7 milliards d’investissements climat a été franchi, soit une augmentation de 42 % par rapport aux 2,6 milliards de dollars de 2015.

Outre ses ressources propres, la banque a œuvré pour la mobilisation de 701 millions de dollars de ressources externes, un niveau jamais atteint depuis la mise en place d’un suivi des financements pour l’action climatique il y a six ans. Au total, 4,4 milliards de dollars ont été rassemblés en 2016 en faveur de la lutte contre le changement climatique. La BAsD poursuit le développement et la mise en œuvre de plans de financements innovants tels que les obligations vertes, les plateformes de financements verts, des produits de gestion des risques financiers, etc.

 

 

Enfin, la BAsD a publié récemment son Climate Change Operational Framework 2017-2030 (CCOF2030), cadre d’intervention pour agir face au changement climatique 2017-2030.

 

Quelles sont les grandes lignes de ce cadre d’intervention en faveur du climat ?

Finalisé en juillet 2017, le CCOF2030 vise une action renforcée en faveur d’un développement à faible niveau d’émissions et résilient face au changement climatique dans la région Asie-Pacifique et dans le monde. En tant que partenaire de premier plan du développement des pays en développement-membres, la BAsD s’associe à ce développement avec un portefeuille d’actions publiques et privées élargi. Sa vision repose sur cinq principes fondamentaux :

  • le soutien à des objectifs climatiques ambitieux au sein des contributions nationales et des autres plans climatiques ;
  • l’accélération d’un développement à faible niveau d’émissions de gaz à effet de serre ;
  • la promotion de l’adaptation au changement climatique ;
  • l’intégration de la gestion des risques climatiques ;
  • l’incorporation des actions sur le climat à un programme de développement durable plus large.

 

De quelle façon la BAsD a intégré la donnée climatique à ses investissements ?

Depuis la fin des années 1980, nous soutenons les pays en développement en leur apportant une assistance technique et en favorisant le partage de connaissance. Après la ratification du protocole de Kyoto, nous les avons soutenus à travers notre fonds carbone.

Ces dernières années, notre implication s’est accrue. La Stratégie 2020 de la BAsD (lancée en 2008) insiste sur l’importance de soutenir la lutte contre le changement climatique, la résilience et la gestion du risque climatique dans les pays en développement-membres.

En 2010, la BAsD a redéfini ses priorités stratégiques pour la prise en compte du changement climatique afin de l’inclure dans toutes ses opérations.

Les cinq secteurs prioritaires sont :

  • la croissance de l’énergie propre ;
  • la promotion d’un développement durable des villes et des modes de transport ;
  • la gestion de l’utilisation des terres et des forêts pour la fixation du carbone ;
  • le renforcement de la résilience au changement climatique des pays en développement-membres de la BAsD ;
  • le renforcement de la gouvernance, des politiques et des institutions associées.

De plus, un fonds pour le changement climatique, alimenté par des ressources internes, a été créé pour faciliter les opérations permettant d’intégrer les considérations climatiques dans les investissements. En 2014, la BAsD a mandaté une analyse des risques climatiques de son portefeuille d’investissements et introduit un cadre de gestion du risque climatique.

Le lancement du CCOF2030 montre que la BAsD s’est engagée très fortement, et sur le long terme, en faveur d’une région Asie-Pacifique résiliente au changement climatique et peu émettrice de carbone.

 

La Banque asiatique de développement travaille-t-elle en ce sens avec ses partenaires publics et privés ?

Pour mettre en œuvre leurs contributions nationales, de nombreux pays en développement ont besoin d’une assistance financière et d’un renforcement de leurs capacités. Le secteur privé peut jouer un rôle vital dans ce sens. À travers son CCOF2030, la BAsD va encourager la participation des gouvernements, des acteurs publics et du secteur privé pour lutter contre le changement climatique. Son soutien aux pays en développement-membres se concentrera sur cinq actions clés, centrées autour des politiques, des financements, de la technologie, des connaissances et des compétences, des partenariats et des réseaux.

Par ailleurs, ses opérations relevant du secteur privé vont mobiliser, d’ici 2020, des investissements climatiques de l’ordre d’un milliard de dollars. Cela dépendra bien sûr de la mise en place de politiques et de régulations adéquates. Dans ce contexte, le rôle complémentaire joué par le bureau des partenariats publics-privés est crucial.

Mais l’argent ne fait pas tout. L’accès à la technologie, le renforcement des capacités et l’existence de mécanismes institutionnels adaptés sont tout aussi importants. La création d’environnements favorables et d’incitations sont indispensables pour encourager la coopération.

La BAsD utilise différents canaux pour la construction de coalitions – à travers des partenariats de connaissance, comme avec l’Institut de recherche sur les effets du changement climatique de Potsdam, avec le Met Office, service national britannique de météorologie, ou à travers la mise en place de réseaux et de plateformes (l’APAN, réseau d’adaptation de l’Asie-Pacifique, le NDC Partnership, coalition mondiale de mobilisation pour le climat…).

Enfin, les banques multilatérales de développement ont elles-mêmes été très actives pour se doter de moyens de coopération et travaillent ensemble à la recherche de solutions.

 

Pensez-vous que les objectifs fixés par l’Accord de Paris peuvent être atteints ?

Les efforts actuels sont encourageants et s’intensifient dans différents domaines, comme dans la finance par exemple. Toutefois, nous ne pouvons pas être satisfaits tant qu’un besoin existe de multiplier les moyens pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Le rapport 2017 «Emissions Gap Report» de l’ONU Environnement souligne que les engagements actuels ne permettront d’atteindre qu’un tiers de l’objectif de réduction des émissions pour 2030, permettant de contenir la hausse des températures en dessous de 2 degrés.

L’Adaptation Gap Report publié en 2016 par l’ONU Environnement estime que le coût total de l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement (incluant des pays hors Asie) pourrait atteindre 280 à 500 milliards de dollars par an d’ici 2050.

Ainsi, pour relever le challenge du changement climatique, l’Asie a besoin d’un apport financier massif et d’investissements continus dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les infrastructures résilientes, les villes vertes, les transports durables et l’agriculture intelligente. Le secteur privé doit contribuer davantage aux efforts nécessaires, en particulier pour ce qui concerne l’adaptation.

 

 

Il est important que la dynamique se maintienne – alors même que les gouvernements doivent renouveler leurs contributions nationales tous les cinq ans, ce qui dépendra, en grande partie, des choix politiques et de la continuité des efforts au niveau de chaque pays.

Enfin, les mentalités et les modes de consommation doivent évoluer. Dans ce contexte, chacun de nous a un rôle à jouer, comme par exemple en utilisant les transports publics que nos véhicules privés, en utilisant des appareils électroménagers à faible consommation d’énergie dans nos maisons et en adoptant des modes de vie plus raisonnés.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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