Les applications de santé mobiles, qui se multiplient actuellement en Afrique, pourraient constituer demain une avancée majeure pour le continent dans sa quête de soins de santé équitables et de qualité.

La multiplication des applications de santé et l’augmentation de la connectivité mobile apparaissent comme autant de signes avant-coureurs d’un prochain boom dans l’industrie de l’e-santé en Afrique (ici, à Kigali, au Rwanda, en mai 2020)
La multiplication des applications de santé et l’augmentation de la connectivité mobile apparaissent comme autant de signes avant-coureurs d’un prochain boom dans l’industrie de l’e-santé en Afrique (ici, à Kigali, au Rwanda, en mai 2020)

L’état de Serge Mahougnon empirait de jour en jour. C’était en février 2020, à Cotonou (Bénin) : celui-ci était incapable de garder le peu de nourriture qu’il parvenait à avaler. La température avait beau atteindre près de 30 °C, Serge Mahougnon était gelé. Ce courtier de 24 ans souffrait alors de la fièvre typhoïde, une maladie qui commence par une inflammation intestinale et qui peut s’avérer fatale.

« Je ne pouvais pas attendre dans un centre médical, vous n’êtes jamais sûr de voir un médecin quand vous vous y rendez. Vous attendez assis en souffrant, il y a 30 personnes devant vous, et le médecin doit toutes les voir avant vous parce que les centres médicaux prennent souvent les patients par ordre d’arrivée, même avec un rendez-vous. »

Serge Mahougnon était cloué au lit depuis quatre jours quand son cousin lui a parlé d’une application pour smartphone permettant de géolocaliser les médecins à proximité et les centres médicaux qui acceptent sa compagnie d’assurance santé.

Il a téléchargé GoMedical, réservé un rendez-vous pour le jour suivant, et reçu une confirmation par SMS. Accueilli au centre médical par un employé de GoMedical, Serge Mahougnon n’a finalement attendu que cinq minutes pour être pris en charge.

 

Changer les habitudes des patients et des médecins

Lancé en 2017 par la start-up béninoise Open Si, GoMedical, désormais une société à part entière, traite entre 200 et 250 rendez-vous par jour au Bénin, et compte près de 450 médecins participants.

Doria Rey, directrice générale de GoMedical, explique qu’auparavant « les gens ne prenaient pas de rendez-vous, ils venaient simplement et attendaient toute la journée s’il le fallait. Mais nous avons constaté que nous aidions à changer les habitudes des patients et des médecins : les gens commencent à prendre rendez-vous, et les médecins à les respecter ». Doria Rey ajoute que les applications comme la sienne facilitent l’accès aux soins de santé et aident à enrayer l’automédication, très largement répandue sur place.

Le nombre d’abonnés à GoMedical a explosé pour dépasser les 22 000 patients en quelques années. Autre raison de ce succès, l’application comprend un « porte-monnaie » virtuel qui permet d’ajouter du crédit ou de payer pour un proche.

 

Un boom à venir dans l’industrie de l’e-santé en Afrique

Cette innovation s’inscrit dans le contexte d’un grand bond en avant dans les technologies de santé mobiles. Selon un rapport de 2017 de la société de données scientifiques et de santé IQVIA, plus de 318 000 applications de santé sont disponibles dans le monde.

La gamme des applications s’étend des conseils très généraux en matière de bien-être à la télémédecine pour les rendez-vous et les règlements. Grâce aux applications de gestion de santé, les utilisateurs peuvent surveiller leur état, suivre leurs traitements et permettre aux personnels de santé de consulter et de partager leur dossier médical à distance.

Les observateurs perçoivent la multiplication des applications de santé et l’augmentation de la connectivité mobile comme des signes avant-coureurs d’un prochain boom dans l’industrie de l’e-santé en Afrique.

 

 

Selon le représentant du secteur mobile mondial GSMA, l’Afrique subsaharienne compte 456 millions d’utilisateurs de téléphones portables, soit un taux de pénétration de la téléphonie de tout juste 44 % comparé aux 66 % au niveau mondial et aux 86 % en Europe.

Avec une population jeune à l’aise avec la monnaie électronique, ainsi que les applications d’achat, de banque et de santé, ce nombre devrait augmenter rapidement.

La docteure Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, expliquait en 2018 que « les solutions numériques représentent l’avenir pour des soins de santé équitables et de qualité, et des systèmes de santé résilients. De grandes avancées ont été réalisées pour faire progresser la télémédecine, les formations en ligne et la santé mobile dans la zone africaine ».

 

Anticiper d’éventuelles épidémies

Des initiatives e-santé novatrices se multiplient ainsi sur tout le continent. L’application sud-africaine Hello Doctor permet aux utilisateurs de consulter leurs médecins via leur smartphone.

Grâce à M-Tiba au Kenya, les utilisateurs sont en mesure de régler un traitement médical à distance et de transmettre des données anonymement pour que les autorités de santé puissent détecter les tendances et anticiper d’éventuelles épidémies.

Pour combattre la prolifération des médicaments de contrefaçon au Nigeria, un groupe de jeunes a inventé FD-Detector, une application qui analyse le code-barres d’un médicament afin de vérifier son authenticité et sa date d’expiration.

Les experts exhortent les gouvernements à tirer le meilleur parti de ce foisonnement d’innovations en élargissant la portée des initiatives et en coordonnant les applications avec des stratégies de santé nationales.

En Ouganda, les personnels de santé utilisent mTrac pour soumettre des données hebdomadaires par SMS au système de gestion des informations de santé national. Des stocks de médicaments aux symptômes des maladies ou aux décès maternels ou néonatals, le système envoie ensuite automatiquement les données pour analyse. Chaque fois que les symptômes d’une maladie ou que des problèmes de santé atteignent un certain degré de gravité, une alerte par SMS est envoyée.

 

L’e-santé au-delà de la simple technologie

Selon un récent article paru dans le Lancet, les pays africains qui doivent affronter « la plus grande charge de maladies au monde » et souffrent « du manque de personnels de santé le plus criant » sur la planète sont ceux qui pourraient le plus bénéficier de la multiplication des solutions de santé numériques.

GoMedical envisage d’ajouter une fonction à son application pour déterminer le nombre de lits disponibles dans les hôpitaux à proximité et une autre pour localiser les centres médicaux les mieux équipés pour traiter telle ou telle affection.

Mais l’un des obstacles de l’Afrique pour des soins de meilleure qualité reste la grande fracture numérique entre les populations rurale et urbaine, avec une connectivité réduite et une faible alphabétisation numérique dans les zones isolées.

Bien entendu, l’e-santé dépend de beaucoup plus que de la simple technologie. Les progrès en la matière sont freinés par le manque de personnels de santé bien formés et de médicaments de bonne qualité sur le continent.

Cependant, pour ceux qui, comme Serge Mahougnon, sont maintenant connectés, les applications et les changements de comportements qu’elles entraînent peuvent améliorer les soins… et sauver des vies.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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