Animée par Marie-Pierre Bourzai-Chérif, coordinatrice régionale au département Amérique latine et Caraïbes à l’AFD, cette rencontre s’est tenue à l’AFD le 21 janvier 2014. Sont intervenus :

  • Arnaud Dauphin, chef de projet transport à l’Agence Française de Développement
  • André-Marie Bourlon, directeur adjoint de l’Apur
  • Jonathan Turgy, ingénieur d’études chez Systra

 

Retrouvez ci-dessous la synthèse des échanges :

80 % de la population latino-américaine réside dans des métropoles très étendues qui ont peu investi dans les transports publics au profit de l’extension d’un secteur routier rapidement saturé. Les autorités de ces villes se confrontent à un double paradigme. Elles doivent d’une part répondre à la croissance et à la diversité de la mobilité urbaine et, d’autre part, « effectuer des choix stratégiques permettant de rattraper le retard d’investissement tout en projetant l’avenir » (M-P. Bourzai Chérif).

 

Une offre de mobilité inférieure à la demande

L’Amérique latine compte quinze agglomérations millionnaires. Ces espaces urbains présentent des caractéristiques topographiques complexes et sont compartimentés en termes de revenus des populations et d’activités. La mobilité y est à la fois un enjeu environnemental et social. « La forte urbanisation, la densité des villes et l’émergence des classes moyennes bouleversent les problématiques de la mobilité » (A Dauphin). Le secteur des transports urbains en Amérique latine est caractérisé par un sous-investissement aggravé par la courte durée des mandats électoraux et par les blocages dus à l’influence des lobbies des transports. Par conséquent, la demande de mobilité demeure très supérieure à l’offre. Il faut cependant admettre que les solutions apportées en Amérique latine témoignent d’un réel souci de prise en compte des problématiques de mobilité ainsi que d’une forte volonté d’innovation. Le développement fulgurant des réseaux de BRT à Curitiba et à Bogotá, ou encore la volonté de faciliter l’accès à certains quartiers inaccessibles de Medellín ou de Rio de Janeiro via le métrocâble font de l’exemple latino-américain une source « d’enseignements pour d’autres géographies amorçant leur transition depuis les approches de transport vers celles de la mobilité » (M-P. Bourzai Chérif).

 

Quels modèles de mobilité possibles ?

La question centrale est de savoir si les pays d’Amérique latine vont s’orienter vers un modèle nord-américain, avec davantage de motorisation et de consommation d’espace, ou vers un modèle européen favorisant la densité et l’efficacité des déplacements. « On peut également imaginer que le sous-continent choisira sa propre voie, à la croisée des deux autres »  (A. Dauphin). « La meilleure infrastructure reste finalement celle dont on n’a pas besoin parce que la ville est suffisamment bien organisée pour que les déplacements se fassent sans infrastructures lourdes » (A-M. Bourlon). Dans cette perspective, trois dynamiques paraissent fondamentales : « reconquérir les centres-ville pour tous les types de population, réintroduire de la qualité urbaine, de la mixité sociale et de la sécurité » (A-M. Bourlon), et « repenser l’articulation des zones périurbaines à partir des infrastructures de transports collectifs » (J. Turgy).

 

Favoriser des approches globales

L’objectif est de ne plus considérer les infrastructures comme séparées les unes des autres et de développer la multimodalité « à travers des dispositifs spécifiques tels que l’intégration tarifaire ou l’organisation des systèmes de transport les uns par rapport aux autres dans le cadre de la mise en œuvre d’une chaîne de déplacements continue et ininterrompue  » (J. Turgy). Il convient d’offrir un droit au transport pour tous à un prix acceptable et de favoriser les modes de transport alternatifs à la voiture individuelle, notamment en rendant le stationnement difficile « pour agir sur la mobilité et améliorer la qualité des espaces publics » (A-M. Bourlon). Une politique de mobilité urbaine en Amérique latine nécessite par ailleurs une approche globale : « prendre en compte la structure urbaine de l’agglomération, les caractéristiques démographiques et socio-économiques, l’offre de transport déjà existante, enfin prévoir la demande de déplacements » (J. Turgy). Il faut tenir compte des problématiques de logement, d’emploi, d’espaces publics pour dépasser le seul projet de transports et s’inscrire dans une vision de la ville à long terme. Il s’agit donc de fédérer les acteurs de la mobilité autour de projets structurants, de dimensionner une offre de transport pérenne d’un point de vue financier et adaptée à la demande, et d’apporter au public « une véritable culture d’urbanisme mobilisé » (A-M. Bourlon).

 

 

Pour en savoir plus, téléchargez le compte-rendu des échanges

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda