Pascal Lamy
Pascal Lamy

Ces dernières semaines, j’ai littéralement parcouru le globe pour rencontrer des représentants des gouvernements, des spécialistes du développement et des hommes d’affaires, à un moment où nous cherchons à créer une dynamique en faveur d’un nouveau type de stratégie de développement: l’Aide pour le commerce.

Ici à l’OMC, nous nous employons à élaborer des règles commerciales et à veiller à ce qu’elles soient respectées, à régler des différends commerciaux et à dispenser aux délégués des pays en développement une formation sur les accords commerciaux. L’OMC n’est pas en soi un organisme de développement. Bien que la formation représente environ 20 pour cent de notre budget chiffré à quelque 180 millions de francs suisses, nous n’avons pas les compétences de la Banque mondiale, du PNUD ou des banques régionales de développement lorsqu’il s’agit de distribuer l’aide au développement. Nous contribuons au développement par le biais des négociations commerciales mondiales du Cycle de Doha pour le développement. Un accord de Doha ambitieux et axé sur le développement permettrait d’améliorer les conditions d’égalité et de créer, pour les pays en développement, de multiples possibilités commerciales qui n’étaient pas évidentes auparavant.

Cependant, les possibilités sont une chose, les résultats en sont une autre. De nombreux pays n’ont pas les capacités pour tirer parti des possibilités d’un système commercial qui leur offre un meilleur accès aux marchés et de nouvelles règles qui auront une incidence sur le commerce des produits de base et autres produits exportés par les pays en développement. Prenez l’exemple des producteurs kényans de fleurs coupées ou des mangues originaires du Mali. L’ouverture des marchés des pays riches à ces exportations ne se concrétisera par des ventes que si les producteurs locaux sont capables de respecter les normes relatives aux pesticides sur les marchés d’exportation et si ces pays en développement disposent d’entrepôts frigorifiques et d’un réseau de transports efficace.

Des milliards de dollars sont donc nécessaires au financement de l’assistance technique destinée à stimuler les capacités de production, à contribuer à la diversification et à améliorer les infrastructures, pour ne citer que quelques?uns de ses objectifs.

En renforçant ces capacités, nous pouvons créer une plate-forme permettant aux pays de se développer par le commerce. Toutes les parties sont d’accord sur ce point. Il existe également un consensus clair sur le fait que, pour que ce programme fonctionne, nous avons besoin que les autres programmes adoptent une approche différente. À l’évidence, il est important de construire des ponts et des routes mais nous avons appris qu’il faut d’abord changer les mentalités. Il n’est plus possible d’imposer d’en haut des programmes d’aide au développement aux pays bénéficiaires. Les pays pauvres ont besoin de l’assurance que les programmes d’Aide pour le commerce sont conçus pour répondre à leurs besoins particuliers en matière de capacités commerciales.

Cela signifie également que les pays bénéficiaires doivent faire tout leur possible pour intégrer le commerce dans leurs stratégies de développement et de réduction de la pauvreté. Il n’est jamais facile de définir des priorités lorsqu’il s’agit de répartir les ressources, mais avoir 50 priorités revient à n’en avoir aucune. Même si elles ont doublé (pour atteindre environ 50 milliards de dollars), les ressources affectées à l’Aide pour le commerce restent limitées. Les pays doivent donc se concentrer sur les deux ou trois obstacles principaux qui freinent leurs exportateurs. Les gouvernements doivent réfléchir à des moyens de coopérer au niveau régional pour réaliser des économies d’échelle et des gains d’efficience dans les transports et au niveau des pratiques douanières et de la chaîne d’approvisionnement.

Les pays donateurs et les institutions financières internationales ont également des responsabilités. Il ne fait aucun doute qu’il faut plus de ressources mais, outre leur contribution financière, les donateurs doivent avoir recours à des systèmes efficaces de distribution des fonds permettant un décaissement rapide et réduisant les lourdeurs administratives.

Il est essentiel de changer les mentalités des donateurs et des bénéficiaires, mais on ne peut pas s’attendre à ce qu’un programme d’Aide pour le commerce fonctionne correctement sans la participation active du secteur privé. Le commerce est le fait des entreprises et elles peuvent mobiliser des ressources d’investissement que le secteur public ne pourrait jamais fournir.

Les trois réunions régionales consacrées à l’Aide pour le commerce qui viennent de s’achever à Lima, Manille et Dar es-Salaam ont constitué un excellent moyen de susciter des idées et de donner une impulsion aux activités futures. Nous venons également de lancer un programme de développement en faveur des pays les plus pauvres du globe: le Cadre intégré renforcé. Nous devons maintenant tirer parti de cette dynamique dans les semaines à venir et recentrer notre attention, afin de nous faire une idée claire des projets auxquels attribuer les ressources, du calendrier de distribution des fonds, des moyens utilisés pour mesurer et évaluer les résultats et du mécanisme de suivi permettant à toutes les parties de définir les étapes suivantes. Les banques régionales de développement ont ici un rôle important à jouer.

L’Aide pour le commerce ne pourra jamais se substituer à un accord de Doha réussi, dont l’objectif est de rééquilibrer le système commercial mondial en faveur des pays en développement. Cependant, elle est essentielle en tant que complément du Cycle de Doha et de politiques nationales judicieuses. Toutes les parties ont fait preuve d’un niveau d’engagement sans précédent pour ce projet. Nous devons maintenant mobiliser une Aide pour le commerce plus abondante et de meilleure qualité.

Il ne s’agit là que de mes premières impressions sur le sujet. Nous aurons, de toute évidence, l’occasion de discuter de ce sujet et de nombreux autres thèmes au cours des mois à venir. Étant donné que nous abordons une période plutôt chargée des négociations commerciales du Cycle de Doha, je vais peut-être devoir me lever plus tôt ou sacrifier quelques séances de jogging!

J’espère vous lire bientôt.

Copyright image : Eric Piermont, AFP

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