L’agriculture a été l’une des principales causes du recul de la biodiversité. Or, celle-ci est indispensable pour garantir le potentiel productif des terres agricoles futures. Selon l’agroéconomiste Jacques Loyat, la politique agricole commune (PAC) doit devenir un instrument pour restaurer et protéger la biodiversité.

« Moisson à Boulange, dans le département de la Moselle, le 25 juillet 2020. » Photo Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
« Moisson à Boulange, dans le département de la Moselle, le 25 juillet 2020. » Photo Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP

Agriculture et biodiversité vont de pair. Développée par l’Homme depuis environ 12 000 ans, l’agriculture exploite la biodiversité dans toutes ses dimensions, du gène au paysage, ainsi que ses fonctions pour la production de biomasse et de services. Toutefois, le nombre d’espèces concourant à l’alimentation mondiale se réduit au profit des variétés et des races les plus productives qui induisent de fortes modifications des milieux pour leur production. Mal gérée, l’agriculture peut entraîner pollution, érosion des sols et perte de la biodiversité sauvage, réduisant le potentiel productif futur des terres agricoles, alors même que les besoins alimentaires mondiaux sont croissants. Ainsi, la dégradation de la biodiversité est une menace pour l’alimentation et l’agriculture mondiale.

 

La naissance du concept de « biodiversité »

Le néologisme « biodiversité » a été popularisé au Sommet de la Terre de Rio en 1992. Il englobe trois niveaux d’organisation du vivant : la diversité écologique (ou diversité des écosystèmes), la diversité spécifique (diversité des espèces ou interspécifique) et la diversité génétique (ou intraspécifique).

C’est également en 1992 qu’est signée la Convention sur la diversité biologique, premier texte de droit international définissant la « diversité biologique » et la reconnaissant comme une valeur que les États doivent protéger. Celle-ci est définie comme la « variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie  ».  Pendant longtemps, la Convention n’a eu qu’une portée contraignante limitée. Elle commence seulement à être appliquée concrètement depuis la fin des années 1990 dans certains pays (notamment au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande et en Australie) et dans certaines communautés supranationales à l’instar de l’Union européenne.

 

L’agriculture intensive, principale cause du recul de la biodiversité

Les deux plateformes d’expertise scientifique planétaires, qui réfléchissent d’un côté au devenir de la biodiversité (IPBES) et de l’autre à celui du climat (GIEC), s’accordent sur le rôle que l’agriculture intensive a joué dans le déclin de la biodiversité. Selon elles, il est urgent de repenser nos modes de productions agricoles qui aggravent à la fois l’érosion de la biodiversité et le changement climatique.

Le dernier rapport de l’IPBES, publié en mai 2019, pointe du doigt deux excès des modes de production intensifs à présent bien documentés : l’usage immodéré des pesticides et engrais chimiques et l’accroissement de la production de protéines végétales destinées à l’alimentation animale. En effet, la production de ce type de protéines touche principalement des zones comme les forêts tropicales, ayant une grande richesse de biodiversité.

 

 

L’essor de l’agriculture française dans la seconde moitié du xxe siècle est illustratif des choix politiques qui ont conduit à l’agriculture telle que nous la connaissons aujourd’hui. Afin de faire sortir la France du contexte de pénurie et de dépendance alimentaires dans laquelle elle était plongée à la sortie de la guerre, nous avons cherché à développer nos capacités productives agricoles à tout prix. L’objectif est atteint dès les années 1970, la France occupant désormais le rang de deuxième puissance agricole mondiale. Mais cet essor s’est traduit par une adoption généralisée de l’usage des engrais minéraux, des pesticides, et par une spécialisation au niveau de l’exploitation sur un nombre réduit de cultures, accompagnée par une simplification des assolements.

 

L’échec de la politique agricole commune

En Europe, l’abondance et la variété des espèces présentes sur les terres agricoles sont en baisse depuis de nombreuses années. À titre d’exemple, depuis 1990, les populations d’oiseaux des champs et de papillons des prairies ont diminué de plus de 30 %. Dès lors, comment enrayer le déclin de la biodiversité en Europe ? Si certains ont cru que la contribution à la politique agricole commune (PAC) permettrait d’éviter le recul de la biodiversité sur les terres agricoles européennes, ce ne fut pas le cas selon un récent bilan de la Cour des comptes européenne de 2020.

La Cour des comptes européenne considère que les exigences associées aux paiements directs de la PAC n’ont pas eu d’impact sur les pratiques agricoles. Un bilan problématique étant donné que la majorité des moyens affectés par la Commission à la sauvegarde de la biodiversité relève de la PAC. La Cour des comptes a recommandé à la Commission d’améliorer la coordination et la conception de la stratégie de l’Union européenne en faveur de la biodiversité pour l’après-2020, et de renforcer la contribution des paiements directs à la biodiversité des terres agricoles. Celle-ci s’est depuis fixé des objectifs d’ici 2030 dans un plan de restauration de la nature.

 

Pour une nouvelle PAC, instrument de restauration de la biodiversité européenne

Il est urgent de faire de la PAC un outil au service de la restauration et de la protection de la biodiversité en Europe. Les engagements du plan de restauration de la nature devraient être traduits en mesures effectives au sein de la PAC. Il serait aussi particulièrement utile d’élaborer des indicateurs fiables permettant d’évaluer l’impact de la PAC sur la biodiversité des terres agricoles. Enfin, la plateforme « Pour une autre PAC » propose que la PAC apporte un financement adéquat aux fermes qui ont des pratiques agricoles soucieuses de la biodiversité et mette en place des mesures incitatives de transition vers l’agroécologie.

Toutes ces mesures permettraient de se diriger vers une nouvelle politique agricole et alimentaire commune (PAAC) compatible avec l’environnement, le climat et le bien-être animal. Une telle politique agricole de l’UE donnerait, enfin, aux agriculteurs les moyens de favoriser la biodiversité sur leurs terres et de sécuriser notre alimentation de demain.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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