Pour protéger les habitants des villes des effets du changement climatique, les élus ne peuvent se contenter de projets ponctuels de réduction des vulnérabilités (infrastructures de drainage pluvial, systèmes d’alerte précoce…). Il faut, d’une part, élaborer de véritables plans d’adaptation et, d’autre part, intégrer cette préoccupation dans l’ensemble des politiques publiques locales . Pour cela, un engagement politique fort et ambitieux est certes nécessaire, mais un ensemble de facteurs institutionnels, stratégiques et sociaux sont également indispensables pour assurer une adaptation efficace.

"A flooded street in Davao City, Philippines" © Keith Bacongco / CC BY
"A flooded street in Davao City, Philippines" © Keith Bacongco / CC BY

Cette tribune a été publiée (en anglais) en avant-première surdevexLogo

Lever les contraintes financières et renforcer les partenariats locaux

De nombreuses collectivités locales font face à un manque criant de capacités financières dédiées à l’adaptation. L’allocation des financements en la matière est en effet souvent opérée aux niveaux national et régional, mais encore trop peu redistribuée à l’échelon municipal. Accroître les ressources municipales est donc essentiel, en augmentant par exemple les transferts dédiés. Mais cela nécessite aussi de renforcer les capacités des collectivités dans la gestion de leurs ressources.

Pour pallier ce manque de financement et lancer des initiatives d’adaptation, les collectivités ont noué des relations avec des acteurs internationaux : avec les bailleurs de fonds, mais aussi avec des ONG et organismes de recherche internationaux. Ces échanges leur sont très bénéfiques pour élargir leur vision locale de l’adaptation et apprendre des expériences de ces acteurs sur d’autres territoires.

D’autres partenaires, comme les acteurs locaux (associations, entreprises, groupes de recherche ou think tanks), sont également importants pour les collectivités. En effet, leur connaissance des enjeux à l’échelle de la ville est un atout pour aider les collectivités à recueillir des données aussi bien quantitatives que qualitatives sur les impacts locaux du changement climatique. Ces données sont quasi inexistantes et pourtant essentielles pour aider les décideurs des collectivités à orienter leurs choix vers les investissements les plus résilients. Par exemple, les centres de recherche peuvent créer des modèles sur les risques climatiques adaptés au contexte local. Les évaluations participatives que peuvent mener par exemple des ONG (enquêtes thématiques, focus groups, entretiens…) permettent de reconstruire des incidents climatiques pour identifier les mécanismes de résilience à mettre en place après de tels évènements.

Au-delà de l’importance de ces partenariats locaux, les autorités locales doivent aussi être attentives aux initiatives d’adaptation portées par les habitants. Par exemple, à Theewaterskloof en Afrique du Sud, une quinzaine de personnalités locales, politiques, chefs d’entreprises et agriculteurs se sont regroupées pour proposer des solutions d’adaptation. Cette initiative a été saluée par les médias et par les autorités comme légitime et prometteuse d’amélioration. Devant de telles initiatives,  les autorités municipales ont le triple rôle de facilitateur, relayeur, voire financeur pour répondre à un besoin localement identifié.

 

Accroître le portage politique, tout en conciliant adaptation et développement

Encore peu d’élus locaux s’emparent du sujet de l’adaptation. Ce manque de portage politique s’explique par une méconnaissance des enjeux climatiques à tous les échelons de la gouvernance, mais aussi par la contradiction entre le court terme des mandats municipaux et le moyen ou long terme nécessaire à la mise en place de projets d’adaptation efficaces.

Certains évènements (catastrophes naturelles, organisation de conférences internationales sur le climat dans le pays…) aident parfois à la prise de conscience de certains responsables politiques, qui mettent alors le sujet de l’adaptation à l’ordre du jour. Le défi est alors de faire perdurer l’intérêt pour la question au-delà de ces fenêtres de visibilité médiatique.

Par ailleurs, dans certains cas, comme en Afrique du Sud, l’adaptation est parfois connotée négativement par les élus de collectivités locales, qui considèrent qu’elle constitue un frein au développement économique et social très attendu par les populations.

Or, l’adaptation au changement climatique n’est pas antagoniste avec un développement économique et social : par exemple, renforcer les infrastructures urbaines contre les inondations permet de protéger les habitants, tout en limitant les risques de paralysie des activités après de telles catastrophes naturelles. L’adaptation peut ainsi constituer une opportunité de rendre le développement plus résilient, et donc plus pérenne sur le long terme.

Faire converger les objectifs d’adaptation et développement passe nécessairement par une meilleure articulation des services concernés par le changement climatique (planification, eau, gestion des risques…) au sein de l’organigramme de la ville, tout en recherchant des interactions avec les autres acteurs publics (État central, entreprises publiques…) et les acteurs privés (entreprises, groupes communautaires, ONG…).

 

Quels sont donc les piliers d’une adaptation urbaine durable ?

Une meilleure adaptation des villes pour un développement urbain plus durable et résilient repose sur trois actions complémentaires :

  • Renforcer les capacités financières et techniques (diagnostic de la vulnérabilité de la ville, aide à la décision, etc.) des collectivités;
  • Veiller à une meilleure articulation des échelles d’intervention, des acteurs et des documents de planification se rapportant à l’adaptation;
  • Inciter les collectivités locales à développer les approches participatives et plus généralement la concertation pour favoriser une prise de conscience des populations.

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