La demande des pays du Sud en matière de collecte et de gestion des déchets croît, avec un impact positif sur le changement climatique. Elle implique des réponses adaptées, sur le plan technique aussi bien que social. Entretien avec Pascale Guiffant, directrice adjointe du Développement durable du groupe Suez Environnement, présent dans 70 pays pour une production d’énergie de 5318 Gwh grâce aux déchets.

Around 500 waste collectors, also known as ragpickers in India, live off the landfill. They make around $20 a week. (Photo: Carl Gierstorfer / Flickr CC)
Around 500 waste collectors, also known as ragpickers in India, live off the landfill. They make around $20 a week. (Photo: Carl Gierstorfer / Flickr CC)

Quels sont les principaux enjeux liés aux déchets ?

Suez est déjà très présent sur ce segment en Europe, où le recyclage et la valorisation des déchets représente 44 % de notre chiffre d’affaires (14,3 milliards d’euros au total en 2014, ndlr). Une part de 31 % de notre chiffre d’affaires vient de l’eau en Europe et 24 % de nos deux métiers à l’international.

Le développement hors de l’Europe est un objectif important de notre stratégie, car les besoins se font ressentir, en Afrique et au Moyen-Orient notamment, d’améliorer la collecte des déchets et la propreté dans les villes.

Le déchet a longtemps fait l’objet d’une vision linéaire : il fallait s’en débarrasser, l’enfouir et l’oublier. Aujourd’hui, les modèles d’économie circulaire visent à le valoriser, parce qu’il représente une ressource et qu’il représente un vecteur important de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans les pays du Sud, cependant, on ne part pas de la même situation qu’au Nord, avec des décharges sauvages ou mal gérées dont les impacts sont graves sur l’environnement et la santé. Pour les gérer, il faut prendre en compte la dimension environnementale et sociale de la chaîne de valeur du recyclage, car 15 % à 20 % des déchets sont valorisés par des « chiffonniers ».

Nous constatons enfin que le monde s’aligne sur les ODD comme sur le traité issu de la COP21. La gestion des déchets se développe, grâce à la prise en compte globale de cet enjeu. Une cible des ODD traite en effet des déchets, ce qui n’était pas le cas avec les OMD. C’est un progrès.

 

Comment répondez-vous aux besoins des pays du Sud ?

Nous avons pour les villes du Sud une offre spécifique qui permet aux collectivités locales de produire du biogaz et du compost. Il faut intégrer les chiffonniers dans la chaîne pour structurer une activité économique formelle autour du traitement des déchets. L’adaptation est à la fois technologique, pour générer du biogaz, et sociale avec la prise en compte de l’existence des acteurs déjà présents, même s’ils opèrent dans le secteur informel de l’économie.

 

Dans quels pays êtes-vous présents pour le traitement des déchets ?

En Inde, au Brésil, au Maroc et en Chine, avec des structures de traitement des déchets pour des parcs industriels ou des collectivités locales.

Nous avons une joint-venture dénommée Sino-French en Chine et présente depuis deux décennies dans le secteur de l’eau et l’assainissement, qui nous confère une bonne position pour développer nos activités de valorisation des déchets.

 

Etes-vous également présents sur les déchets au Moyen-Orient ?

Nous sommes présents à Oman, nous avons remporté en début d’année un contrat pour la conception, la construction et l’exploitation de l’extension du centre de stockage de déchets municipaux à Mascate pour une durée de cinq ans.

Il faut souligner que de plus en plus de pays à travers le monde structurent des politiques de gestion de déchets. Un point important pour nous, car nous avons besoin de cadres de régulation et de politiques sectorielles claires, comme dans la gestion de l’eau et l’assainissement.

Au Maroc, par exemple, le ministère de l’Environnement a structuré avec l’appui de la Banque mondiale un plan de gestion des déchets au niveau national. Du coup, les municipalités font des appels d’offres sur la collecte et le traitement. Nous gérons déjà quelques quartiers de Casablanca sur le plan de la collecte, mais aussi une décharge à Meknès et la collecte à Tanger.

 

Comment accompagnez-vous les autorités marocaines dans leur volonté de mieux gérer les déchets ?

Nous apportons une technologie, certes, mais nous devons aussi nous adapter à un contexte particulier qui comporte des acteurs informels. La chaîne de valeur du recyclage part du chiffonnier, qui va collecter les déchets en se spécialisant dans une matière, le plastique ou le carton, pour ensuite les vendre à un semi-grossiste équipé d’une balance ou d’un appareil à faire des balles de déchets compactés. L’étape suivante voit des grossistes plus ou moins organisés revendre la matière à des industries qui vont en faire d’autres produits.

Au Maroc, nous sommes face à une demande forte des autorités qui porte sur deux volets : la collecte sélective pour traiter les déchets de façon moderne et stopper la pollution provoquée par les décharges sauvages, nous appuyer sur les acteurs informels déjà existants pour améliorer le secteur. Nous avons répondu en 2013 à un appel d’offres visant à réhabiliter la décharge de Meknès. Ce site à ciel ouvert n’était pas clôturé et il comportait 150 chiffonniers, des travailleurs saisonniers ainsi qu’un millier de têtes de bétail. Nous avons proposé deux actions immédiates : l’arrêt du travail des enfants sur la décharge et l’évacuation du bétail qui s’y trouvait, pour supprimer les risques sanitaires. Dans un troisième temps, nous avons organisé le travail des chiffonniers pour nous assurer de leur sécurité, éviter qu’ils ne s’accrochent aux camions et créer une relation de confiance avec les équipes techniques.

Ensuite, nous avons mis en place une coopérative pour les chiffonniers. La dernière étape, en cours, est de construire un centre de tri pour qu’ils aient accès à un local avec des douches, un vestiaire, et se trouver dans des conditions de travail acceptables. Un comité de pilotage du projet a été mis sur pied avec des représentants de la mairie de Meknès et du wali, pour expliquer notre action et trouver des partenariats dans la médecine du travail. Les chiffonniers doivent être accompagnés sur le plan de la santé, en partie pour traiter leurs problèmes d’addiction, qui sont courants. Tout ce travail est peu visible, mais essentiel pour la réussite du projet.

 

Qu’attendez-vous des décideurs politiques au Nord comme au Sud pour améliorer la filière du traitement des déchets ?

 Suez propose aujourd’hui aux collectivités un panel de solutions pour leur permettre de développer leurs performances en matière de collecte, de traitement et de valorisation des déchets en tenant compte des spécificités du territoire. Pour répondre pleinement aux enjeux actuels du secteur, le déploiement de ces solutions doit s’inscrire dans un plan global de gestion des déchets définissant son cadre réglementaire, précisant les rôles et responsabilités de chacun de ses acteurs et articulant les objectifs et moyens à mettre en œuvre au niveau local, régional et national.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

 

 

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