Engagés en faveur d’un accès universel à Internet, Facebook et Google rivalisent d’ingéniosité pour réduire la fracture numérique. Ils se positionnent ainsi comme des acteurs du développement. Mais ces nouvelles ambitions suscitent des inquiétudes.

Photo © Google. Le projet Loon veut connecter les zones reculées du monde à un haut débit Internet.
Photo © Google. Le projet Loon veut connecter les zones reculées du monde à un haut débit Internet.

Aquila, Free Basics, Loon : vers la fin de la fracture numérique ?

En février 2017, le laboratoire X, détenu par Google via sa maison mère Alphabet, présentait les dernières avancées de son mystérieux projet « Loon ». Révélé en 2013, ce projet entend fournir Internet aux populations rurales les plus isolées grâce à des ballons relais propulsés par le vent à haute altitude. Les premiers tests ont été effectués en 2013 en Nouvelle-Zélande. Depuis, le laboratoire a annoncé avoir signé des partenariats avec l’Australie, le Brésil, l’Indonésie et le Sri Lanka.

Facebook n’est pas en reste. L’initiative Internet.org, que le réseau social a lancée en 2013, ambitionne de « connecter le monde » grâce à plusieurs outils. Facebook développe notamment une classe de drones solaires, censés relayer Internet dans les régions reculées. Baptisés « Aquila », ces appareils sont encore en phase d’expérimentation.

L’entreprise californienne développe également l’application mobile Free Basics, qui permet aux plus pauvres d’accéder gratuitement à une sélection de sites web de base : cette sélection inclut Facebook, mais pas Google. Pour étoffer son offre, la société tisse des partenariats pays par pays avec des opérateurs locaux de téléphonie mobile. Ces derniers fournissent de la bande passante et misent sur le fait qu’un accès bridé incitera les utilisateurs à évoluer vers un forfait payant. Free Basics est déjà disponible dans une cinquantaine de pays d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Asie.

Révolution du développement ou vaste plan marketing ?

Les ambitions de Facebook et Google rencontrent toutefois de nombreuses réticences. On peut s’interroger en effet sur les enjeux d’une certaine privatisation du Web où les géants de la Silicon Valley, à la fois fournisseurs d’accès, de services et de contenus, s’arrogeraient une maîtrise sans précédent de l’ensemble de l’information échangée sur Internet.

Fin 2015, par exemple, l’Inde a rejeté la proposition de Facebook de l’aider gratuitement à étendre son réseau internet avec Free Basics. S’inquiétant de l’avènement d’un accès à Internet prétendument universel mais en réalité restreint et contrôlé par le réseau social, l’Autorité indienne de régulation des télécoms a jugé le projet irrecevable, soulignant la nécessité de protéger la neutralité du Net pour que les internautes ne voient pas le monde par le prisme des intérêts commerciaux d’une seule entreprise. Le précédent indien n’a toutefois pas empêché Facebook de s’implanter dans d’autres pays, notamment au Nigeria où Free Basics a été lancé en mai 2016.

De leur côté, les solutions aériennes développées par Google et Facebook sont encore loin d’être au point : faible autonomie, navigation imprécise… Lors du point presse de février 2017, le laboratoire X de Google n’a pas voulu préciser quand ses ballons stratosphériques seraient testés par de véritables utilisateurs. Quant à Facebook, il lui a fallu plusieurs mois pour admettre que l’Aquila s’était crashé lors de son premier vol test en juin 2015. L’entreprise avait initialement présenté ce baptême de l’air comme un succès aux médias du monde entier.

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