On estime qu’un dollar investi dans la planification familiale permet aux gouvernements d’économiser jusqu’à quatre dollars en dépenses de santé, de logement, d’approvisionnement et d’autres services publics. Si la fécondité peut diminuer avec les avancées du développement économique et social, l’accès à la contraception est nécessaire et peut aussi aider au développement. Agir sur les évolutions démographiques de l’Afrique devient urgent si on veut donner la chance à ce continent de développer ses potentialités de développement, bien réelles.

Afrique 2050 : plus de 2 milliards d’habitants

Pour de nombreux observateurs, le 21ème siècle sera africain. Si l’Afrique pourrait bien être le nouveau moteur économique du monde, elle sera sans aucun doute celui de la croissance de sa population. De 831 millions de personnes en 2010, la population de la région devrait passer à 2,1 milliards en 2050 et peut-être même à 3,8 milliards à la fin du siècle, selon l’hypothèse moyenne de baisse de fécondité de la Division de la population des Nations unies.[1] Les raisons principales de cette forte poussée démographique sont les progrès importants en matière de mortalité, et surtout une fécondité qui reste en moyenne élevée.

Par rapport au reste du monde, le cas de l’Afrique subsaharienne est spécifique : la plupart des pays de la région sont encore loin d’avoir achevé leur transition démographique. La région est ainsi caractérisée par un décalage entre, d’une part, la baisse de mortalité, qui est en cours, encore que les niveaux de mortalité infantile et juvénile restent toujours très élevés (73 enfants meurent avant l’âge d’un an, soit 22 fois plus qu’en France) et, d’autre part, la lente érosion de niveaux élevés de fécondité.

Il est certain que derrière ces généralisations se cachent des situations diverses parmi les 48 pays qui la composent. L’Afrique australe, par exemple, a déjà effectué sa transition démographique. L’Afrique de l’Est est elle aussi engagée sur cette voie. En revanche, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont toutes deux peu avancées dans leur transition démographique.

Cet essor démographique, une réelle chance pour le continent ?

Les conséquences d’une augmentation très rapide de la population ne sont pas neutres pour le développement. Le rythme d’augmentation du revenu par habitant, la pression sur les ressources naturelles disponibles, l’importance des investissements requis pour répondre aux besoins sociaux d’enfants de plus en plus nombreux sont autant d’éléments à prendre en considération. Comme l’ont montré les expériences de développement économique des tigres asiatiques, c’est la structure par âge des populations qui joue un rôle-clé : quand elle se transforme par la baisse de la fécondité, changent aussi les rapports entre actifs et dépendants.

Comparons la pyramide des âges pour l’ensemble du monde et celle de l’Afrique subsaharienne : la différence est frappante. Alors que l’on observe une forme quasi-rectangulaire à la base de la pyramide du monde, résultat d’une baisse importante de la fécondité, la pyramide de l’Afrique subsaharienne montre que la baisse de la fécondité n’a pas véritablement commencé.

 

Chaque période quinquennale amène plus d’enfants à la base de la pyramide. Ce sont ces jeunes, les adultes de demain, dont dépend l’avenir de la région. Pour qu’ils participent pleinement au développement ce sont eux qu’il faudra nourrir, éduquer et soigner et à qui, surtout, il faudra trouver des emplois décents.

C’est également la forme future de la structure par âge et, en particulier, les rapports entre adultes actifs et dépendants (enfants de moins de 20 ans et personnes âgées) qui conditionnent l’obtention d’un dividende démographique. Celui-ci se présente quand une baisse rapide de la fécondité amène une stabilisation de la base de la pyramide, ce qui a pour double effet d’augmenter de manière relative le nombre d’actifs dans la population et de diminuer le poids, en termes d’investissements, des enfants à charge. Il s’ensuit une opportunité d’accélération de la croissance économique, qui nécessite pour en tirer pleinement profit la formation d’un capital humain de qualité mais aussi des politiques économiques appropriées pour la réalisation d’investissements productifs.[2]

S’engager pour réduire la fécondité

La possibilité d’obtenir un dividende démographique est actuellement au cœur des discussions concernant l’avenir de l’Afrique subsaharienne. Or, pour la majorité des pays, rien n’est acquis. La grande inconnue est justement la vitesse avec laquelle va s’effectuer la transition démographique et surtout celle de la fécondité. De 2010 à 2050, les Nations unies projettent pour la région une baisse de 5,1 à 3,2 enfants par femme ; c’est un fléchissement important, de près de 40 pour cent. Mais une telle baisse ne sera pas automatique. Il apparaît donc urgent, dans un certain nombre de pays, de mettre en place des politiques à même d’agir sur les évolutions démographiques pour espérer atteindre les objectifs de développement social, économique, humain qu’ils se sont fixés. Dès lors, comment accélérer la transition et surtout la baisse de fécondité dans le respect des droits des individus?

À court terme, il conviendra de renforcer l’offre de services de planification familiale afin qu’elle soit variée, de qualité et accessible (mise à disposition d’un large éventail de méthodes, sans ruptures de stock et avec des activités de conseil appropriées). Trop de femmes africaines souffrent en effet d’un double déni de leurs droits à éviter ou espacer les grossesses : le déni de l’information et le déni de l’accès aux méthodes. De cette situation résultent des taux de mortalité maternelle et infantile inacceptables. Alors que près d’un tiers des femmes ont un besoin non satisfait de moyens de contraception moderne, le taux de prévalence contraceptive (méthodes modernes) en Afrique subsaharienne se situe seulement autour de 20 pour cent. Il est de plus de 60 pour cent dans la plupart des pays émergents. Des initiatives visant à replacer la question de la planification familiale à l’agenda international du développement comme celles promues par le Partenariat de Ouagadougou ou le Family Planning 2020 sont un premier pas dans cette voie.
Mais l’offre de services, pour autant qu’elle s’inscrive dans la durée, ne sera pas suffisante. Pour consolider les résultats obtenus et renforcer la demande de services, il est nécessaire de favoriser les changements socio-économiques qui l’influencent. L’éducation des jeunes filles, la lutte contre les mariages et grossesses précoces, l’autonomisation des femmes, leur participation à une activité génératrice de revenus sont autant d’éléments fondamentaux sur lesquels il faut également agir. Penser transversal, multisectoriel, est aujourd’hui indispensable.

Une autre urgence est de convaincre le leadership africain du bien-fondé de politiques de population visant à accélérer la baisse de la fécondité. Il est encore communément admis que la fécondité baissera automatiquement avec les avancées du développement économique et social. Pourtant, si le développement favorise la baisse de la fécondité, l’accès à la contraception peut aussi aider au développement. L’expérience des 60 dernières années en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi que dans certains pays africains comme le Rwanda ou l’Éthiopie démontre justement qu’il est possible d’intervenir sur les évolutions démographiques au moyen de politiques basées sur les faits et ce, de manière efficace et respectueuse des droits de l’Homme.

Pour ce faire, cependant, il conviendra tout d’abord de poser véritablement la question démographique au lieu de l’ignorer comme on le fait trop souvent. Par ailleurs, la question démographique étant intrinsèquement liées aux évolutions économiques et sociales en cours, il faudra aussi l’aborder en tenant compte des enjeux les plus pressants de développement que sont aujourd’hui la demande sociale en éducation et santé ainsi que l’emploi et l’insertion des jeunes. Enfin, pour intervenir avec efficacité, il faudra aussi formuler des stratégies de développement adaptées au contexte local. Celles-ci devront être participatives et transversales, c’est-à-dire impliquer tous les citoyens à travers tous les secteurs du développement.

[1] Les données démographiques sont celles de la révision 2012 des projections de la population mondiale réalisées par la Division de la population des Nations unies ; voir http://esa.un.org/, consulté en mars 2013.

[2] J.F. May, Agir sur les évolutions démographiques, Bruxelles: Académie royale de Belgique, 2013.

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